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Stéphane Lefebvre Stéphane Lefebvre - Opale

L'interview de Stéphane LEFEBVRE

autour de son roman Opale

Interview réalisé par échange de courriels en mars 2009 par Patrick Galmel.

L'interview

Patrick Galmel : Stéphane Lefebvre bonjour. Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Stéphane Lefebvre : Bonjour. Et bien, j’ai trente-neuf ans et je suis enseignant, documentaliste plus exactement, dans un collège de la Côte d’Opale.

Patrick Galmel : Vous venez de remporter avec « Opale », le Prix Polar 2009 organisé par VSD et Les Nouveaux Auteurs, et décerné par un jury de lecteurs. Quel effet cela fait-il d'avoir été plébiscité par le public ?

Stéphane Lefebvre : Même si les commentaires de Frédéric Beigbeder m’ont vraiment touché, c’est sans doute ce qui me fait le plus plaisir : que ce soit le public, les lecteurs, leur reconnaissance, qui m’aient permis de décrocher ce prix.

Patrick Galmel : Ce même jury était justement présidé par Frédéric Beigbeder qui qualifie votre roman de, je cite : « Très très grand texte. On dirait le Pennac des débuts ». Je suppose qu'on ne reste pas non plus insensible à ce genre de compliments ?

Stéphane Lefebvre : La politesse m’oblige à ne pas répéter ce que j’ai dit en découvrant la photo du bandeau, mais sachez tout de même que ça commençait par « ohpu » et que ça terminait par « tain ! ».
Surtout avec toute l’admiration, le respect (et aussi la jalousie !) que j’ai pour Pennac. La découverte des premiers Malaussène a été pour moi une véritable révélation. (ces phrases si simples, si belles, si drôles. Ah là là…)
Là, avec ce bandeau, c’est un peu comme si on comparait un footballeur amateur à Zizou !
Alors évidemment, j’ai d’abord été estomaqué, ensuite flatté, et puis un peu après, inquiet. Inquiet que les lecteurs soient déçus par cet effet d’annonce et ces compliments que je ne mérite pas.

Patrick Galmel : D'une manière générale, vous reconnaissez-vous des influences en matière littéraire ?

Stéphane Lefebvre : (La réponse sera un peu longue, donc vous pouvez directement passer aux deux dernières lignes qui la résument)
Non pas vraiment.
Si j’ai tout de même une prédilection pour le polar (au sens large), c’est parce que c’est le genre qui permet le mieux (à mon sens) « l’évasion » ou « l’identification ». Ce côté romanesque qui fait qu’on oublie qu’on est en train de lire et qu’on « vit » ce qui se passe.
C’est ce que je reproche un peu à toute cette branche de la littérature « blanche » et son autofiction parfois systématique. Ces livres peuvent être très bien écrits, voire passionnants, mais on reste spectateur de ce nous raconte l’auteur. Ce que je cherche quand je lis, c’est à être « acteur ». (Je ne sais si je suis très clair sur ce coup-là…)
C’est très puéril en fait comme principe. Je ne fais que rechercher ce « bonheur » de lecture, qu’on a tous éprouvé, enfant, avec les aventures de Alice, de Langelot ou de Bob Morane.
Après, forcément, les goûts s’affinent avec l’âge, et le fond ne suffit bientôt plus. La forme, le style, rentrent en ligne de compte, mais si je devais résumer, disons que je suis plus « L’Île au Trésor » que « La Métaphysique des Mœurs ».

Patrick Galmel : Et quels sont vos auteurs préférés ? Dans le polar ou ailleurs…

Stéphane Lefebvre : Pennac (au cas où je n’aurais pas été assez clair).
Dennis Lehane, pour les mêmes raisons, même si ses romans sont beaucoup plus « noirs » que les Malaussène. (« Ténèbres Prenez-moi la Main » est pour moi un pur chef-d’œuvre).
Michael Connely, John Harvey, Jean-Bernard Pouy, je pourrais en citer beaucoup d’autres, Gaston Leroux par exemple, les enquêtes rocambolesques de Rouletabille m’ont littéralement transportées, ou encore Romain Gary (tous ses romans sont de vrais bijoux, mais je soulignerai tout de même « L’Éducation Européenne », son premier, et malheureusement pas le plus connu).

Patrick Galmel : Nous nous connaissons, virtuellement, depuis quelques années puisque vous êtes inscrit depuis longtemps sur le forum du site. C'est là que nous avons été quelques-uns à apprécier le premier chapitre de votre roman ; c'était il y a à peu près quatre ans si mes souvenirs sont bons. Il a coulé quelques seaux d'encre sous les ponts depuis… Une explication ?

