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Polars en Nord

Ravet-Anceau / Polars en Nord - Polars en Région

Gilles Guillon


Présentation / Commentaire

par Patrick Galmel

Le polar régionaliste est une étiquette qui fait vendre. Certains lecteurs apprécient qu'on leur parle d'eux-mêmes, alors pourquoi pas de leur région ? D'ailleurs, c'est un phénomène qui s'amplifie dès lors qu'on se trouve dans un coin de France à forte culture locale — voyez la Bretagne.
Fort de ce constat, un inconnu dans l'édition policière (Ravet-Anceau) allait se lancer en 2005 dans l'aventure en prenant pour cadre le nord de la France. Polars en Nord, collection dirigée par Gilles Guillon, ancien journaliste, était née.

Mais est-ce que pour autant la mise en scène de particularités locales suffit à faire de bons romans ? Assurément non, et Gilles Guillon l'a bien compris en sélectionnant avec rigueur ses auteurs sur la qualité de leurs textes et non sur leurs connaissances diverses en géographie.
Du coup, même si Polars en Nord ne bénéficie pas aujourd'hui d'une distribution qui la rend visible sur tous les étals des librairies, elle apparaît néanmoins comme une collection généraliste qui balaye allègrement tous les champs du polar, poussée par un vent... du nord. Qualité, diversité, mais aussi cohérence — qu'on retrouve dans le travail sur les couvertures — et l'attachement à la réalisation d'un bel objet livre pour un prix plus que raisonnable.

Polars en Nord a rencontré le succès et Gilles Guillon a remporté son pari.
Aujourd'hui, la collection se décline en Polars en Région et part à l'assaut de l'hexagone avec la même ligne de conduite. Rhône-Alpes est son premier port d'attache. Gageons qu'il ne sera pas le dernier.

Bon voyage !



Le Mot du Patron

Gilles Guillon

Interview réalisée par MacOliver (assisté de Patrick Galmel) par échange de courriels en juillet 2007

Gilles Guillon MacOliver : Bonjour, Gilles. Tout d’abord peux-tu nous expliquer le parcours qui t’a conduit à devenir éditeur ?

Gilles Guillon : Je suis journaliste de formation. J’ai travaillé dix ans à la télé (France 3), puis quinze ans en presse écrite spécialisée (sport auto, tourisme), avant de me tourner vers l’édition. Je voulais créer ma propre maison d’édition pour publier des polars, quand j’ai été recruté par Ravet-Anceau. C’était il y a deux ans.

MacOliver : Qu’est-ce qui t’attire plus particulièrement dans le polar au point de choisir ce genre pour l'éditer ?

Gilles Guillon : Je lis des polars depuis le lycée (j’ai quarante-six ans). C’est un genre qui est ancré dans la réalité, même si ça reste de la fiction. C’est le côté sombre et dramatique des histoires policières qui m’attire avant tout, même si le suspens et les énigmes ont leur charme.

MacOliver : Comment est née cette idée de collection « Polar en Nord » ?

Gilles Guillon : J’avais remarqué qu’en Bretagne, en Provence et dans d’autres régions, existaient des collections de polars régionalistes. Il n’y avait rien d’équivalent dans le Nord, alors que c’est une région de faits divers. La place était libre. J’avais envie de tenter l’expérience, pour me différencier.

MacOliver : Comment fonctionnes-tu pour collecter les textes et comment se passe le choix ? Y a-t-il un comité de lecture ?

Gilles Guillon : Je fais un premier tri dans les manuscrits que je reçois et je transmets les meilleurs au comité de lecture qui valide mes choix. Ce comité est composé de lecteurs amateurs, qui lisent pour leur plaisir et font des fiches. Même si la plupart du temps ils sont du même avis que moi, leurs remarques obligent parfois certains auteurs à revoir leur copie.

MacOliver : Une fois la sélection faite, y a-t-il beaucoup de réécriture ou reçois-tu des textes publiables tels quels ?

Gilles Guillon : La réécriture intervient en cours de route, avant ou après le premier passage au comité de lecture. Un tiers des manuscrits sont publiables tels quels, un autre tiers nécessite des modifications succinctes. Pour le dernier tiers, je demande parfois à l’auteur de réécrire ou de supprimer des chapitres entiers, de revoir la structure du roman, parfois même de changer la fin. En général, nous changeons le titre, car il faut qu’il fasse référence à la région où se déroule l’intrigue.

