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Jigal Polar

Éditions Jigal / Jigal Polar

Jimmy Gallier


Présentation / Commentaire

par Patrick Galmel

Si on parle chiffres, poids, Jigal est une toute petite maison d'édition. Rendez-vous compte : en vingt et un ans d'existence, sa collection polar aura présenté onze auteurs pour cinquante et un romans. Vous n'avez qu'à faire la moyenne…
Pourtant, sa notoriété dépasse, et de loin, les frontières phocéennes qui l'ont vu naître et l'abritent toujours. Phocéennes, parce qu'avant tout, Jigal, c'est Marseille ; puis la Méditerranée : puis le sud. Jigal, ça rime avec cigale !..

Mais alors, qu'est-ce qui fait que ce petit poucet de l'édition a réussi, si j'ose dire, à se faire une place au soleil ?
On pourrait penser que cette réputation tient à son âge. Vingt et un ans, ça n'est pas rien. Mais pour en arriver là, pour durer, il a d'abord fallu exister avant de commencer à vieillir. L'âge, la respectabilité qui va avec, c'est bon pour la confiance, pour ceux qui veulent revenir, pas pour accrocher de nouveaux lecteurs…
On pourrait penser que ce sont les auteurs publiés qui lui sont restés fidèles et que leur propre succès s'est reporté sur leur éditeur. Mais même si on associe facilement Gilles Del Pappas et plus encore Maurice Gouiran à Jigal, dont ils sont les deux figures emblématiques, on ne peut non plus résumer un catalogue à ses piliers…

Non, là où il faut chercher, c'est sans doute du côté de la cohérence, du côté de la passion chevillée au corps, du côté de la qualité qui en découle.
Cohérence parce que les romans publiés chez Jigal vous parleront du sud, de Marseille et de ses environs, dressant au fil des ouvrages un portrait d'ensemble noirci à coups de plumes diverses et variées.
Cohérence parce que ces plumes rencontrent l'esprit de celui qui les (dé)livre en pâture au lecteur — en l'occurrence Jimmy Gallier, directeur de collection —, sa manière de voir le monde, les choses, les gens, et que la plume et l'œil s'accordent, souvent.
Derrière les polars Jigal, c'est la passion qui déborde du chaudron. Parfois exubérante, parfois humaniste, parfois en colère, mais jamais terne.

Petite maison, petite équipe, mais grosse envie. Et cette volonté d'indépendance qui offre toutes les libertés. Tous ces gens-là ont des choses à vous dire, avec leur cœur, et ils le font bien.

par Mac

Un petit topo sur Jigal… Faut que je trouve un slogan… une "accroche"…
« Jigal, c’est bien ! » voire même « Jigal, parce que je le vaux bien ! »… « Jigal, un régal ». Mouais, pas convaincant tout ça, « l’essayer c’est l’adopter » ?..

Plus sérieusement, j’ai la chance d’habiter le Sud et d’aimer le polar alors, au détour de salons, j’ai croisé les auteurs, discuté avec eux et me suis laissé tenter par leurs bouquins : je ne regrette pas.
D'ailleurs, à lire les réponses de Jimmy Gallier (voir ci-dessous), je comprends que je partage pas mal de ses goûts et idées en matière de littérature. C’est purement subjectif, on aura beau disséquer, analyser, me montrer parfois certaines failles dans ces livres… rien n’y fera : j’aime.
Les auteurs sont différents mais l’écriture est sensuelle, tournée vers le monde, pleine d’humanité, j’y suis réceptif et c’est comme ça.
Je n’ai pas encore fait le tour de toutes les œuvres, juste pour le plaisir et le sentiment rassurant de savoir qu’il me reste des valeurs sûres à découvrir dans ma bibliothèque…



Le Mot du Patron

Jimmy Gallier

Interview réalisée par Patrick Galmel (assisté de Mac) par échange de courriels en novembre 2007

Jimmy Gallier Patrick Galmel : Si j'en crois mes recherches, vous êtes au départ quelqu'un qui gravite plutôt dans le milieu musical ; on vous connaît notamment pour un fameux Guide de la Musique qui paraît chaque année. Comment êtes-vous passé de cet environnement particulier au polar ? Autrement dit, comment a démarré l'aventure Jigal Polar ?

