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Interview réalisée par échange de courriels entre le 17 et le 18 avril 2007.
Polarnoir : Bernard Strainchamps bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bernard Strainchamps : Ex-cuisinier, ex-bibliothécaire, me voilà à présent libraire sur le net. Môme, je n'ai jamais rêvé de devenir président, de faire carrière. J'ai juste décidé, un jour comme ça, que je changerai plusieurs fois de métier dans ma vie.
Polarnoir : En ce début du mois de mai, vous apparaissez dans le Coin des Artisans en tant qu'écrivain "amateur". Comment êtes-vous tombé dans ce traquenard ?
Bernard Strainchamps : Ce traquenard. Je l'ai voulu... alors que je n'écris pas. J'avoue : j'ai besoin de faire connaître ma nouvelle librairie Bibliosurf.com.
Polarnoir : Le terme d'écrivain "amateur" utilisé (de moins en moins il est vrai)dans la description de cette partie du site ne vous parait-il pas un peu réducteur, voire même péjoratif ?
Bernard Strainchamps : Pour répondre à votre question, et parce que je reçois beaucoup de prose d'aspirants à l'édition, écrivain et amateur sont deux mots qui ont un sens dans mon existence. Il convient juste de ne pas oublier pourquoi on écrit. Alors, on ennuie moins l'autre, le lecteur.
Polarnoir : Vous-même, comment en êtes-vous arrivé à l'écriture ?
Bernard Strainchamps : Ma mère me rêvait, peintre, écrivain... Si j'ai écrit adolescent, il y a longtemps, j'ai abandonné ce chemin. Écrire est un exercice difficile qui demande du temps et un certain talent que je n'ai pas.
Polarnoir : Pourquoi avoir choisi de vous exprimer à travers le polar plutôt qu'un autre genre littéraire ?
Bernard Strainchamps : La vie est constituée avant tout de rencontres. C'est sur le tard que j'ai appris à aimer ce genre en lisant des auteurs comme Hammett, Burnett... Cuisinier, je fréquentais une bibliothèque parisienne et je suis tombé sur une bibliographie. Depuis, je n'ai cessé de lire du polar.
Polarnoir : En mai 2005, après six années d?existence, vous décidiez d?arrêter d?animer le site Mauvais Genres, la référence incontournable sur la toile pour tout amateur francophone de polar. Pouvez-vous nous rappeler brièvement les raisons de cette interruption ?
Bernard Strainchamps : J'ai arrêté Mauvais genres pour plusieurs raisons. La principale, c'est que cette activité était devenue « chronophage » et ne me laissait plus de temps pour l'imprévu. Et puis je n'aime pas les habitudes. Je sais que j'ai attristé plusieurs participants à cette aventure en prenant cette décision. Mais personne n'a voulu reprendre le site tel quel. Pour compléter, il faut aussi que je dise que la structure technique de Mauvais genres développée en html pur était obsolète et demandait un profond remaniement.
Polarnoir : Après quelques mois d?absence, on a pu vous retrouver sur un site tout neuf (rue des Boulets) où vous laissiez libre cours à votre penchant pour l?image, et puis depuis quelques semaines, vous avez créé et ouvert une librairie virtuelle : Bibliosurf ou les genres littéraires comme le polar et la science fiction ont la part belle. Alors, est-ce la renaissance de Mauvais Genres ?
Bernard Strainchamps : Rue des boulets est une démarche plus personnelle partagée avec mon amie, un site pour nous exprimer par l'image avec des moyens techniques et un talent limités. Bibliosurf est plus une suite à Mauvais genres qu'une renaissance. Je vais surtout essayer de retrouver la magie des échanges sur le net... sans idées préconçues.
Polarnoir : Au fait, si mes renseignements sont bons, à l?époque de Mauvais Genres, vous étiez bien bibliothécaire, non ? C?est même autour de ce métier que s?était créé le concept du site je crois. Est-ce toujours votre activité principale, ou êtes-vous devenu un libraire à part entière ?
