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Interview réalisée par échanges de courriels entre le 12 et le 14 septembre 2005
Polarnoir : Jean-Louis Nogaro bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Jean-Louis Nogaro : La quarantaine bien sonnée. Et probablement bien sonné par la quarantaine, marié, deux enfants, je vis dans la région stéphanoise. Je fais un métier intéressant, mais je rêve parfois à d'autres, plus intéressants encore. Patron de bistrot, par exemple ! Ou écrivain, mais là, ça ne dépend pas que de moi.
Polarnoir : En ce début du mois d'octobre, vous apparaissez dans le Coin des Artisans en tant qu'écrivain "amateur". Comment êtes-vous tombé dans ce traquenard ?
Jean-Louis Nogaro : Je fréquente le site et le forum de Pol'Art Noir avec une certaine assiduité et un plaisir certain depuis quelques temps, et un jour, oh surprise, je reçois un petit mail me demandant si je n'aurais pas conçu, comme ça, en passant, un petit polar à proposer au maître des lieux. Voilà, c'est comme ça que tout a commencé !
Polarnoir : Le terme d'écrivain "amateur" utilisé (de moins en moins il est vrai, voire même plus du tout) dans la description de cette partie du site ne vous parait-il pas un peu réducteur, voire même péjoratif ?
Jean-Louis Nogaro : Le fait d'être un amateur présente un grand nombre d'avantages. Pas de pression (ni d'impression d'ailleurs en ce qui me concerne), j'écris quand je veux, ce que je veux, personne n'attend rien de moi, et ça me convient tout à fait. L'amateurisme est intimement lié à l'idée que je me fais de la liberté. Bien sûr, je me dis parfois que si je vendais quelques milliers de livres je n'aurai plus besoin de me lever le matin pour aller au boulot. Mais si écrire devient mon boulot, ça revient au même, alors.
Polarnoir : Vous-même, comment en êtes-vous arrivé à l'écriture ?
Jean-Louis Nogaro : Alors là, c'était il y a longtemps. J'ai toujours aimé la lecture, et je me suis toujours demandé : "Mais comment font-ils (les auteurs) pour écrire des textes aussi longs ?" Moi, j'avais du mal à aligner trois idées à peu près cohérentes sur une feuille de papier. Écrire est donc pour moi une manière de relever un défi. Lorsque je rencontre une ?uvre qui me séduit, j'ai envie, comme l'auteur, de pouvoir procurer des émotions à d'éventuels lecteurs. Qu'est ce qu'il y a derrière ça ? Le goût du défi, le besoin de partage, de reconnaissance. Peut-être bien les trois à la fois !
Polarnoir : Pourquoi avoir choisi de vous exprimer à travers le polar plutôt qu'un autre genre littéraire ?
Jean-Louis Nogaro : Le polar permet de raconter des histoires en prenant appui sur le réel. C'est l'occasion de porter un regard sur la société. Si j'avais plus de talent, de connaissances et de compétences, j'écrirais peut-être des livres différents, plus "sérieux", plus profonds.
Polarnoir : Dans votre roman "Comme de la Soie", un des personnages principaux est sans conteste la ville de Saint-Étienne et sa région, que vous habitez vous-même. Était-ce une volonté délibérée de mettre en scène votre habitat, ou s'est-il imposé à vous au cours de l'écriture ?
Jean-Louis Nogaro : C'est toujours la même chose : les livres et les auteurs qui m'ont le plus marqué ont su ancrer leurs histoires dans un cadre. Le cadre sert l'histoire, qui ne serait pas tout à fait la même si elle se passait ailleurs. Pour moi, le maître dans ce domaine était Jean-Claude Izzo, indissociable de la ville de Marseille. Pour en revenir à "Comme de la Soie", cette histoire ne peut, à mes yeux, se dérouler dans un coin de campagne tranquille, ou dans une petite ville bourgeoise. Donc, pour répondre à la question, dès que l'idée du livre a germé, la présence forte de la ville de Saint-Étienne était là. Je pense même que l'idée de faire de cette cité un personnage clé était là avant que ne soit imaginée l'histoire en elle-même !
Polarnoir : Vous adoptez, pour nous entraîner dans votre intrigue, une construction qui s'apparente à un découpage cinématographique : scènes courtes, succession des points de vue. S'agit-il pour vous d'une manière de rythmer votre récit ?
Jean-Louis Nogaro : J'avais effectivement envie de "promener" le lecteur, dans l'espace, certes, mais aussi dans les méandres des intentions de chaque personnage. Je ne souhaitais pas que le lecteur puisse s'identifier à tel ou tel acteur de l'histoire, et c'est pour cela que je ne m'attarde que rarement sur une scène donnée en un lieu donné. Ceci a pour effet secondaire de donner du rythme au roman.
Polarnoir : Votre découpage vous amène à proposer alternativement les différents points de vue sur l'affaire : victimes, bourreaux, enquêteurs (officiels ou non), chaque groupe se décomposant en divers individus. Même s'il n'y a qu'un seul narrateur, n'était-ce pas se donner de la difficulté supplémentaire que de choisir ce biais-là ?
