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Léo Lapointe Le Vagabond de la Baie de Somme

L'interview de Léo LAPOINTE

pour Le Vagabond de la Baie de Somme

Interview réalisée par échange de courriels entre le 16 et le 23 février 2007.





L'interview "type"

Polarnoir : Léo Lapointe bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Léo Lapointe : Je suis un vieux jeune auteur ayant beaucoup roulé sa bosse avant d?écrire, du moins avant d?écrire du roman.


Polarnoir : En ce début du mois de mars, vous apparaissez dans le Coin des Artisans en tant qu'écrivain "amateur". Comment êtes-vous tombé dans ce traquenard ?

Léo Lapointe : Dans quel traquenard, la catégorie écrivain amateur ou le Coin des artisans ? Pour le coin des artisans, j?ai été dénoncé par mon éditeur. Pour la catégorie écrivain amateur, c?est un directeur de collection, Gilles Guillon, qui a traîné dans ses cartons plusieurs années un projet de collection de polars régionaux et mon manuscrit, et qui m?a rappelé lorsqu?il a enfin trouvé un groupe, Ravet-Anceau, qui acceptait de tenter l?aventure.


Polarnoir : Le terme d'écrivain "amateur" utilisé (de moins en moins il est vrai, voire même plus du tout) dans la description de cette partie du site ne vous parait-il pas un peu réducteur, voire même péjoratif ?

Léo Lapointe : Effectivement, ça fait tartignole, d?autant plus que si la définition de l?écrivain professionnel était d?écrire tout le temps, et donc d?en vivre, il n?y en aurait pas beaucoup sur le marché. Ceci dit amateur n?est pas péjoratif en soi.


Polarnoir : Vous-même, comment en êtes-vous arrivé à l'écriture ?

Léo Lapointe : J?ai toujours écrit, d?abord énormément pour les autres, en faisant l?écrivain public dans un tas d?associations que j?ai pu créer pour défendre les intérêts des chômeurs, des immigrés, dans réfugiés, des sans logis et de divers Indiens sans plume?


Polarnoir : Pourquoi avoir choisi de vous exprimer à travers le polar plutôt qu'un autre genre littéraire ?

Léo Lapointe : Je n?ai pas choisi délibérément, j?ai commencé à écrire pour moi dans une période de crise de mon activité politique et militante, alors que je devais me défendre devant des procès, des campagnes de rumeurs et plein de choses désagréables et mes premiers écrits étaient autobiographiques et auto justificatifs. J?ai glissé ensuite dans la fiction, sur une trame qui restait politique, et le polar était le seul cadre possible, même si je ne crois pas pouvoir me revendiquer de ce genre et de cette écriture dont je ne suis pas spécialiste.


L'interview "spécifique"

Polarnoir : Dans votre roman, Le Vagabond de la Baie de Somme, vous mettez en scène un enquêteur ? Paul Beauvillain ? qui officie en qualité de gendarme ; c?est assez rare dans le polar pour être souligné. Pourquoi ce choix ?

Léo Lapointe : Parce que j?avais envie d?un cadre rural et que dans ce cadre les acteurs de l?ordre sont des gendarmes. En plus j?ai plutôt de la sympathie pour ce corps qui me parait plus professionnel qu?une police beaucoup plus réactive aux injonctions politiques.


Polarnoir : Vous présentez d?ailleurs un corps de gendarmerie très paternaliste, une affaire d?hommes menée par le major Duval (à cause du pastis, je suppose...). Paul semble pourtant "différent". Il fait figure d?intello, "d?écologiss?". Est-ce pour souligner cette ambivalence que vous l?avez affublé du nom de Beauvillain ; autrement dit tout et son contraire ?

Léo Lapointe : J?étais tombé sur ce nom en lisant les cahiers de doléances du Pas-de-Calais et il m?avait plu effectivement par le jeu de mots involontaire, le terme vilain signifiant à l?époque manant ou serf. Ceci dit, tous les corps de fonctionnaires de police et gendarmerie ont beaucoup évolué ; le niveau global de scolarisation de la population évolue d?une part, d?autre part le chômage amène de plus en plus d?universitaires à passer des concours "déclassés" par rapport à leur niveau d?études.


Polarnoir : Dans la première partie de votre roman vous vous attachez à une description des gens du Nord, fermés, peu bavards ; des gens, de leur région, et de leur vie. Ceux-là ont pris de plein fouet l?évolution du monde, laissés sur le carreau, de la mine, si j?ose dire. Une dure réalité. On sent chez vous une grande tendresse pour cette population. Pensez-vous qu?elle a été "abandonnée" d?une certaine manière, tout comme la région ?