Bernard Strainchamps : Il y a huit ans, j'ai créé Mauvais genres pour mutualiser des compétences entre les professionnels de la lecture et les lecteurs. Je suis parti du rien et malheureusement, sans le soutien de mes différents responsables de structure. « C'est bien ce que vous faites mais ce n'est pas la priorité de la collectivité », me suis-je plusieurs fois entendu dire. Or je crois, que depuis l'avènement d'internet, dans certain domaines, le grand public en sait beaucoup plus que le bibliothécaire. Non seulement, les lecteurs savent suivre l'actualité d'un genre, cataloguer, indexer, critiquer, mais aussi échanger et publier ! L'autre révolution qui arrive, c'est la dématérialisation des contenus qui elle non plus n'a pas été prise en compte par une grande part des décideurs actuels qui conçoit encore la lecture publique comme il y a vingt ans.
Depuis longtemps, je savais que j'arrêterais au moins provisoirement le métier de bibliothécaire pour tenter de vivre de ce que je sais faire sur net. En novembre 2006, une réunion de travail m'a profondément affecté et j'ai pris la décision de passer la rivière. J'ai l'esprit à entreprendre. Mais je ne suis pas un libéral. Je ne crois pas aux promesses d'un capitalisme triomphant. Je me lance seul surtout parce que je ne peux exercer ce savoir faire dans le cadre strict d'un emploi de catégorie B de la fonction publique où la hiérarchie prime avant tout. Pour créer Bibliosurf, je me suis mis en congé de la fonction publique.
Polarnoir : Abandonner son métier pour se lancer dans une telle aventure, c?est quand même prendre de sacrés risques, d?autant que vous n?êtes pas tout seul sur le marché et que quelques mastodontes occupent déjà la place. Vous n?avez donc peur de rien ?
Bernard Strainchamps : Non, je ne suis pas casse-cou. J'ai pris des garanties. Par exemple : fonctionnaire, je n'ai pas démissionné de la fonction publique. Je suis en disponibilité. Pour me former à la gestion, j'ai suivi un stage de la chambre de commerce. Et surtout, je n'ai pas mis tous les ?ufs dans le même panier. Bibliosurf.com, c'est une librairie virtuelle, mais aussi des prestations de service dans le domaine de la formation et des nouvelles technologies. Aujourd'hui, ce sont ces activités annexes qui me permettent de payer les frais. J'espère possible un monde non dominé par une seule multinationale. Si par malheur cela arrivait, ce serait la mort du livre qui se nourrit de la diversité.
Polarnoir : Bibliosurf est donc construit comme une librairie ; vous vendez des livres, soit. Mais certaines librairies (virtuelles ou non) sont spécialisées ; c?est un peu ce qui fait leur attrait. Est-ce que vous allez suivre une certaine « ligne éditoriale », vous attacher toujours aux « mauvais genres » ou vous orienter vers une pratique plus généraliste ?
Bernard Strainchamps : Je ne suis pas un puriste ; aussi j'aime bien le mélange des genres. Bibliosurf est donc ouvert à tous les genres. D'ailleurs, sur Mauvais genres, on suivait un auteur sur la continuité. Entre certain roman policier ou noir ou amer, et le roman tout court, voire le documentaire, les frontières sont minces. Dans tous les cas, je crois qu'il n'est pas difficile d'établir des passerelles. Entre Joseph Bialot, Hwang Sok-yong, Cesare Battisti..., tous ces auteurs que j'aime, il y a un lien : ce sont des condamnés à l'écriture.
Bibliosurf sera toutefois principalement dédié aux Mauvais genres, avec le roman policier, comme genre prédominent.
Polarnoir : J?ai pu constater en visitant Bibliosurf que vous offriez aux internautes la possibilité d?apporter leurs propres commentaires sur les romans présentés. S?agit-il d?une forme d?interactivité que vous souhaitez voir se développer ? Et exercez-vous une forme de filtrage, de modération (pour employer un terme bien connu des surfeurs du web) avant de mettre en ligne ces commentaires ?
