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William Bayer

L'interview de William BAYER

Interview réalisée par échange de courriels en octobre 2008,
avec Caroline aux commandes ainsi qu'à la traduction.

Le texte de cette interview est disponible en version française français ci-dessous, ou en version originale americain


L'interview


Caroline : Est-ce que plus vous écrivez, plus l’écriture devient facile pour vous ?

William Bayer : En fait non. Chaque fois que je me lance dans un projet littéraire, je ressens la même peur. C’est comme cette sensation de nausée que je ressentais pour mon premier jour dans une nouvelle école. Cette crainte a de nombreuses origines : peur de la page blanche, peur de ne pas pouvoir terminer ce que j’avais prévu, peur de ne pas trouver la bonne voix. Je connais des auteurs pour qui écrire de la fiction est facile. Pour moi ça a toujours été difficile.
Mais ensuite, une fois que j’ai commencé, il y a des moments où l’écriture se passe très bien, et je ne connais pas de meilleure sensation (je me rends compte que ça ressemble un peu à du Hemingway, mais on pourrait faire pire non ?).


Caroline : Quels évènements ont été déterminants pour vous ?

William Bayer : Être américain, je pense, être privilégié dans le sens d’avoir eu le meilleur enseignement possible, et aussi être juif (pas dans un sens religieux, mais pour le sentiment d’être « l’autre », et aussi par moments membre d’une minorité méprisée). J’ajouterais aussi mon service pendant la guerre du Vietnam (pas dans l’armée mais en tant qu’officier des Affaires Étrangères attaché à l’ambassade américaine à Saïgon.) Aussi, avoir vécu à l’étranger, en Asie pendant cinq ans et au Maroc pendant cinq autres années. Et avoir vécu pendant plus de trente ans avec une femme merveilleuse, l’amour de ma vie, mon épouse, auteur culinaire et auteur de recettes de cuisine Paula Wolfert.


Caroline : Vos histoires ont souvent lieu dans un univers bien spécifique. S’agit-il s’agit de centres d’intérêts personnels (comme pour la fauconnerie) ?

William Bayer : Oui, j’aime trouver quelque chose qui m’intéresse, par exemple une forme d’art (la photographie), un sport (la fauconnerie), une ville (Jérusalem), une catégorie (les labyrinthes de miroirs), un métier (la psychanalyse), etc., et ensuite l’explorer à travers la fiction.


Caroline : Est-ce que vous vous documentez énormément ?

William Bayer : Oui, beaucoup. Parfois même trop. Parce que la recherche est plus facile et plus amusante que l’écriture. En fait, pour moi la recherche la plus fascinante c’est partir dans une ville étrangère (comme Jérusalem ou Buenos Aires, ou San Francisco quand je m’y suis rendu pour la première fois) et simplement marcher, marcher toute la journée et durant la nuit, regarder et écouter et renifler tout autour, observer les gens et découvrir l’endroit. J’irais jusqu’à dire que l’un de mes plus grands plaisirs est de faire de longues marches dans des villes étrangères, Paris étant l’un des meilleurs endroits pour cet exercice.


Caroline : Est-ce que vous vous identifiez à vos personnages ?

William Bayer : J’avoue mettre une part de moi dans chaque personnage que je crée... y compris dans les moins attirants. Peut-être que de tous mes personnages, le plus proche de moi est David Weiss, narrateur du « Rêve des Chevaux Brisés ».


Caroline : Les portraits psychologiques sont importants dans vos histoires, et au moins par deux fois vous abordez de manière très précise la psychanalyse. D’où vous vient cet intérêt ? Quels sont vos connaissances et rapports avec Freud et la psychanalyse ?