MacOliver : Quel est le rythme de parution pour chacune de ces collections ? Y a-t-il matière à envisager d'augmenter ce rythme si le succès va grandissant ?

Gilles Guillon : Nous publions deux nouveautés par trimestre pour Polars en Nord. Nous prévoyons de prendre un rythme similaire pour Polars en Région à partir de 2008. En 2007, il y aura seulement quatre titres pour le démarrage de cette collection.

MacOliver : Le cadre de la collection est-il figé ? T’autorises-tu des expérimentations ?

Gilles Guillon : Pour Polars en Nord, nous sommes partis dans l’inconnu. Ravet-Anceau n’avait jamais édité de romans, ni de livres de poche. Nous avons été surpris par le succès des premiers titres parus, puis de l’engouement qui s’est dessiné autour de cette collection. Au début, j’avais peur que les lecteurs soient déroutés par la diversité des romans publiés (romans noirs, à énigme, humoristiques…). En fait, ce côté hétéroclite fait l’intérêt de la collection. Les lecteurs aiment être surpris.

Patrick Galmel : « Polars en Nord » se présente comme une collection régionaliste par son titre, mais est en fait à mon sens plutôt généraliste. Les romans présentés ont effectivement pour cadre le Nord, mais ont aussi un sujet, une intrigue, qui tiennent la route, une qualité d'écriture qu'on ne retrouve pas forcément toujours chez d'autres maisons (je pense à d'autres régions à identité culturelle forte qui pratiquent beaucoup le polar — la Bretagne pour ne pas la citer).
Est-ce que le but de « Polars en Nord » n'est-il pas, sous couvert de littérature régionaliste (ce qui est sans doute un filon porteur — il faut aussi que les livres se vendent !), de faire tout simplement découvrir des auteurs de qualité, et non une région à travers de piètres polars ?


Gilles Guillon : Régionalisme et qualité ne sont pas incompatibles. Quand nous avons démarré, j’ai été surpris de voir avec quel mépris certains considéraient les polars de province. La plupart des auteurs de Polars en Nord pourraient très bien être publiés chez des éditeurs parisiens, comme c’est le cas pour Franck Thilliez, dont La Chambre des morts aurait eu sa place chez Ravet-Anceau. Je trouve dommage, que certains par parisianisme considèrent que ce qui se fait dans les régions est systématiquement nul.

Patrick Galmel : Après une bonne année d'existence, comment est perçue cette nouvelle collection dans le monde du polar ; Ravet-Anceau n'étant pas réputé jusqu'alors comme un éditeur du genre ? As-tu eu des retours de la part de professionnels ? Et côté public ? L'affaire est viable ? Les objectifs atteints ?

Gilles Guillon : En deux ans, nous avons publié seize livres et vendu plus de trente-cinq mille exemplaires, essentiellement dans le nord de la France. Les objectifs sont largement dépassés. La plupart des titres sont rentabilisés. Il y a un public fidèle, qui n’est pas forcément composé d’amateurs de polars. Ce sont des lecteurs (surtout des lectrices) intéressés par des histoires se déroulant dans la région. Pour l’instant, mes contacts avec le monde du polar sont très limités, nous sortons à peine de notre région d’origine. J’ai proposé certains titres au prix du polar SNCF, mais ils ont été refusés car Ravet-Anceau n’est pas un éditeur national. Ce qui me déçoit principalement, c’est que les journalistes lisent rarement les livres que nous publions et en parlent souvent sans les ouvrir. En tant qu’ancien journaliste, ça m’exaspère !

MacOliver : Récemment sont parus les deux premiers opus de la petite sœur de la collection : Polars en Région — celui de Jean-Louis Nogaro, par exemple, qui se déroule à Saint-Étienne. Il te parvient donc des textes de toute la France ? Cette nouvelle collection est-elle appelée à s'ouvrir à l'ensemble des régions françaises ?

Gilles Guillon : Je commence à recevoir des textes d’un peu partout (Lorraine, Corse, Belgique…). Jusqu’à présent, je ne pouvais rien en faire, mais devant le succès de Polars en Nord, le PDG de Nord Compo, la maison-mère de Ravet-Anceau, m’a demandé d’étudier une extension du concept à d’autres régions. Nous avons choisi Rhône-Alpes pour commencer. Si ça marche, on fera la même chose ailleurs.

