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David Carkeet La Peau de l'Autre
Seuil Policiers - Janvier 2012 Une chronique de Patrick Galmel
 Tout commence sur une route enneigée du Vermont. Au volant d'une voiture de location, Dennis Braintree prend un virage un peu trop vite et finit sa course dans le fossé, véhicule HS. À peine blessé, entendu par la police, il est conduit à l'hôtel le plus proche, dans la petite ville de Montpelier.
Là, il fait la connaissance de Betsy, réceptionniste aveugle, puis, dans la nuit, de Marge, femme alcoolique et volage qui atterrit dans sa chambre. Parti au drugstore chercher cigarettes et préservatifs pendant que Marge profite du jacuzzi, il constate à son retour sa disparition et le joyeux bordel qu'elle a laissé en tentant (comme elle l'avait laissé entendre) de s'accrocher au lustre, qui n'a pas résisté. Après cette nuit agitée, Denny reprend sa route dès le lendemain vers l'aéroport non sans avoir laissé un mot d'excuse pour les dégâts occasionnés.
À l'embarquement, c'est la police qui l'attend, persuadée qu'il est celui qui a causé la disparition de Marge, mais contre toute attente, il est reconnu par un des flics comme un ancien ami, disparu des environs sans explication il y a tris ans. Trop heureux de ces retrouvailles, les deux flics ramènent le rescapé au bercail et l'installe dans ses pénates. Denny va alors se glisser dans la peau d'Homer…
Étrange personnage que ce Dennis Braintree… Étrange situation que la sienne…
Journaliste obèse et solitaire, spécialisé dans le modélisme ferroviaire, Denny n'est pas quelqu'un qui attire la sympathie. Il aurait plutôt tendance à vivre en autarcie, retranché derrière les barrières de son esprit fertile et incompris, observant avec méfiance le monde qui l'entoure et ceux qui l'habitent. Il semble aussi que son histoire personnelle l'ait incité à cette forme d'auto-exclusion ; son histoire et les remarques désobligeantes d'une majorité de ceux qu'ils croisent.
Dès lors, pourquoi ne pas changer de peau lorsque l'occasion se présente ? Reste que dans une petite ville du Vermont où tout le monde se connaît il paraît bien improbable de pouvoir réussir cet exploit et de berner la moitié de la population. D'autant qu'Homer — son nouveau « moi » — est une sorte de gloire locale, respectée, admirée, aimée ; une sorte de contraire. Mais Denny a de la ressource, et il sait naviguer à vue au milieu des esquifs, se déjouant de ses propres erreurs, et découvrant peu à peu avec satisfaction le nouveau regard qu'on porte sur lui, et quand bien même Sarah, la « compagne » d'Homer, ne semble pas apprécier à sa juste valeur sa réapparition.
David Carkeet crée dès le départ une situation à l'équilibre instable, improbable, et arrive, malgré les écueils, à rester sur ce fil ténu tout au long de son récit sans jamais lasser. On ne s'ennuie pas, et certaines des situations auxquelles est confronté Denny donnent quelques scènes cocasses de bonne facture. Et puis l'auteur a suffisamment travaillé son scénario pour le rendre crédible, sans véritable faille.
C'est pourtant sans grand enthousiasme qu'on arrive au terme de cette lecture, sans doute gagné par l'apathie qui habite son narrateur. Peut-être un grain de folie supplémentaire aurait donné plus de saveur à l'ensemble.
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