William Bayer : J’ai toujours été fasciné par la psychanalyse. Quand j’étais à l’université, j’ai pris plusieurs cours pour préparer la fac de médecine, condition préalable pour devenir psychanalyste Freudien (après avoir suivi quelques cours de science, j’ai réalisé que la fac de médecine ne me rendrait pas heureux, donc j’ai changé de matière principale pour l’histoire de l’art). Des années plus tard j’ai suivi une psychanalyse traditionnelle avec une admirable psychanalyste neo-freudienne à New York, à la fois en sessions privées avec elle et plus tard dans un groupe de thérapie avec plusieurs de ses autres patients (parmi les membres de mon groupe il y avait deux psychanalystes avec de l’expérience – ce qui, au passage, ne leur valait aucun statut particulier). Mais revenons au commencement. Quand j’avais onze ou douze ans, je suis passé par une phase de recherches clandestines à travers les papiers de mes parents. Je suppose que, comme la plupart des enfants, je voulais découvrir les secrets de mes parents. Au cours de l’une de ces explorations, j’ai trouvé le journal de ma mère, et j’ai été particulièrement frappé par ceux qu’elle a écrits alors qu’elle était en psychanalyse dans les années cinquante. Beaucoup des sujets étaient cryptés, mais j’ai réussi à décoder certains d’entre eux, dont les noms de ses amants, etc. Il y a beaucoup d’échos à cela dans « Le Rêve des Chevaux Brisés ». J’ai aussi pendant longtemps été fasciné par un certain type de personne que je caractériserais comme « le psychanalyste profondément troublé ». Vous trouverez ce personnage dans plusieurs livres : le père de David Weiss dans « Le Rêve des Chevaux Brisés », le père de David Bar-Lev dans « Voir Jérusalem et Mourir », le docteur Hudson, Fabiani et Pena dans « La Ville des Couteaux » (qui se déroule à Buenos Aires, une ville complètement obsédée par l’analyse Freudienne), et le docteur Beverly Archer dans « Wallflower », tout juste publié en France. Donc, oui, la psychanalyse est sans aucun doute un élément récurrent dans mes fictions. Je demeure un Freudien, un vrai croyant, un membre, je suppose, d’une espèce en voie de disparition. Je possède une énorme gravure de Jim Dine, « The Wolfman’s Dream », basé sur l’histoire du fameux cas de Freud, et il est accroché dans mon salon. Et récemment j’ai envisagé d’écrire un polar historique avec pour personnage Lou Andreas-Salome, dont les liens avec Freud sont bien connus.


Caroline : Les femmes tiennent une grande place dans vos romans. Ce sont des portraits assez forts et hors des sentiers communs, vous avez même créé un personnage féminin avec Kay Farrow. Est-ce une volonté de votre part ou est ce que ça c’est fait progressivement ?

William Bayer : Et bien, que puis-je dire mise à part que j’admire les femmes fortes, qu’elles m’ont toujours fasciné. Merci de mentionner Kay Farrow. Elle a été un cas intéressant. Au début je n’étais pas certain de pouvoir faire de ce personnage un narrateur à la première personne. Donc j’ai pensé « ok, j’essaierai d’écrire environ soixante pages à la place de Kay, et si ça ne fonctionne pas, alors je recommencerai et j’écrirai son personnage à la troisième personne ».
Et bien, au bout d’une semaine de cette expérience, je ne doutais plus d’avoir trouvé sa voix. En écrivant ce livre, j’aimais beaucoup m’installer à mon ordinateur et « devenir » Kay. Et puis dès que j’avais fini d’écrire pour la journée, je redevenais « Bill ». Ma belle-fille dit que c’était ma façon d’entrer en contact avec mon côté féminin. Peut-être qu’elle a raison. Mais je dois vous dire que c’était très gratifiant quand des femmes m’ont dit que j’avais saisi à la perfection un certain type de femmes. Tous les éditeurs américains qui ont fait une offre pour le manuscrit (mon agent a tenu des enchères) étaient des femmes. Je dois ici être honnête et mentionner que Kay n’est pas du tout ce qu’on appelle « féminine ». Elle se promène en jean noir, T-shirt noir et manteau noir, et proclame qu’elle ne possède pas une seule robe. À propos, je me demande parfois ce que ma mère (depuis longtemps décédée) aurait fait de cette « usurpation d’identité – personnification ? ». Nous avions des rapports difficiles. Franchement, je pense que Kay l’aurait étonnée.


