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Paul Colize Clairs Obscurs

L'interview de Paul COLIZE

pour Clairs Obscurs

Interview réalisée par échanges de courriels les 19 et 20 mars 2005





L'interview "type"

Polarnoir : Paul Colize bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Paul Colize : Mâle, né sous le signe de la Vierge (non pratiquant). Je mesure 1,88m , je pèse 80 kilos, je suis myope comme un fauve, j'ai 3 enfants adorables, une femme merveilleuse, un chat qui s'appelle Madonna et une Renault Espace pour caser tout ça quand je circule.


Polarnoir : En février dernier, vous apparaissiez dans le Coin des Artisans comme le premier écrivain présenté dans cette rubrique. Comment êtes-vous tombé dans ce traquenard ?

Paul Colize : Je l'ai bien cherché. Je venais de lancer le site Internet sur lequel j'ai mis mes romans en vente. En surfant pour faire ma promotion, je suis tombé sur un tout nouveau site dédié aux polars. Et l'aventure a commencé.


Polarnoir : Le terme d'écrivain "amateur" utilisé dans la description de cette partie du site ne vous parait-il pas un peu réducteur, voire même péjoratif ?

Paul Colize : Écrivain , c'est un métier. Je vois un type sérieux qui vit ou essaie de vivre de ses écrits. Quand il a fini d'écrire, il critique ses pairs, puis répond aux critiques que ses pairs lui adressent. Amateur, c'est l'opposé de professionnel. L'amateur tâtonne, balbutie. C'est généralement un abonné du râteau. Aucun des deux ne m'emballe. Je préfère Auteur et Artisan .


Polarnoir : Vous-même, comment en êtes-vous arrivé à l'écriture ?

Paul Colize : Par hasard. Avant que mes partenaires actuels et moi-même créions notre société, il nous a fallu quitter notre précédent employeur. Pour cela, nous avons organisé un véritable coup d'état. Deux mois de péripéties aussi palpitantes que stressantes. Lorsque ce fut fait, nous prenions régulièrement plaisir à nous remémorer ces moments intenses, ces dialogues tendus, ces négociations subtiles, ces rebondissements haletants. Chaque fois, l'un d'entre nous terminait en plaisantant, "Il faudrait l'écrire, cette histoire". Un jour, j'ai dit, comme un pari. "C'est bon, d'accord, je vais l'écrire, cette histoire". Je n'avais jamais écrit une ligne avant cela. C'était il y a cinq ans. Le virus ne m'a plus quitté.


Polarnoir : Pourquoi avoir choisi de vous exprimer à travers le polar plutôt qu'un autre genre littéraire ?

Paul Colize : C'est à cause de ma grand-mère, dans un premier temps. Quand j'étais gosse, elle vivait avec nous. Elle chiffrait huit décennies, avalait un paquet de cigarettes par jour et engloutissait un polar à la même fréquence. J'étais chargé de lui fournir sa lecture en visitant la bibliothèque du quartier. Elle me criait, sur le pas de la porte : "Prends ceux avec une couverture jaune ou noire". Ça laisse des traces. Aujourd'hui, c'est pour moi la littérature interactive par excellence. Le lecteur ne contemple pas, il ne s'arrête pas à la justesse du verbe ou à la beauté du style. Il est bousculé, il doit réfléchir, il suit des traces, respire l'odeur du sang, accompagne l'enquêteur, déduit, sursaute, s'étonne, transpire.


L'interview "spécifique"

Polarnoir : Dans votre roman "Clairs Obscurs", vous mettez en scène l'Église de Scientologie et ses pratiques. Comment avez-vous pu regrouper autant d'informations concernant cette "religion parallèle" ?