Jimmy Gallier : Le hasard… et les rencontres… Nous éditons en effet le Guide de la Musique (depuis vingt et un ans maintenant), une référence dans le milieu du show biz, et j’avais, à l’époque, envie de faire autre chose, de lancer une nouvelle collection. C’est à ce moment-là que Del Pappas est venu me voir avec le manuscrit du Baiser du Congre son premier roman… J’ai lu, j’ai craqué, et j’ai dit banco ! Et comme ce roman a tout de suite cartonné, nous avons eu envie de continuer ! C’était le début d’une belle aventure avec Gilles d’abord (quatorze romans édités avec lui à ce jour) puis avec d’autres qui nous ont rejoints depuis !

Patrick Galmel : Quand on évoque Jigal, on pense bien sûr "polar marseillais", puis à l'existence de cette "école" qui aurait eu Jean-Claude Izzo et Philippe Carrèse pour leaders. Alors, existe-t-elle cette école ou pas ? Ou doit-on seulement parler de polars dont l'intrigue se situe à Marseille et/ou dans ses environs ?

Jimmy Gallier : Je pencherais volontiers pour la deuxième hypothèse… Ce qui est certain c’est qu’Izzo a décomplexé pas mal d’auteurs en herbe… C’est fou le nombre de personnes qui rêvent d’écrire et bien sûr d’être publiées… Mais pour en revenir à vos moutons, école ou pas école, je ne pense pas qu’elle existe cette fameuse école. Il y a évidemment concordance de lieu, parfois même de « langue » ou de « mots » mais chacun des auteurs a ses particularités, ses forces, son style et la seule chose qui finalement les rassemble, c’est qu’ils sont tous, à tort ou à raison, réunis sous la bannière des « polardeux ». Et finalement, on s’en fout de tout cela, ce qui compte au final, ce sont les « bons » bouquins, ceux qui vont vous emmener au bout de la nuit, ceux qui vont vous marquer, que vous allez conseiller à vos amis. Il y a parfois des auteurs qui nous font rêver, c’est magique et c’est cela le principal. On en a quelques-uns chez Jigal, ça fait plaisir !

Patrick Galmel : Peut-on parler de polar régionaliste pour qualifier votre collection (et n'y voyez rien de péjoratif surtout) ?

Jimmy Gallier : Et bien encore une fois, je dis non, bien sûr ! Pourrait-on dire ça d’un polar dont l’action se passe à New York ou Paris ? Non évidemment. La plupart de nos auteurs sont d’origine méditerranéenne, ça c’est certain, c’est une région qu’ils connaissent bien, dans laquelle ils ont des racines, des souvenirs et des repères, alors situer leurs intrigues dans un lieu qu’ils connaissent et apprécient, n’en fait pas des auteurs régionalistes… Prenez le dernier polar de Maurice Gouiran, par exemple, Putains de Pauvres !. Il y parle beaucoup de SDF, de pauvres en détresse, de quartiers détruits, de spéculation immobilière… Croyez- vous que cela n’existe qu’à Marseille ? Malheureusement non ! Son précédent roman Train Bleu, Train Noir parlait de la déportation, un sujet qui là encore dépasse nos frontières, le dernier Del Pappas Vogue, Bel Engatseur parle des camps de concentration, son précédent L’Espincheur des Accoules du Rwanda et du génocide… L’imaginaire de nos auteurs, n’est heureusement pas limité à la Provence… Vous savez les auteurs, comme tous les artistes, sont des gens sensibles, qui vibrent au rythme du monde, ont des opinions, épousent des causes et les défendent avec ardeur et passion ! Bref, Marseille est un bel écrin, qui permet à tous ces auteurs de laisser libre cours à leur imagination, tout en profitant d’une scène haute en couleur ! Et puis Marseille a une longue histoire avec le polar… Mi tradition, mi légende, ici on aime bien raconter des histoires !