Caroline : Le marché de l’édition aux Etats-Unis a l’air sensiblement différent de la France, notamment au niveau de l’utilisation des pseudonymes. Pourquoi avoir écrit la série Kay Farrow sous le nom de David Hunt ?

William Bayer : C’est une histoire compliquée. Je vous donne la version courte. Avec le suivi informatique des ventes, la qualité littéraire est devenue moins importante que les ventes réalisées. Pour le dire autrement, le marketing commande l’édition.
Il s’est avéré que je pourrais obtenir beaucoup plus d’attention avec un nouveau nom, pas seulement des éditeurs américains mais aussi des grandes chaînes de librairies qui contrôlent le marché américain du commerce du livre. Donc j’ai décidé d’utiliser le nom « David Hunt », raccourci du pseudonyme David Dagger Hunt que j’ai longtemps utilisé pour enregistrer mon numéro de téléphone afin de ne pas être ennuyé par des gens que je ne connaissais pas. Et vous seriez amusé d’apprendre que j’ai été félicité de ce choix par mon éditeur américain, pour deux raisons. Comme elle l’a souligné : « il est bon de choisir un nom court pour que les lettres soient plus grosses sur la couverture, et un nom au milieu de l’alphabet pour que le livre soit mis au niveau du regard dans les rayons. » Ridicule, n’est-ce pas ? Je pense que ça en dit long sur l’état de l’édition en Amérique aujourd’hui. Je dois ajouter que la France est le seul pays où la série Kay Farrow a été publiée sous mon vrai nom ; tous les autres éditeurs internationaux ont choisi de faire avec David Hunt. Je suis reconnaissant à mes lecteurs français pour cela, car apparemment, en France, au moins, mon nom ne vaut pas rien, commercialement parlant.


Caroline : La France a publié deux de vos romans non disponibles aux États-Unis. Y a-t-il une raison particulière à cela ?

William Bayer : L’explication vient de ce que j’ai expliqué plus haut. Un déclin dans le succès commercial aux USA. Deux de mes romans, « Une Tête pour une Autre » et « Voir Jérusalem et Mourir » ont été de gros best-sellers, mais après ça mes ventes ont ralenti et diminué. Je me sens chanceux d’avoir un éditeur français merveilleux et qui me soutient, François Guérif chez Rivages, qui s’en fiche de ce que pensent les éditeurs américains, et publie simplement ce qu’il aime lire.


William Bayer Caroline : L’influence du cinéma, genre sur lequel vous avez travaillé à vos débuts, est assez évidente, que ce soit dans la précision des descriptions ou dans l’ambiance, comme la ville imaginée dans « Le Rêve des Chevaux Brisés ». Vous n’avez jamais été contacté pour une adaptation au cinéma d’un de vos romans ?

William Bayer : Oh je l’ai été. J’ai écrit une adaptation (pas produite à ce jour) de « Blind Side » et aussi un certain nombre de scénarios de téléfilms qui ont été réalisés. Aux États-Unis quand on écrit pour le cinéma on devient un employé du studio ou de la société de production, et on renonce à ce que vous appelez en France « droit d’auteur ». Je n’aime pas ça, et je n’aime pas recevoir d’ordres des cadres qui pensent qu’un scénariste est proche d’un peintre en bâtiment – si vous n’aimez pas les couleurs qu’il utilise vous lui ordonnez de repeindre la maison. Aux États-Unis, l’écriture de scénarios est une servitude très bien payée. On fait ça pour l’argent, mais en le faisant trop longtemps on risque de finir comme ces personnages cyniques que vous voyez dans les films américains qui se déroulent à Hollywood. Il vaut mieux, je pense, écrire des romans et laisser l’adaptation aux autres. Et au vu de l’adaptation de « Une Tête pour une Autre », devenu un téléfilm de quatre heures, je dois dire que l’adapteur, l’auteur dramatique John Gay, a fait un excellent boulot.