Léo Lapointe : À un bémol près, Monsieur qui êtes sans doute parisien (tête de quoi ?), je décris les gens de la Picardie maritime, qui ont été laminés effectivement par la crise économique mais qui sont en plus dans une sorte de nasse oubliée de l?histoire et des grands axes. L?histoire de la mine (qui est la mienne à la génération de mes parents, le carreau d?Auchel) c?est autre chose, ne serait-ce que parce qu?elle a été traversée par l?Histoire?


Polarnoir : Dans cette même première partie, votre récit tourne autour du personnage de la victime, de la recherche de son identité et vous mettez en place une sorte de symbiose qui se construit entre Paul et l?Eugène, ou au moins une forte résonance. Eugène est magnifique : complètement à contre-courant et en même temps symbole de liberté sous votre plume. Faut-il croire que l?évolution actuelle ne mène pas à la liberté ?

Léo Lapointe : Oh que non ! Et l?errance individuelle n?est qu?une impasse terminée par la fosse commune.


Polarnoir : Eugène Warlin est un marcheur, "un marcheur mystique" même, un de ceux qui se déplacent à leur propre rythme, à celui de leur pas ; une "lenteur" qui leur permet de goûter à l?environnement. C?est aussi le rythme que vous adoptez pour votre récit. On est loin des avalanches de rebondissements, des trépidations qu?on rencontre parfois dans le polar aujourd?hui. Un choix délibéré bien sûr, mais un chois dangereux aussi, non ? Certains lecteurs attendent justement d?être bousculés, c?est dans l?air du temps...

Léo Lapointe : La marche est mon rythme, le premier roman que j?avais écrit décrivait comment la marche permettait de semer des poursuivants, dans la ville comme dans la "sierra". Mais le rebondissement en tant que tel peut être une technique d?écriture, je dirais que c?est relativement plus facile, je m?y suis essayé dans le prochain roman qui va sortir, "La Tour de Lille".


Polarnoir : Dans la seconde partie du roman, vous abordez un contexte nettement plus nauséabond : un monde de magouilles politiques, d?argent sale, de financement occulte des partis. En lisant la présentation que fait de vous votre éditeur (expert international en affaires sociales) je me suis demandé si vous n?aviez pas approché de près ce monde-là pour si bien le connaître (je n?ai pas dit que vous y apparteniez). Est-ce une réalité ?

Léo Lapointe : Oui Monsieur. Où est mon avocat ?


Polarnoir : En tout cas, à travers les "aventures" d?Eugène Warlin et de Paul Beauvillain, vous ressortez une vieille affaire qui secoua la France au milieu des années quatre-vingts : celle du vrai-faux passeport d?Yves Chalier. Personne n?a jamais été véritablement condamné dans cette histoire, un peu comme dans votre roman, non ? Est-ce la réalité qui vous inspire ?

Léo Lapointe : Oui Monsieur. À quelle heure finit ma garde à vue ?


Polarnoir : Après ce Vagabond de la Baie de Somme en forme de premier roman, quels sont vos projets d?écriture pour l?avenir ? Retrouvera-t-on bientôt Paul Beauvillain ?

Léo Lapointe : Pas pour le moment, celui qui va sortir se passe en milieu urbain, dans la sphère des grandes administrations, avec deux nouveaux personnages. Celui que j?écris en ce moment repose sur un autre contexte, mêlant l?histoire et la réalité politique actuelle. J?espère qu?entre-temps Paul Beauvillain n?aura pas démissionné mais qu?il sera devenu Officier de Police Judiciaire.


Pour finir...

Polarnoir : Pour finir, pouvez-vous associer une réponse à chacune des questions suivantes en commentant à votre gré votre choix ?

Un livre ou un auteur ?

Léo Lapointe : Pour qui Sonne le Glas, d?Hemingway, qui m?a jeté sur les routes poudreuses d?Amérique Latine à vingt ans. C?étaient les années soixante-dix.

Un film, un acteur ou un cinéaste ?

Léo Lapointe : Dur? C?est par époques, mais par exemple le personnage du flic joué par Ventura dans Cadavres Exquis. Et puis Quentin Tarantino, pour la virtuosité, c?est tout ce que je ne saurai jamais faire.

Un musicien ou un disque ?

Léo Lapointe : Dur. Pour écrire, du jazz. Sketches of Spain, Miles Davis.

Un personnage célèbre ?

Léo Lapointe : Irrémédiablement, Ernesto Guevara.

Un événement ?

Léo Lapointe : Le coup d?état chilien, le onze septembre 73? Voir réponse plus haut.

Et la dernière, vous lisez quoi en ce moment ?

Léo Lapointe : La Psychologie du Chat. Sans commentaire.

Vous pouvez bien sûr ajouter ce qu'il vous plaira, en toute liberté. Ne vous gênez pas.

Léo Lapointe : Est-ce que vous présentez au Juge d?instruction ?..


Merci à Léo Lapointe d'avoir bien voulu se prêter à ce petit jeu.

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