Patrick Galmel : Vos auteurs vous sont particulièrement fidèles ; je pense à Maurice Gouiran dont vous avez édité tous les romans, ou encore à Gilles Del Pappas. Quel est votre secret pour les "retenir" ? Le pourcentage, ou la confiance ?

Jimmy Gallier : Euh… Je pense que c’est à eux qu’il faudrait le demander… Pour moi, cette relation sur la « distance » est impérativement indispensable… En tant qu’éditeur indépendant, si on ne peut pas travailler sur la durée, il est tout à fait impossible de faire connaître et exister un nouvel auteur. Par contre, avec le temps, avec notre travail acharné évidemment, avec la promo, avec les salons, nous avons le plaisir de constater que plusieurs de nos auteurs font aujourd’hui partie de ceux qui comptent dans le polar français. Et puis un éditeur sans auteur n’existe pas ! Ce travail que nous effectuons en commun est fondamental. La confiance nous permet à tous de mieux travailler, d’aller plus loin ! Et puis ici, on essaie de donner le maximum, pour que tout cela reste avant tout un plaisir !

Patrick Galmel : Quels sont les particularités des polars que vous publiez, en dehors de leur aspect marseillais. Avez-vous une ligne éditoriale toute tracée ?

Jimmy Gallier : Toute tracée c’est beaucoup dire… La ligne s’est dessinée au fur et à mesure des rencontres, des auteurs et des romans publiés. Et je pense qu’elle évolue aussi avec eux. Elle a évidemment cette couleur du sud, des suds même. Nous nous inscrivons dans la lignée du polar méditerranéen… Montalban, Camilleri, Khadra, Markaris, Sciascia et d’autres encore… Ces auteurs ont des tas de points communs, comme habiter sur les bords de la grande bleue, en aimer la lumière et les ombres, adorer les plaisirs de la vie, de la bouffe par exemple et à travers leurs écrits, avoir une grande gueule, être critique, toujours, pour le plus grand bien de la démocratie ! C’est dans cette direction que l’on souhaite se développer. Alors si des auteurs en herbe et originaires du bassin méditerranéen ont des choses à dire, qu’ils nous contactent sans hésiter !
Par ailleurs, Nous essayons de publier des romans qui ont du « sens »… Tant qu’à couper des arbres, autant que cela serve à quelque chose. Alors polar social, polar politique, polar qui gratte où ça fait mal, je ne sais quelle étiquette « coller » là-dessus, mais l’important est que les lecteurs s’y retrouvent ! Et à en juger par le nombre de nos bouquins nominé ici et là dans les différents prix littéraires, nos auteurs ont, semble t-il trouvé leur public.

Patrick Galmel : Comment s'organise le sélection des livres que vous publiez. Avez-vous un comité de lecture ?

Jimmy Gallier : Disons que je suis le premier filtre… Je ne suis pas devenu éditeur pour m’ennuyer à la lecture d’un bouquin. Alors, même si c’est probablement parfois injuste, même si nous sommes probablement passés à côté d’un « bon » bouquin ou d’un auteur de talent, j’assume ! C’est évidemment très subjectif, mais c’est aussi notre force !

Mac : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres ? Jigal c’est combien d’auteurs, de parutions à ce jour ?

Jimmy Gallier : Nous avons actuellement cinquante et un titres à notre catalogue et onze auteurs à la production plus ou moins régulière. Et de nouveaux talents (mais c’est encore une surprise) devraient prochainement rejoindre le navire. Nous avons un rythme de sortie de six à huit romans par an, actuellement. C’est peu, mais cela nous permet de mieux maîtriser toute la chaîne, puisque, indépendants nous sommes, et de la réception et du choix des manuscrits, au suivi de fabrication, au marketing (photo, couverture etc.), à la promotion, au planning des salons à la distribution, nous contrôlons autant que faire se peut, toutes les étapes. C’est un travail de titan, mais quand on aime, on ne compte pas !

Patrick Galmel : Dernièrement, vous vous êtes lancé dans la réédition avec Spécial Dédicace de Lilian Bathelot. Est-ce là un nouvel axe de développement pour les éditions Jigal ?