Caroline : Quels sont vos projets actuels ? Peut-on espérer lire d’autres de vos romans ?

William Bayer : Seuls mes premiers romans n’ont pas été publiés en France : « Visions of Isabelle », un roman historique sérieux basé sur la vie d’Isabelle Eberhardt, et « Tangier », mon roman psychologique/politique façon Graham Greene, sur la vie d’expatrié au Maroc où Paula et moi avons vécu au milieu des années soixante-dix. Et certains romans encore plus vieux qui n’étaient pas particulièrement bons. En ce qui concerne l’avenir, il y a quelques années, j’ai décidé d’arrêter d’écrire pendant un moment et d’essayer quelque chose de complètement différent, travailler l’argile. J’ai collectionné les céramiques pendant longtemps, spécialement des pièces d’artistes contemporains japonais, et je me suis toujours demandé si je pourrais apprendre à faire de bonnes céramiques moi-même. J’ai commencé en prenant des cours de poterie, et après avoir appris comment monter, je suis passé aux sculptures en argile façonnées à la plaque. Maintenant j’ai un studio, et j’y travaille tous les jours. Vu que je me suis mis à ce travail plutôt tard dans ma vie, je suis satisfait de mes progrès. Je ne fais pas grand cas de mon travail, sauf pour dire que j’aime le faire, et dernièrement j’ai aimé les pièces que j’ai réalisées. Travailler la terre réclame l’utilisation de l’autre partie du cerveau, pas celle utilisée pour l’écriture. Récemment j’ai synthétisé l’écriture dans mes sculptures, en inscrivant des phrases et des images dans des cubes qui sont ensuite bouchés, à l’exception de deux petites ouvertures, une pour regarder à l’intérieur, l’autre pour refléter la lumière et que les écritures à l’intérieur soient visibles. J’appelle ces pièces « boîtes mystérieuses ». Pour vous donner un exemple, à l’intérieur de l’une d’elles j’ai écrit les mots SECRETS DE FAMILLE et ajouté une trace d’éclaboussure rouge suggérant de vagues crimes sanglants. Mais pour revenir à votre question, j’ai récemment commencé à écrire un polar dans lequel l’art de la céramique joue un grand rôle. Et il y a aussi mon projet « Lou Andreas-Salome ». Donc il y a deux romans à attendre... et il me tarde de travailler dessus.

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The interview


Caroline : Do you find that writing gots easier for you the more you write ?

William Bayer : Actually I don't. Whenever I embark on a literary project, I feel the same fear. It's like that queasy feeling I used to feel my first day at a new school. This fear is multifold : fear of the blank page, fear that I won't be able to achieve what I have planned, fear I won't find the right voice. I know writers for whom fiction writing is easy. For me it's always been difficult.
But then, once I get started, there are times when the writing goes very well, and I know no better feeling. (I realize this sounds a little like Hemingway, but one could do worse, right ?)


Caroline : What have been some defining events for you ?

William Bayer : I think being American, being privileged in the sense of having had the finest possible education, and also being Jewish (not in a religious sense, but the feeling of being "the other," and also at times a member of a despised minority). I would also add my service during the Vietnam War (not in the military but as a Foreign Service Officer attached to the American Embassy in Saigon). Also having lived abroad, in Asia for five years and in Morocco for another five. And having lived for more than thirty years with a wonderful woman, the love of my life, my wife, food-writer and cookbook author Paula Wolfert.


Caroline : Your stories often take place in a very specific universe. Is it because of personal interests (like falconry ) ?

William Bayer : Yes, I like to find something the interests me, for example an art form (photography), a sport (falconry), a city (Jerusalem), a category (mirror mazes), a profession (psychoanalysis), etc., and then explore it through fiction.


Caroline : Do you do a lot of research ?

William Bayer : Yes, a lot. Sometimes even too much. Because research is easier and more fun than writing. Actually, for me the most fascinating research is going to a foreign city (such as Jerusalem or Buenos Aires or San Francisco when I first moved here) and just walking, walking all day long and into the night, looking and listening and sniffing around, observing the people and getting to know the place. I'd go so far as to say that one of my greatest pleasures is taking long walks in foreign cities, Paris being one of the best places for this exercise.