MacOliver : Des projets en cours ? Des envies ?

Gilles Guillon : Nous avons d’autres collections en cours de développement. Je ne travaille pas que sur les polars, je fais aussi des livres de cuisine, des guides touristiques, du régionalisme. Par moments, je me verrais bien m’occuper uniquement de polars !

MacOliver : Pour finir peux-tu nous faire partager tes derniers coups de cœur, en tant qu'éditeur, ou même en tant que simple lecteur ?

Gilles Guillon : Nous avons démarré Polars en Nord avec un livre de Léo Lapointe (Le Vagabond de la Baie de Somme) et Polars en Région avec un de Jean-Louis Nogaro (Saint-Étienne Santiago). Ce sont deux auteurs qui ont su créer un univers qui leur est propre. Je pense qu’on entendra parler d’eux bientôt (et des autres !).

Merci Gilles et longue vie à ces deux collections.



Et les auteurs, ils en pensent quoi...


Léo Lapointe / Polars en Nord

Léo Lapointe Patrick Galmel : Vous avez été le premier auteur publié dans la collection Polars en Nord chez Ravet-Anceau. Comment avez vous été amené à rencontrer cet éditeur ?

Léo Lapointe : J’avais contacté des éditeurs nationaux, en vain, et je n’avais pas eu l’idée de chercher des éditeurs régionaux puisqu’il n’y avait pas d’édition de polars. Et puis quelqu’un sur Lille m’a conseillé de rencontrer Gilles Guillon. Ce que j’ai fait. Il tentait de lancer l’idée des polars régionaux chez un autre éditeur.
Il a tout de suite accepté mon manuscrit, mais n’avait pas pu réaliser son projet. Moi j’avais confiance et je n’ai pas cherché d’autres éditeurs, et effectivement lorsque Gilles a pu reprendre son projet chez Ravet-Anceau il m’a tout de suite recontacté, deux années plus tard, et c’était parti…

Patrick Galmel : Quelle a été la teneur du travail de l'éditeur avant la publication de votre récit ? Y a-t-il eu une grande évolution entre votre manuscrit et le roman mis en vente chez les libraires ?

Léo Lapointe : Il m’a juste demandé de changer de titre… Ravet-Anceau étant une maison historique à l’image forte d’éditeur de guides et de plans, il fallait que le contenu soit exact, précis et contextualisé géographiquement dans le Nord de la France.
Il n’y avait pas de problème sur ce cadre, par contre le titre initial « Les Hérons Sont Fatigués », ne renvoyait pas à ce cadre géographique, Gilles m’a proposé « Le Vagabond de la Baie de Somme », ce qui correspondait parfaitement au contenu…

Patrick Galmel : Polars en Nord publie des romans que l'on pourrait qualifier de "régionalistes". Que pensez-vous de cette étiquette ? N'est-elle pas un peu "réductrice" ?

Léo Lapointe : Quand je vois la réception des bouquins, je sais bien que l’aspect régionaliste est très important dans le succès de la collection. Après c’est à nous de conquérir ces lecteurs pour autre chose que la recherche de son coin de rue ou du nom de son village. Je crois que c’est un pari gagné, la preuve étant par exemple me concernant que l’effet « collection » commence à jouer à plein, des gens viennent chercher mon deuxième bouquin, « La Tour de Lille » alors que le contexte est très différent du premier, ou bien ils viennent chercher un de mes bouquins parce qu’ils en on aimé un autre sur leur ville, que ce soit Dunkerque, Lille ou Hénin Beaumont…

Patrick Galmel : Si ça n'est pas indiscret... Vous êtes satisfait de votre éditeur ? En matière de travail éditorial, de qualité de l'objet livre, de promotion ?

Léo Lapointe : J’aime la ligne de ces livres, le format, le choix des couvertures. Je trouve bien et normal que le prix ne soit pas prohibitif. Je crois que c’est très partagé, les seules critiques que j’ai entendues c’est que parfois quand les bouquins ont trop circulé, la brochure finit par s’user, mais qui se plaindra que les livres circulent ?
En ce qui concerne la promotion, la maison Ravet-Anceau a aligné tout son réseau de distribution sur Nord - Pas-de-Calais et Picardie, et Gilles Guillon est très actif pour les contacts avec les médias, les salons, les librairies, c’est vraiment très agréable d’être non seulement édité mais distribué sérieusement.
Évidemment, on rêve de passer à un cran au dessus, avec une distribution nationale, mais ce n’est sans doute plus quelque chose d’irréalisable avec le lancement de Polars en Région. J’ai lu les deux premiers édités dans le Lyonnais, j’ai trouvé la même qualité et la même diversité que chez les auteurs du Nord. J’espère bien que dans peu de temps on pourra lors des salons du livre boire autre chose que de la bière, du Beaujolais par exemple, puis du Bordeaux, etc...