Jimmy Gallier : Franchement, je n’en sais rien. Lilian m’a fait lire ce bouquin qui n’avait pas eu apparemment de réelle existence à sa sortie. Pourtant c’est un bon polar, et Lilian un auteur que j’apprécie, alors j’ai trouvé que cela valait le coup de lui donner toute l’exposition nécessaire. Des rééditions, nous en ferons probablement d’autres, mais cela n’a rien de stratégique. D’abord le plaisir de lire, de trouver et de faire exister des « bons » bouquins !

Mac : Face aux grandes maisons d’éditions, comment arrivez-vous à vous faire référencer, faire connaître vos livres ?

Jimmy Gallier : Tout d’abord, nous avons vingt et un ans d’existence… Notre « grand » âge et notre travail nous ont permis d’être encore là aujourd’hui. Et puis, nous ne faisons pas tout à fait le même métier que ces « grandes » maisons que vous évoquez… Nous sommes des « artisans » au savoir-faire apprécié, qui aimons les livres (et pas seulement les livres de comptabilité), les polars et les auteurs. Nous sommes des découvreurs de talent(s). Alors pour répondre à votre question, c’est beaucoup de travail, d’énergie, de persuasion, c’est une équipe formidable et…. des notes de téléphone astronomiques. Et puis il doit falloir être un peu dingue pour être éditeur de nos jours !

Patrick Galmel : Dites… Et vous-même, le démon de l'écriture ne vous chatouille pas un peu parfois ?

Jimmy Gallier : Parfois quand je me rase. Mais comme nous avons tous plusieurs vies dans la vie, nous verrons peut-être cela plus tard ! Non franchement, je suis davantage un lecteur avide qu’un auteur en « devenir ». Je « bouffe » du livre depuis toujours et être éditeur est un bon moyen de faire partager cette passion. Et dans ces périodes où l’image est omniprésente, il y a du boulot. Et puis, ça tombe bien, nous sommes éditeur de polars, et il n’y a qu’à ouvrir un journal ou regarder autour de soi pour trouver tous les jours de nouveaux sujets qui méritent qu’on leur accorde un peu d’attention !



Et les auteurs, ils en pensent quoi...


Maurice Gouiran

Maurice Gouiran Patrick Galmel : Comment en êtes-vous venu à rejoindre les éditions Jigal ?

Maurice Gouiran : J’ai envoyé le manuscrit de mon premier roman (La Nuit des Bras Cassés) à un certain nombre d’éditeurs de polars sans trop y croire. Pour moi, être édité n’avait rien d’une obsession.
Jimmy Gallier m’a contacté en janvier 2000 et nous nous sommes rencontrés début février 2000. Il était intéressé par mon bouquin mais aussi par ma capacité à en écrire d’autres (je ne pense pas qu’il ait été déçu, au moins sur le plan quantitatif, en ce domaine…).
Cette stratégie d’une vision à long terme et d’un travail sur la durée m’a séduit et c’est une des force de Jigal.

Patrick Galmel : Si vous deviez qualifier votre maison d'édition, vous utiliseriez quels mots ?

Maurice Gouiran : Amitié, compétence, transparence, honnêteté, disponibilité, réactivité, courage…

Patrick Galmel : Jimmy Gallier est-il quelqu'un qui demande à retravailler les manuscrits. A-t-il beaucoup d'exigences ou laisse-t-il ses auteurs s'exprimer comme bon leur semble ?

Maurice Gouiran : J’ai chez Jigal une totale liberté d’expression, ce qui est le must pour un auteur qui traite de sujets parfois brûlants.
Il m’a simplement parfois demandé de raccourcir certains paragraphes dont la longueur pouvait nuire à la dynamique du récit.
Sur le plan des exigences, outre celle de la qualité, Jigal présente une ligne éditoriale forte mais cela ne m’impose, en ce qui me concerne, aucune contrainte.

Patrick Galmel : Les éditions Jigal sont fidèles à leurs auteurs, et inversement. Dans votre cas, qu'est-ce qui "justifie" votre attachement ?