Paul Colize : Quelques milliers de pages parcourues sur Internet et deux interviews, l'une avec un repenti, l'autre avec un convaincu. J'ai même lu La Dianétique au grand complet, ce qui n'est pas une réelle partie de plaisir. Cette secte ne se cache pas. Bien au contraire. Entrez "Scientologie" sur Google et faites votre marché. Le problème est qu'il y a autant (si pas plus) de sites pro que de sites contre. Certains sites anti-scientologues sont même, en fait, des sites scientologues. Ce sont les champions de la désinformation et du marketing. En commençant par l'intitulé, Église, ça fait sérieux, Scientologie, ça valorise. On estime qu'il y a onze à douze millions d'adeptes. Ils se seraient appelés Le Cénacle des Trous de Cul, ils en auraient vraisemblablement moins.


Polarnoir : Connaissant la réactivité de cette église face aux attaques, et bien qu'elle ne soit pas jugée sur le fond dans votre récit, n'avez-vous jamais été contacté par l'un ou l'autre de ses membres depuis que votre livre est paru ?

Paul Colize : De fait, ils sont très procéduriers. Ils intentent plus de procès qu'on ne leur en intente. Ils ont un département qui ne s'occupe que de ça et sélectionnent d'excellents avocats. Il est vrai que, dans Clairs Obscurs, je me limite à dresser une analyse factuelle, basée sur des cas réels que j'ai amalgamés. Si ce livre tombe entre leurs mains, il est possible que j'aie une réaction de leur part. Selon mon éditeur (un copain, artisan) ce serait la meilleure chose qui puisse arriver pour booster les ventes. Imaginez le Vatican qui ferait un procès à Dan Brown, on vendrait instantanément plus de Da Vinci Code que de bibles.


Polarnoir : Votre personnage de journaliste emprunte son patronyme à un de vos compatriotes, bien connu du cinéma d'action américain, était-ce un clin d'?il ?

Paul Colize : Et comment ! Même si Vandamme est un patronyme on ne peut plus commun en Belgique. Pour nos voisins d'outre-quiévrain, il est plus connu que notre roi ou notre premier ministre. C'est un monument national. Quand on n'a pas un footballeur ou un cycliste sous la main pour dire une connerie, on fait une interview de Jean-Claude. Il perpétue, dans l'esprit de la France profonde, l'image du belge limité et balourd. Vandamme, c'est tout un répertoire d'histoires belges à lui seul. Je l'adore.


Pour finir...

Polarnoir : Pour finir, pouvez-vous associer une réponse à chacune des questions suivantes en commentant à votre gré votre choix ?

Un livre ou un auteur ?
Paul Colize : Le Choix de Sophie, de William Styron. Une page d'une horreur insoutenable au milieu de cinq cents pages d'une beauté infinie. Un choc. Une gifle. J'en frémis encore, rien que d'y penser.

Un film, un acteur ou un cinéaste ?
Paul Colize : Je suis resté cloué sur mon siège par la beauté d'Un Long Dimanche de Fiançailles. Le livre de Japrisot m'avait, en son temps, captivé. Quand j'ai appris que Jeunet allait tourner le film, je n'osais imaginer le désastre que cela allait donner. C'est un chef-d'?uvre.

Un musicien ou un disque ?
Paul Colize : Chopin ou Rachmaninov les jours de pluie, Erroll Garner et Duke Ellington les autres.

Un personnage célèbre ?
Paul Colize : Jean-Claude Vandamme, bien sûr.

Un évènement ?
Paul Colize : Deux. L'assassinat de JFK, j'aimerais en connaître le fin mot. Et le 11 septembre 2001, quand la réalité pulvérise la fiction.

Et la dernière, vous lisez quoi en ce moment ?
Paul Colize : Je suis les recommandations de Pol'Art Noir, je viens de terminer mon premier Deon Meyer et je vais entamer mon premier Mankell.

Vous pouvez bien sûr ajouter ce qu'il vous plaira, en toute liberté. Ne vous gênez pas.
Paul Colize : Coucou, Maman, c'est TON fils qui passe sur la toile.


Merci à Paul Colize d'avoir bien voulu se prêter à ce petit jeu.

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