Jean-Louis Nogaro : C'est un des partis pris de ce roman. Je présente les points de vue de tout le monde. Rien ne me désespère autant qu'un livre dans lequel les gentils sont toujours gentils, et les méchants toujours méchants. La vie est un peu plus compliquée que ça. Chacun poursuit sa quête, avec sa logique et sa vérité. Le cocktail est parfois détonnant, les rencontres dévastatrices. ou salvatrices. Je n'ai pas éprouvé de difficultés particulières en procédant de la sorte. J'espère simplement ne pas trop embrouiller le lecteur !
Polarnoir : Votre narrateur, Renaud Assaire, est professeur quand vous-même faites partie de l'Éducation Nationale. Saint-Étienne est aussi votre lieu d'habitation. On dit souvent qu'il y a beaucoup d'autobiographie dans un premier roman ; il semble bien que celui-ci ne déroge pas à la règle ?
Jean-Louis Nogaro : J'ai choisi de parler de ce que je connais un peu, pour donner de la crédibilité à l'histoire. Les lieux, les personnages, les professions, les voitures. J'ai mis un peu de moi-même dans tous les personnages, placé quelques anecdotes personnelles, mais je ne pense pas que l'on puisse parler d'autobiographie. Le scénario est une pure fiction en tous les cas !
Polarnoir : Les aficionados du forum de Pol'Art Noir qui vous connaissent savent votre science consommée du jeu de mots à tendance "calembouresque". Au contraire, dans votre roman, vous restez d'une sobriété exemplaire à cet égard (à peine quelques flèches lancées). Le ton de votre récit ne se prêtait-il pas au jeu ?
Jean-Louis Nogaro : Mes jeux de mots ont en effet une tendance calembouresque qui, à la longue, peut même devenir calenlourdingue. J'adore jouer sur les mots lors d'une conversation, mais dans le cadre d'un écrit plus long, ça peut devenir plutôt pénible. De plus l'histoire n'est pas spécialement rigolote, et les quelques "flèches" ont pour but de dédramatiser un peu tout en restant dans le sujet.
Polarnoir : Et après cette première expérience, je suppose qu'il y a eu des suites. D'autres romans en perspective ?
Jean-Louis Nogaro : Le petit frère, Saint-Étienne Santiago, attend sagement sur le disque dur de mon ordinateur. Il est terminé depuis quelques mois, mais je le laisse reposer un peu avant de relire et de corriger. Certains personnages de Comme de la Soie reviennent, avec un éclairage un peu différent. La trame du troisième roman est pratiquement terminée, avec une localisation différente. Cette fois, c'est direction les Hautes-Pyrénées, une autre région que j'adore.
Polarnoir : Pour finir, pouvez-vous associer une réponse à chacune des questions suivantes en commentant à votre gré votre choix ?
Un livre ou un auteur ?
Jean-Louis Nogaro : Un seul ? C'est trop dur. Allez, je propose un auteur, Jean-Claude Izzo dont j'ai déjà parlé. Attention, pour ceux qui ne connaissent pas, il ne faut surtout pas réduire l'oeuvre d'Izzo à l'adaptation télé qui a été faite de sa trilogie par une grande chaîne privée d'intérêt. J'ajouterai deux livres qui m'ont particulièrement marqué : Le Pavillon des Cancéreux de Soljenitsyne, et Les Clochards Célestes de Kérouac.Un film, un acteur ou un cinéaste ?
Jean-Louis Nogaro : Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard. C'est un film que je n'ai pas revu depuis longtemps, je ne me souviens pas de l'histoire avec une grande précision. Mais certaines scènes, sans rapport les unes avec les autres sont imprégnées dans ma mémoire, et ne me quittent plus. Un exemple : Anna Karina chantant Sous le Soleil Exactement.Un musicien ou un disque ?
Jean-Louis Nogaro : Là aussi, j'ai du mal à ne citer qu'un nom. Cinq, je peux ? Oui ? Alors c'est parti : Georges Brassens, Jacques Brel, Bernard Lavilliers, Neil Young et Janis Joplin.Un personnage célèbre ?
Jean-Louis Nogaro : Nelson Mandela.Un évènement ?
Jean-Louis Nogaro : Le 11 septembre. 1973. Vous ne savez plus ce qui s'est passé ce jour-là ? Je vous aide : Les Américains étaient concernés. Un autre indice ? Ça s'est passé au Chili. Ça y est vous avez trouvé ?Et la dernière, vous lisez quoi en ce moment ?
Jean-Louis Nogaro : Jean-Hugues Oppel, French Tabloïds, et Paul Colize, Quatre Valets et une Dame.Vous pouvez bien sûr ajouter ce qu'il vous plaira, en toute liberté. Ne vous gênez pas.
Jean-Louis Nogaro : Et bien, un grand merci au monsieur dont on aperçoit la photo en haut à gauche sur la page d'accueil du site. Merci pour avoir créé ce site, une vraie référence dans le monde du polar, et merci pour laisser la porte ouverte aux amateurs !
Merci à Jean-Louis Nogaro d'avoir bien voulu se prêter à ce petit jeu.
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