Maurice Gouiran : L’ensemble de mes polars est publié chez Jigal. Je pars du principe que si l’on a une cohérence de style et d’expression et si l’on est satisfait de son éditeur, c’est bien que tout soit publié dans la même collection.
C’est également un signe fort pour les lecteurs qui sont parfois désorientés lorsqu’ils se retrouvent devant un auteur édité par une demi-douzaine de maisons.

Patrick Galmel : Si ça n'est pas indiscret... Vous êtes satisfait de votre éditeur ? En matière de travail éditorial, de qualité de l'objet livre, de promotion ?

Maurice Gouiran : Si je n’étais pas satisfait, vous comprendrez bien — en fonction de mes réponses précédentes — que je serais allé voir (ou me faire voir) ailleurs ! Chez Jigal, on bénéficie d’un bon travail de promotion et d’un "objet livre" dont la qualité, aussi bien en édition originale qu’en poche, est louée par tous nos lecteurs. Autre avantage, l’accroche de la première de couverture, colorée et identifiable de loin, qui constitue un signal fort.
On a évidemment les inconvénients liés aux avantages : une petite maison d’édition a moins de poids lors des prix littéraires et si l’on est souvent nominé, on est peu élu. Toutes les récompenses qui m’ont été décernées (Prix Sang d’Encre des lycéens 2003, prix ROMPOL 2006, lauréat de l’été 2005 du prix SNCF) l’ont été lors d’un vote du public et non de celui d’un jury issu du gotha littéraire.
Une petite maison d’édition a également une puissance et une couverture, en matière de distribution, moins grande qu’une major même si Jigal a réussi à s’implanter parfois très loin de sa base.

Patrick Galmel : Et si vous aviez un reproche à formuler, ce serait lequel ?

Maurice Gouiran : Celui de ne pas avoir encore réussi à me faire avoir le Goncourt !

Serge Yves Ruquet

Serge Yves Ruquet Patrick Galmel : Comment en êtes-vous venu à rejoindre les éditions Jigal ?

Serge Yves Ruquet : Par mon frère ! Sans le savoir, j’avais un manuscrit qui était un « polar du sud ». Mon frère, qui connaissait cet éditeur et sa ligne éditoriale, m’a un jour suggéré de le lui adresser… Et voilà !

Patrick Galmel : Si vous deviez qualifier votre maison d'édition, vous utiliseriez quels mots ?

Serge Yves Ruquet : Petite, mais costaude ! Bien typée (le bon goût du sud !). Et aussi à la fois humaine, et très professionnelle. Le sérieux sans se prendre au sérieux. La passion et la raison. Le pied !

Patrick Galmel : Jimmy Gallier est-il quelqu'un qui demande à retravailler les manuscrits. A-t-il beaucoup d'exigences ou laisse-t-il ses auteurs s'exprimer comme bon leur semble ?

Serge Yves Ruquet : Je ne peux évidemment parler que de ma propre expérience. En ce qui me concerne, donc, mis à part les questions de format (Frères d’Armes fut d’abord une nouvelle — Jigal n’édite pas de nouvelles — puis un texte de… sept cents pages ! — « C’est trop long ! Faut m’en couper la moitié ! »), les révisions ont seulement porté ici et là sur des détails de style, et seulement quand je donnais mon accord. Rien à dire. Ceci étant, je sais Jimmy très subjectif, et il le revendique. Il accepte « ce qui lui plaît ». Comme tous les éditeurs, sans doute. Mais certains choix d’édition se font pour des raisons littéraires, d’autres plutôt par calcul marketing. Pour moi, Jimmy Gallier appartient plus à la veine passion que bizness.

Patrick Galmel : Les éditions Jigal sont fidèles à leurs auteurs, et inversement. Dans votre cas, qu'est-ce qui "justifie" votre attachement ?

Serge Yves Ruquet : Je pourrais vous répondre que j’ai un contrat, et que nous le respectons tous les deux. C’est d’ailleurs vrai, mais ça se nuance. C’est vrai au sens juridique, bien sûr. Mais aussi, et surtout, au sens humain. J’ai débuté avec eux et ils s’occupent de moi. Ils sont réglo, efficaces, et chaleureux. On avance ensemble dans le même sens. Ça me va !