Bernard Strainchamps : Bibliosurf a été développé avec le logiciel libre SPIP. Tous les articles ont un forum de discussion. Les commentaires sont ensuite relayés en page d'accueil et via la lettre d'information. Sur les quatre mille titres qui figurent dans le catalogue, huit cents ont déjà été commentés. Je dépouille aussi toute le presse et j'essaie de suivre l'actualité de plusieurs sites, dont Pol'Art Noir. Ces informations se retrouvent ensuite dans la présentation des titres et des auteurs. Il y a à présent entre cinq cents et mille visiteurs par jour sur le site. J'espère retrouver à terme le niveau de Mauvais genres, c'est à dire cinq mille visiteurs par jour. Vu l'engagement du site dans certains domaines, j'ai choisi dans un premier temps de modérer les forums. Pas pour corriger ou censurer. Simplement pour éviter les mauvais plaisantins.
Polarnoir : Vous renouez également avec les entretiens, les interviews, les portraits qui faisaient un des charmes de Mauvais Genres. Vous évoquez aussi dans votre présentation la présence de contenus « multimédia ». Est-ce que ce sera là une des spécificités de votre librairie ?
Bernard Strainchamps : Bibliosurf, c'est une librairie interactive avec du contenu. J'espère à terme que les internautes viendront sur le site pour se renseigner, partager, mais aussi si la démarche leur plaît, acheter. Je n'ai jamais programmé les interviews qui ont été publiées sur Mauvais genres. Je veux pratiquer d'une manière aussi souple sur Bibliosurf. C'est l'envie de rencontre qui est le moteur pour moi et les internautes qui participent. À terme, j'espère toutefois renouer avec les débats avec les auteurs qui ont fait la réputation de Mauvais genres. J'aimerais aussi utiliser davantage la vidéo comme média. Il y a déjà plusieurs vidéos sur le site qui durent de dix à vingt minutes.
Polarnoir : Dites-moi, Bibliosurf, c?est une équipe ? Ou êtes-vous tout seul pour faire tourner la boutique ?
Bernard Strainchamps : Je travaille tout seul... chez moi... limitant les frais au maximum. Après, je crois que tout est possible. Mais l'aventure est déjà très prise au sérieux par les professionnels. Bibliosurf est sous observation.
Polarnoir : Pour finir, pouvez-vous associer une réponse à chacune des questions suivantes en commentant à votre gré votre choix ?
Un livre ou un auteur ?
Bernard Strainchamps : Train de Pete Dexter. Un dépaysement, Los Angeles dans les années cinquante. Une incongruité, un golfeur noir. Une écriture qui joue tour à tour de l?ellipse, du flash back, de la surprise, pour une progression constante de la tension. Et des gens qui tentent de vivre.Un film, un acteur ou un cinéaste ?
Bernard Strainchamps : Plutôt un genre, le cinéma documentaire. Non, pas les animaux, mais ces films qui ne passent jamais à la télé qui sont des ?uvres à part entière et racontent d'une manière subjective la vie des humains sur cette planète. Ce genre comprend tous les autres.Un musicien ou un disque ?
Bernard Strainchamps : J'écoute assez peu de musique sur une platine. Par contre, j'aime bien les festivals tous genres confondus. J'ai toutefois une préférence marquée pour le jazz et plus particulièrement pour le saxo. J'adore Charles Lloyd, qui a une tonalité et un phrasé, bref un style qui n'affirme pas, ne rejette pas, mais emporte.Un personnage célèbre ?
Bernard Strainchamps : Je n'ai jamais été fan. Si il faut citer un nom, une personne que je respecte profondément, c'est Nelson Mandela. Pas besoin d'expliquer pourquoi.Un événement ?
Bernard Strainchamps : Cette campagne que j'exècre. Il paraît qu'elle intéresse les français !?Et la dernière, vous lisez quoi en ce moment ?
Bernard Strainchamps : Dernièrement, les derniers Bialot et Bello m'ont bien plu. Aujourd'hui, je lis Ankou, Lève-toi de Frédérick Houdaer. Ce roman paraîtra prochainement dans une nouvelle collection intitulée « Polar Grimoire », chez AK éditions. Qui vivra lira mon commentaire prochain sur Bibliosurf.Vous pouvez bien sûr ajouter ce qu'il vous plaira, en toute liberté. Ne vous gênez pas.
Bernard Strainchamps : Juste un mot. Merci. Merci d'acheter dorénavant vos romans sur Bibliosurf.com.
Merci à Bernard Strainchamps d'avoir bien voulu se prêter à ce petit jeu.
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