Afficher ou Masquer l'image de fond

Moisson Rouge

Moisson Rouge / Semana Negra

Hector Paoli, Judith Vernant, Hervé Delouche


Le Début de l'Aventure...

Extrait du blog Moisson Rouge

En juillet 2006, Judith Vernant, alors éditrice chez Hachette Littératures, se rend à la Semana Negra, à Gijón, Espagne, sur les conseils de Marc Fernandez. Elle arrive sous une pluie battante et retrouve là deux personnages qui auront très vite un rôle dans l'aventure : Cathy Fourez, et surtout Jérôme Leroy, écrivain.
Dès le lendemain, à la terrasse du Don Manuel, centre alcoolo-névralgique du festival, elle déjeune avec Fernando Bonassi, auteur brésilien qui l'intéresse direct. Puis, au cours d'une discussion informelle (il faut savoir qu'à la Semana Negra, toutes les discussions sont informelles), José Manuel Fajardo lui parle d'un certain José Ovejero, pas encore traduit en France, ce qui le scandalise. Judith Vernant est scandalisée aussi, et pas seulement par solidarité. Car elle cherche des auteurs. Ça tombe bien. Elle s'engage à se rendre à la présentation du dernier livre d'Ovejero, dont Fajardo lui dit deux mots, mais deux mots convaincants. Il part préparer sa conférence. Dix minutes plus tard, un grand type mince vient la voir et se présente comme auteur. Bien, parlez-moi de votre livre, lui dit-elle, avant de passer au tutoiement espagnol (mais en français). On l'aura compris, le grand type mince est José Ovejero. Il sera le premier auteur Moisson rouge...
Troisième auteur croisé au festival : Bernardo Fernandez, alias Bef, prix de la Semana Negra pour son premier polar, Tiempo de Alacranes (Une Saison de Scorpions). Un garçon doux comme un agneau et une dégaine de chef de gang.
Bon, de retour à Paris, Judith Vernant s'aperçoit bien vite que les projets en question ne sont pas vraiment pour Hachette Littératures, au temps pour elle. Et là, divine surprise, voici que survient la possibilité d'un mécénat, un vrai, un à l'ancienne, pour l'amour de la littérature. Note d'intention, branle-bas de combat, business plan, attente : ça finit par payer…


Présentation / Commentaire

par Patrick Galmel

Moisson Rouge est une toute jeune maison d'édition née au début de l'année 2008, mais qui, en l'espace de quelques mois et en s'appuyant sur une forte exigence en matière de publication, s'est déjà fait une place dans le milieu du polar.
Pour une fois qu'on tient un éditeur qui navigue à contre-courant des flux commerciaux, on ne va pas se plaindre ni s'empêcher de dire tout le bien qu'on pense de la démarche. La mode du thriller sanguinolo-américain continue de sévir un peu partout sur les étals des libraires, dans les têtes de gondoles, mais ça n'est pas sur ce filon là que vous rencontrerez Moisson Rouge. Résolument tournée vers les couleurs les plus sombres, voilà une maison qui se permet de prendre à rebrousse-poil les impératifs marketing et tente de tracer sa voie sur le chemin de la qualité.
Un pari qui passe par une ligne éditoriale clairement tracée : plein noir !

Moisson Rouge propose déjà, après ses premiers mois d'existence, quelques solides repères qui permettent d'identifier son cap. On aime ou on n'aime pas, mais leurs publications suscitent tout sauf l'indifférence. Pour celles que j'ai pu lire, qu'il s'agisse de la réédition de Sang Futur, de Kriss Vila ; de l'opni (objet polar non identifié) signé BEF, Une Saison de Scorpions ; du premier numéro qui ouvre la collection Semana Negra (dirigée par Paco Ignacio Taibo II), magnifique Suburbio de Fernando Bonassi ; ou encore du premier auteur français de la série, Sergueï Dounovetz avec Un Ange sans Elle ; chaque nouvelle parution est une porte ouverte à la découverte.
Et si Moisson Rouge refuse délibérément de se laisser porter par les courants, elle refuse de même de caresser son lecteur dans le sens du poil et de répondre à ses attentes. Attendez-vous à être surpris, déroutés, et pourquoi pas choqués. L'équipe éditoriale et ses auteurs pratiquent avec bonheur le remue-méninges.
Une denrée rare qui doit être protégée…



Le Mot des Patrons

Hector Paoli, Judith Vernant

Interview réalisée par échange de courriels en décembre 2008

Moisson Rouge - L'équipe Patrick Galmel : Quant on lance une maison d'édition qui tourne autour du polar, du roman noir, et qu'on l'appelle Moisson Rouge (titre d'un célèbre roman de Dashiell Hammett), ça n'est pas tout à fait anodin. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce choix ? Ce qu'il représente pour vous ?