Caroline : Do you identify with your characters ?

William Bayer : I confess to putting something of myself into every character I create...including the less attractive ones. Perhaps of all my characters, the closest to me is David Weiss, narrator of "The Dream Of The Broken Horses".


Caroline : The psychology of your characters is very developed in your stories, and at least twice (in The dream of the broken horses and Wallflower) you approach psychoanalysis in a very distinct way. Where does this interest comes from ? What are you knowledge and connections with Freud and psychoanalysis ?

William Bayer : I've always been fascinated by psychoanalysis. When I was at university I took several courses to prepare for medical school, a prerequisite then to becoming a Freudian psychoanalyst. (After taking a couple of science courses, I realized medical school was not going to make me happy, so I switched my major to art history). Years later, I went into traditional analysis with a wonderful female neo-Freudian analyst in New York, both in private sessions with her, and later in group therapy with several of her other patients. (among the members of my group were two psychoanalysts with full practices — which, by the way, did not give them any special status.) But let's go back to the beginning. When I was about eleven or twelve I went through a phase of surreptitiously searching through my parents papers. I guess, like most kids, I wanted to discover my parents' secrets. On one of these forays, I found my mother's diaries, and was particularly struck by the ones she wrote while in psychoanalysis in the 1950s. Many of her entries were cryptic, but I was able to decode quite a few of them, figure out the names of her lovers, etc. There are very strong echoes of this in "The Dream Of The Broken Horses". I've also been long fascinated with a certain type of individual I'd characterize as "the deeply troubled analyst." You'll find this character appearing in several books : David Weiss' father in "The Dream Of The Broken Horses", David Bar-Lev's father in "Pattern Crimes", Drs. Hudson, Fabiani and Pena in "City Of Knives" (which is set in Buenos Aires, a city literally obsessed with Freudian analysis), and Dr. Beverly Archer in "Wallflower", just published in France. So, yes, psychoanalysis is definitely a continuing motif in my fiction. I remain a Freudian, a true believer, a member, I suppose, of a dwindling breed. I own a huge Jim Dine etching, "The Wolfman's Dream", based on Freud's famous case history, and it's hanging in my living room. And lately I have been contemplating writing an historical crime novel featuring Lou Andreas-Salome, whose close connection to Freud is well known.


Caroline : Women too have a great role in your novels. Their portraits are strong, they are off the beaten tracks and independent women. You even have created a feminine character with Kay Farrow. Is this all a willingness of you or did it happen naturally and progressively ?

William Bayer : Well, what can I say except that I very much admire strong women, have always been fascinated by them. Thank you for mentioning Kay Farrow. She was an interesting case. At first I wasn't at all certain I could bring off this character as a first-person narrator. So I thought: 'Okay, I'll try to write sixty or so pages in Kay's voice, and if it doesn't work, then I'll start over and write her character in the third-person.'
Well, about a week into this experiment, I had no doubt I had found her voice. Writing that book, I used to love sitting down at my computer and "becoming" Kay. Then as soon as I was finished writing for the day, I became "Bill" again. My step-daughter says this was my way to get in touch with my "feminine side." Perhaps she's right. But I have to tell you that it was enormously gratifying when women told me I had captured a certain type of woman perfectly. All the American editors who bid on the manuscript (my agent held an auction) were female. I have to be honest here and mention that Kay is not at all what we call "girly". She goes around in black jeans, a black T-shirt and black leather jacket, and announces that she doesn't own a single dress. By the way, I've occasionally wondered what my mother (long deceased) would have made of this "impersonation. "We had difficult relationship. Frankly, I think Kay would have amazed her.


Caroline : Publishing world in U.S. seems to be a bit different of the French one, especially concerning the use of pseudonyms. Why did you write the Kay Farrow series under David Hunt's pseudonym ?