Stéphane Lefebvre : L’explication est double : d’abord le manque de temps et puis sans doute aussi un peu la flemme.
La flemme, parce que même si ça peut être très agréable et grisant de sentir qu’une phrase, un paragraphe, une page, tient la route, le travail pour y parvenir demande (pour moi en tout cas) vraiment de la volonté et un effort pour recommencer, encore et encore, jusqu’à ce que ça me convienne.
C’est parfois tellement plus facile de lire ce qu’un autre a déjà écrit ou d’allumer la télé !
Et puis le manque de temps, car la volonté et l’envie ne suffisent malheureusement pas. Entre les priorités familiales et professionnelles, il faut trouver le créneau pour qu’elles puissent s’exprimer.

Patrick Galmel : Votre personnage principal et narrateur dans « Opale » s'appelle Robin Mésange, et c'est un drôle d'oiseau… Léger, fragile sans doute, un observateur (il est photographe). Faut-il voir là l'origine de son patronyme ?

Stéphane Lefebvre : Vous avez raison ! Pour le nom de famille, c’était un clin d’œil volontaire.
Par contre, j’ai découvert par la suite que « robin », en anglais, signifiait rouge-gorge, et ça, c’est vraiment une coïncidence !

Patrick Galmel : Robin Mésange est également un personnage plein d'humour. Il avoue d'ailleurs préférer parfois cacher sa sensibilité, sa fragilité, derrière un paravent de sourires. Cette particularité qui l'accompagne tout au long du récit est fort bien rendue. On se demande où vous êtes allé chercher votre modèle. N'y aurait-il pas un peu de vous-même dans ce personnage ?

Stéphane Lefebvre : Euh… difficile à dire… Vous pouvez répétez la question ?

Patrick Galmel : Il n'y a pas que Robin qui pratique l'humour. Le roman tout entier est truffé de bons mots, de formules particulièrement efficaces, et vous avez l'art de la conclusion-raccourci-petite-phrase qui fait mouche. C'est un peu comme une marque de fabrique cette ponctuation humoristique. Une sorte de gimmick. Faut-il y voir une figure de style délibérée de votre part ? Ou s'est-elle plutôt imposée d'elle-même ?

Stéphane Lefebvre : C’est vraiment venu comme ça.
En fait, tout le roman est vu par les yeux et les émotions de Robin (je l’avais d’ailleurs commencé à la troisième personne, mais très vite je me suis aperçu que ça ne me convenait pas et j’ai repris à la première) et sa tendance à plaisanter avec les autres s’est presque naturellement mise en place pour ses digressions.

Patrick Galmel : D'une manière générale, votre écriture ne joue par sur l'emphase, les phrases sont souvent courtes, sans pour autant perdre jamais leur efficacité. On sent un soin particulier apporté au choix des mots, à leur agencement, et le résultat donne une lecture d'une grande fluidité. On imagine un long travail d'orfèvrerie pour arriver à cet effet — ou cette absence d'effet, plutôt. Est-ce une réalité ?

Stéphane Lefebvre : Oui, oui, tout à fait. Ce n’est pas tant l’absence d’emphase que je recherchais que la fluidité, la facilité de lecture, jusqu’à même essayer de faire disparaître justement cette impression de lecture (toujours cette volonté d’oublier qu’on lit). Mais cette fluidité n’est pas vraiment naturelle ou spontanée (enfin, pour moi), et ça demande pas mal de relectures et de corrections.
Et, quitte à choisir une comparaison, à la place d’orfèvre, je dirais plutôt… menuisier. On relit comme on passe la main sur une pièce de bois, et si ça accroche, on ponce…

Patrick Galmel : Robin Mésange, Valentine (sa nounou), Abdelatif (son ami), Jib (son patron), Léa (la fliquette, son fantasme)… Il n'y a pas beaucoup de "méchants" dans votre récit. C'est un peu « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » (même si une sordide affaire est au cœur de l'intrigue). Une manière de prendre à rebrousse-poil les courants actuels du polar où l'on croise plus souvent qu'à son tour des personnages très sombres. C'est bien sûr chez vous une volonté délibérée, mais n'avez-vous pas peur qu'on vous fasse le reproche de trop de naïveté ?

Stéphane Lefebvre : Oui, peut-être. Mais pourtant, sincèrement, je pense être plus proche de la réalité avec ces personnages disons « sympathiques » qu’avec la panoplie habituelle de déprimés, de torturés, d’écorchés et autres tourmentés.
Même si, c’est vrai, on peut parfois se poser des questions, qu’on arrête de me dire que l’empathie et « l’attention » seraient minoritaires dans ce pays !!
Comme vous le soulignez, il y a du sordide, du moche dans mon histoire, comme dans la vie malheureusement, mais ceux qui y sont confrontés, eux, sont « normaux », avec leurs forces, leurs faiblesses, et aussi… leur gentillesse. Comme dans la vie, encore une fois.

Patrick Galmel : Robin Mésange est si attachant qu'on a un peu de mal à le quitter une fois la dernière page tournée. Peut-on espérer le retrouver bientôt dans de nouvelles aventures ? Ou préférez-vous, justement, tourner la page, et le laisser voguer dans l'imaginaire de vos lecteurs ?

Stéphane Lefebvre : La surprise étant une part du plaisir de la lecture, même si je le savais, je ne vous le dirais pas…


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