Jean-Louis Nogaro / Polars en Région

Jean-Louis Nogaro Patrick Galmel : Vous avez été le premier auteur publié dans la collection Polars en Région chez Ravet-Anceau. Comment avez vous été amené à rencontrer cet éditeur ?

Jean-Louis Nogaro : Tout simplement grâce à un forum polar convivial, noir et jaune. Vous voyez ce que je veux dire ?.. L'un des membres, sachant que j'avais écrit un polar se déroulant sur Saint-Étienne, m'a indiqué que Gilles Guillon recherchait des manuscrits situés en Rhône-Alpes. S'en est suivi un échange de mails... et puis voilà !

Patrick Galmel : Quelle a été la teneur du travail de l'éditeur avant la publication de votre récit ? Y a-t-il eu une grande évolution entre votre manuscrit et le roman mis en vente chez les libraires ?

Jean-Louis Nogaro : Le roman a été amélioré à la marge, sur quelques points stylistiques. L'œil acéré de Gilles avait détecté une certaine tendance à appuyer sur les "toujours", par exemple. Depuis, je les fais "sauter" moi-même ! Au niveau de l'histoire, et j'en remercie l'éditeur, rien n'a été changé.

Patrick Galmel : Polars en Région publie des romans que l'on pourrait qualifier de "régionalistes". Que pensez-vous de cette étiquette ? N'est-elle pas un peu "réductrice" ?

Jean-Louis Nogaro : C'est un bon moyen pour entrer chez les libraires régionaux... Pour commencer ! Mais un polar régional est avant tout un polar, et ça, les lecteurs le savent ! Izzo à Marseille, Connelly à Los Angeles, Mankell en Scanie, écrivent ou écrivaient également du "roman régional". Et ça ne s'exporte pas trop mal...

Patrick Galmel : Si ça n'est pas indiscret... Vous êtes satisfait de votre éditeur ? En matière de travail éditorial, de qualité de l'objet livre, de promotion ?

Jean-Louis Nogaro : Alors, pour tout, je dis : satisfaction totale. Les livres sont attrayants sur le plan des couvertures, du format, du papier... et du prix. Avant la sortie du livre, Gilles est "descendu" sur Lyon pour nous rencontrer, Jean Périlhon et moi-même, afin d'affiner les derniers détails. La promo est menée de manière très professionnelle, les services de presse sont adressés là où ils ont des chances d'être lus. Les auteurs sont associés à la promo. Pour les livres en Rhône-Alpes, la distribution est assurée par un groupe qui n'est pas Ravet-Anceau (contrairement aux Polars en Nord) Mais s'il y a délégation, je peux vous dire que Gilles suit tout ça de très très près !

Alors, je le redis, satisfaction totale. En plus des points évoqués précédemment, il en est un qui l'emporte sur tous les autres : Le courant est passé avec Gilles. Parce que c'est un gars chaleureux, compétent... et un amoureux du polar !
La meilleure preuve est sans doute que je n'ai envoyé mon dernier manuscrit qu'à un seul éditeur... Là aussi, vous voyez de qui je veux parler !



Fiche Signalétique

Adresse postale :

Ravet-Anceau
5, rue de Fives - BP90019
59651 Villeneuve-d'Ascq Cedex

tél : 03 20 41 40 70
fax : 03 20 41 40 75


Adresse internet :

Site : http://www.ravet-anceau.fr/
Blog : http://polarsennord.blogspirit.com/
Mail : gguillon@ravet-anceau.fr

Diffusion / Distribution :

Les Polars en Nord sont distribués par Ravet-Anceau.
Pour les Polars en Région :

Calibre
9, rue de Toul
75012 Paris

tél : 01 44 67 84 61
fax : 01 43 47 11 10

http://www.calibre.fr/


Manuscrit :

Ravet-Anceau accepte les envois de manuscrits par mail (gguillon@ravet-anceau.fr)



Pol'Art Noir a lu...









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