William Bayer : That's a complicated story. I'll give you the short version. With computer tracking of book sales, literary excellence has become less important than past sales. To put it another way, the marketing tale now wags the editorial dog (my formulation).
It turned out that I could get a lot more attention with a new name, not only from American publishers but also from the big book chains which control the U.S. retail book market. So I decided to use the name "David Hunt", reduced from a pseudonym "David Dagger Hunt" I'd long used to list my telephone number so as not to be bothered by people I didn't know. And you will be amused to learn that I was complimented on this choice by my American publisher for two reasons. As she put it: "It's good to choose a short name so the letters will be bigger on the front of the jacket, and a name from the middle of the alphabet so the book will be displayed at eye level in stores." Ridiculous, n'est-ce pas ? I think that says a lot about the state of publishing in America today. I should add that France is the only country where the Kay Farrow books will published under my real name; all the other international publishers chose to go with David Hunt. I'm grateful to my French readers for this, since, apparently, in France, at least, my name is not, commercially speaking...well..."mud " !


Caroline : France has edited two of your novels, not available in U.S. Is there a special explanation to that ?

William Bayer : The explanation comes out of what I stated above. A decline in commercial success in the USA. Two of my novels, "Switch" and "Pattern Crimes" were big best sellers, but after that my sales softened and flattened. I feel very fortunate to have a wonderful and very supportive French editor, Francois Guerif at Rivages, who doesn't care what U.S. publishers think, just publishes what he likes to read.


William Bayer Caroline : The influence of cinema, genre you worked on a lot at your debut, is quite obvious, whether in the accuracy of descriptions or in the atmosphere, as for Calista, the city imagined in "The Dream of the Broken Horses". You've never been contacted to do a film adaptation of one of your novels ?

William Bayer : Oh, I have. I wrote an adaptation (as yet unproduced) of "Blind Side" and also a number of produced original movie scripts for television. In the U.S. when one writes for film one becomes an employee of the studio or production company, and one gives up what you call in France "the author's moral rights." I don't like this, and don't like taking direction from studio executives who think a screen-writer is a kin to a house painter -- if you don't like the color he uses, you order him to repaint the house. In the U.S., screen-writing is a form of very highly- paid servitude. One does it for the $, but if one does it too long one risks ending up one of those cynical self-hating characters you've seen in American movies set in Hollywood.
Better, I think, to write novels, and leave the adaptations to others. And in regard to the adaptation of "Switch," produced as a 4-hour TV movie, I have to say that the adapter, playwright John Gay, did an excellent job.


Caroline : What are your current projects ? Can we hope to read more of your novels ?

William Bayer : Only my early novels haven't been published in France : "Visions Of Isabelle", a serious historical novel based on the life of Isabelle Eberhardt, and "Tangier", my psychological/political Graham Greene style novel of expatriate life in Morocco, where Paula and I lived during the mid 1970s. And a couple of even earlier ones that weren't particularly good. As to the future, a few years ago, I decided to stop writing for a while and to try something completely different - working with clay. I've long collected ceramics, particularly pieces by contemporary Japanese artists, and I'd always wondered whether I could learn to make good ceramics myself. I started taking pottery classes, and after I learned how to throw, I branched out into slab-built clay sculpture. I have a studio now, and work at it every day. Considering how late in life I started doing this work, I am pleased with my progress. I make no great claims for my work except to say that I love doing it, and lately I have liked the pieces I've turned out. Working with clay requires the use of the other side of the brain, not the side used for writing. Lately I've been synthesizing writing into my claywork, inscribing sentences and images inside cubes, which are then sealed up except for two very small openings, one for looking inside, the other for shining in light to make the interior writing visible. I call these pieces "mystery boxes." To give you an example, inside one I've written the words FAMILY SECRETS and added a trail of red spatter suggesting unspecified bloody crimes. But to get back to your question, I've recently started work on a crime novel in which ceramic art plays a large role. And there's also my Lou Andreas-Salome project. So there are two books to look forward to...and I am looking forward to working on them.


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