Moisson Rouge : Notre troisième associé, Hervé Delouche, souhaitait il y a plusieurs années, utiliser ce nom pour une collection qu’il montait chez Noésis. Il s’est rendu aux États-Unis demander l’autorisation d’utiliser ce nom à la veuve de Dashiell Hammett — où plutôt à l’avocat mandaté par sa veuve —, qui a accepté. Ce projet initial n’a pas marché comme il le souhaitait, et nous avons repris le nom et poursuivi l’aventure sous la forme d’une maison de roman noir indépendante.
Ce nom marque évidemment aussi notre attachement à toute la tradition du grand roman noir américain tant comme lecteurs et amateurs de polar que comme éditeurs, car nous comptons rééditer régulièrement des perles oubliées.

Patrick Galmel : Il semble qu'il y ait un lien très fort entre le festival espagnol La Semana Negra et Moisson Rouge, lien qu'on retrouve dans votre catalogue avec plusieurs auteurs primés là-bas et la création récente d'une collection qui porte le nom de ce célèbre rassemblement. Hasard des rencontres ? ou volonté délibérée ?

Moisson Rouge : À la fois hasard des rencontres et volonté délibérée. Je (Judith Vernant) me suis rendue au festival en 2006 avec un ami journaliste, dans l’idée de monter une collection de romans noirs chez Hachette Littérature — projet qui n’a pas abouti —, et l’énergie qui se dégageait du festival m’a impressionnée. J’y ai fait des rencontres passionnantes, notamment José Ovejero, qui a tout de suite suivi l’aventure Moisson Rouge, Bernardo Fernandez et Fernando Bonassi. En 2008, puisque nous avions déjà publié plusieurs auteurs issus du festival, nous avons eu l’idée de proposer à Paco Ignacio Taibo II un « partenariat » entre la Semana Negra et Moisson rouge, qui a donné lieu à la création de la collection, dont l’écrivain est en quelque sorte le parrain.
Cette collection s’inscrit parfaitement dans notre volonté d’explorer les sociétés en crise, en pleine mutation ou en ébullition, comme de nombreux pays d’Amérique latine.

Patrick Galmel : Comment définiriez-vous votre ligne éditoriale ?

Moisson Rouge : Notre ligne est noire au sens large. Nous tâchons de ne pas publier de polars classiques, ce que d’autres maisons font très bien, et préférons sinuer en « marge », avec des titres tels que Sang Futur, un roman punk, Prière pour Dawn, livre polyphonique américain totalement atypique, ou Rasta Gang, roman ultraviolant et très original sur les posse jamaïcains à New York (à paraître en janvier 2009). Nous délaissons ainsi le « mainstream » du thriller classique américain. Nous jouons sur l'explosion des codes du polar plutôt que sur les trames narratives classiques et sommes particulièrement attentifs au style, à la qualité littéraire, à l'originalité et à l'atmosphère "noire". Nous sommes intéressés par les fresques urbaines contemporaines, les paysages péri-urbains et les sociétés en crise ou en profonde transformation, terreau fertile pour le roman noir.

Patrick Galmel : La promotion du polar hispanique en France fait-elle partie des "missions" que vous vous êtes fixées ?

Moisson Rouge : Pas particulièrement mais il se trouve que nos liens privilégiés avec la Semana Negra nous ont permis de trouver des titres originaux et littérairement très exigeants.

Patrick Galmel : Après avoir pratiqué la traduction (Jose Ovejero, Bernardo Fernandez, Fernando Bonassi), la réédition (Robert Bloch, Kriss Vila), vous vous lancez dans l'inédit avec Prières pour Dawn de Nathan Singer et puis un premier auteur français, Sergueï Dounovetz, avec Un Ange Sans Elle. À chaque fois, beaucoup d'exigence dans vos choix, beaucoup de risques aussi… N'est-ce pas incompatible avec des objectifs bassement commerciaux ?

Moisson Rouge : C’est un risque… En même temps c’est aussi une manière d’imposer une marque, de se distinguer dans un paysage éditorial surchargé. Nous ne refusons pas de faire du roman « grand public » s’il répond à nos exigences littéraires et qu’il est assez original pour être cohérent avec notre identité.

Patrick Galmel : Vous évoquez sur votre blog, en racontant la genèse de la création de Moisson Rouge, la présence d'un mécène "à l'ancienne". Pouvez-vous nous en dire un plus sur ce sujet ? Est-ce sa présence à vos côtés qui vous permet tant d'audace ?