Patrick Galmel : Si ça n'est pas indiscret... Vous êtes satisfait de votre éditeur ? En matière de travail éditorial, de qualité de l'objet livre, de promotion ?

Serge Yves Ruquet : Évidemment, il y aurait toujours à redire. Nous sommes tous perfectibles. Mais l’essentiel pour moi, c’est d’avoir affaire à des gens qui font de leur mieux, dans leur cadre. L’objet livre est bien. La maquette n’a pas l’air de sortir d’un traitement de textes de rencontre, comme certains. Papier, bien. Reliure, ça tient. Que vous dire ? Que si la couverture était pelliculée, elle tiendrait mieux le choc à l’humidité ? Un détail…
Pour la promotion, Jigal est exemplaire. D’accord, il leur manque la force de frappe. Jigal, combien de divisions ? Trop peu. En tous cas, ils canardent de toutes leurs bouches à feu. Et ma foi, ça donne des résultats ! Par exemple, en séance de dédicace, ou en salon, je ne me suis jamais trouvé le bec dans l’eau, sans livres approvisionnés, comme certains de mes collègues avec d’autres éditeurs. Jigal, c’est l’esprit commando. On n’est pas beaucoup, mais on ne lâchera pas un pouce de terrain ! Ça fait plaisir.
Sur un autre plan, il faudra bien un jour poser un problème qui dépasse mon éditeur en particulier : celui du statut de l’auteur, sa rémunération, sa protection sociale insuffisantes (le « s » à « insuffisantes » n’est pas une étourderie). Jigal n’est pas en cause. Il est même nettement moins pire que d’autres là-dessus, me suis-je laissé dire. Le problème est global. Ça s’apparente au commerce équitable. Les fournisseurs de matière première, quand ils sont pauvres, isolés, désorganisés, sont toujours les plus mal lotis. Faudrait réveiller Beaumarchais, peut-être… Ou alerter… Je sais pas, moi… José Bové, tiens ! Que fait José Bové pour les auteurs, merde ?!

Patrick Galmel : Et si vous aviez un reproche à formuler, ce serait lequel ?

Serge Yves Ruquet : D’avoir une seule collection, une seule ligne éditoriale. Pourquoi pas des polars du sud pour la jeunesse, par exemple ? Pourquoi pas autre chose que des polars, mais toujours du sud ? Des gadgets ! Des tee-shirts ! Des porte-clefs ! (non, là, je rigole). Sérieusement, je pense qu’ils pourraient grandir, se développer plus. Mais enfin… C’est pas ma gamelle. Trop facile aussi, d’être conseilleur sans être payeur. C’est vrai, quand un aficionado de Pol’Art Noir m’écrit « dans ma Normandie profonde, impossible de trouver un seul Jigal à l’étalage », je peste. Et que voulez-vous que je fasse ? Que je devienne le prochain kleenex d’un grand éditeur, qui prend ses auteurs et puis les jette ? Si ça gagne pas, ça débarrasse ? Non merci. Règle pour règle, limite pour limite, contrainte pour contrainte, je préfère celles-ci. Avoir face à moi (ou à mes côtés, si vous préférez) des êtres humains. Pas des zombies sans âme formatés pour le commerce international.

PS : Préférez toujours votre libraire à Internet.
Mais à défaut, n’oubliez pas polar.jigal.com !



Fiche Signalétique

Adresse postale :

Éditions Jigal
27, cours d'Estienne
13001 Marseille

tél : 04 96 17 67 00
fax : 04 91 54 03 63


Adresse internet :

Site : http://polar.jigal.com
Mail : info@jigal.com

Diffusion / Distribution :

Les Jigal Polar sont diffusés et distribués par les éditions Jigal,
voir directement leur site Internet pour les achats en ligne.


Manuscrit :

Par voie postale, à l'adresse ci-contre.



Pol'Art Noir a lu...











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