Moisson Rouge : Bien sûr… Sans son aide nous n’aurions pu ni monter la structure, évidemment, ni nous permettre de tels choix éditoriaux, dont nous demeurons d’ailleurs parfaitement libres. Ce mécène finançait déjà la première version de Moisson Rouge, qui était aussi une collection exigeante et très libre.

Patrick Galmel : La collection Semena Negra que vous venez de créer est dirigée par Paco Ignacio Taibo II (excusez du peu !). Quel sera son rôle en tant que directeur ?

Moisson Rouge : Paco Ignacio Taibo II choisit les livres présentés à la Semana Negra — qui propose déjà une sélection très pointue — et nous suggère parmi eux des ouvrages auxquels il tient particulièrement. Nous publions également les ouvrages primés là-bas, le prix de la Semana Negra étant particulièrement prestigieux car ni doté, ni « sponsorisé » par un éditeur, comme c’est généralement le cas en Espagne. Taïbo est un grand promoteur de la littérature latino-américaine, et cette collection en est aussi une ambassadrice en France.

Patrick Galmel : Le polar est un vaste champ d'investigation, un genre multiple. Vous vous attachez aujourd'hui à sa frange la plus noire ; voire à ses limites. Peut-on s'attendre de votre part à une sorte "d'élargissement" de votre éventail de publication ou allez vous continuer dans cette voie ?

Moisson Rouge : Il faut s’attendre à tout !… Nous allons poursuivre dans cette voie qui nous laisse une grande liberté (et nous amuse beaucoup), en continuant les titres « musicaux », rock, punk, reggae, jazz, les premiers romans, les ovnis littéraires , en suivant « nos » auteurs, notamment José Ovejero (Des Vies Parallèles) et Nathan Singer (Prière pour Dawn), ce qui fait partie de notre politique éditoriale depuis la création de la maison. Nous allons persévérer dans le trans-genre, à mêler noir, fantastique, social, western urbain, comédie, à faire éclater les canevas traditionnels de la narration et de l’écriture, à oser des styles très novateurs et parfois dérangeants, Nous allons également poursuivre notre politique de rééditions de classiques (ou moins classiques), et chercher des auteurs français. Nous sommes encore très jeunes et notre priorité, pour le moment, est d’imposer notre identité, ce qui passe par l’affirmation d’une ligne éditoriale forte et identifiable.

Patrick Galmel : Et l'avenir dans tout ça… Pouvez-vous nous donner quelques pistes sur vos prochaines parutions, histoire de nous faire envie ?

Moisson Rouge : En janvier prochain nous allons publier Rasta Gang, de Phillip Baker, avec une préface de Thierry Marignac, qui en est le traducteur. Ce livre était paru au Fleuve noir dans les années 1990 sous le titre Blood Posse. Nous pensons qu’il s’agit vraiment d’un titre majeur, hélas passé inaperçu à sa sortie pour diverses raisons… Un roman passionnant, lyrique, très noir, extrêmement violent, qui raconte les premières vagues d’immigration jamaïcaine à Brooklyn (Brownsville) et la difficile intégration, à coup de came, de bastons et de flingues, d’un jeune Jamaïcain dans le New York des années 70.
En février nous publions Handschar, d’Emmanuel Errer, un vieux routier du polar, un livre sur une division SS… musulmane.
En mars, nous sortons un ouvrage de la collection Semana Negra, Aller Simple, de Carlos Salem, qui a reçu là-bas le prix du premier polar. Un roman initiatique totalement disjoncté placé sous le signe du tango et de la figure de Carlos Gardel, lequel, pour vous donner une idée (et envie), est aux trousses de Julio Iglesia, qu’il veut tuer parce qu’il a osé enregistrer ses tangos !
Allons jusqu’en avril, où nous publions Jazz me Blues, un recueil de nouvelles sous la direction de l’excellent Jean-Paul Gratias, autour des thèmes voisins du jazz et du polar.
Ça vous suffit ?

Merci à Hector Paoli et Judith Vernant pour leur disponibilité.



Fiche Signalétique

Adresse postale :

Editions Moisson Rouge
2, rue Malus
75005 Paris

Adresse internet :

Site : http://moisson-rouge.fr/
Blog : http://moissonrouge.blogspot.com/
Mail : Par l'intermédiaire de la page "contact" du site

Diffusion :

CDE

Distribution :

SODIS
http://www.sodis.fr/

Manuscrit :

Par voie postale, à l'adresse ci-contre.




Pol'Art Noir a lu...





Ce site et le forum qui en dépend, sont déclarés à la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) sous le numéro 1119085. Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
contact@polarnoir.fr