Edition originale :
Flammarion - 1997
Rééditions :
Dernière édition poche : J'ai Lu - Août 1998
Autres éditions :
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"J'ai appris la mer comme ça. C'est comme ça que la littérature s'est mise à avoir un sens. Enfin celle qui est capable de nous raconter qu'il y a des mers dans lesquelles on pourra jamais se baigner, des ports où l'on pourra pas baiser de filles. Et des pays qui survivront à la connerie humaine."
Abdul, Diamantis et Nedim survivent à bord d'un vieux cargo échoué dans le port de Marseille. Ils y partagent leurs souvenirs et leurs doutes. Un drame moderne se noue autour de ces trois protagonistes, dont seul le dénouement tragique leur révèlera qui ils sont. La mise en scène impeccable de ce sombre huis clos donne au roman une dimension noire et tendre, violente comme peut l'être la lumière en Méditerranée.
Marseille, ce matin-là, avait des couleurs de mer du Nord. Diamantis avala, vite fait, un Nescafé dans la salle commune déserte, puis il descendit sur le pont, en sifflotant Besame Mucho, l'air qui lui venait le plus souvent à l'esprit. Le seul qu'il sût siffler aussi. Il sortit une Camel d'un paquet froissé, l'alluma et s'appuya au bastingage. Diamantis, ça ne le gênait pas ce temps. Pas ce jour-là, en tout cas. Depuis le réveil, il avait le moral poissé dans la grisaille.
Il laissa son regard errer sur la mer, vers le large, pour tenter de repousser ce moment où, comme chacun des marins de l'Aldébaran, il lui faudrait prendre un décision. Décider, ça n'était pas son fort (...)
par Patrick Galmel, le 28 février 2005
Les Marins Perdus n'est pas un polar, mais Jean-Claude Izzo disait lui-même que ce qui lui importait était le travail sur le réel, et que parfois il passait par la fiction policière pour étayer son propos, d'autres fois non. Selon lui, il n'y a pas de différences entre les genres, alors je me suis permis de glisser ce roman au côté de la trilogie noire et marseillaise de Fabio Montale.
Izzo a longtemps traîné sur les docks du port de Marseille ; là lui est venue l'idée de nous conter l'histoire de ces marins perdus, abandonnés au bout du monde, le plus souvent sur leur cargo vieillissant affublé d'un pavillon de complaisance.
Ainsi, Abdul Aziz, le capitaine de l'Aldébaran, Diamantis, son second, et Nedim, le radio, sont-ils en attente, à quai, d'une décision concernant le navire qui les abrite, eux et leur devenir. Bloqués à terre, derniers rescapés volontaires de l'équipage, ils vont découvrir Marseille, l'aimer et la haïr en même temps.
Jean-Claude Izzo, bien qu'amoureux de sa ville, et sûrement à cause de cette passion, fait toujours le même constat amer : l'avenir de Marseille est bien sombre... Comme peut l'être celui de ces trois marins qui vivent à travers leurs souvenirs (comme Marseille ?). Beaucoup de tendresse cependant envers ces personnages et ceux rencontrés sur le port, dans la ville, au hasard des errances. Une parenthèse pas si éloignée, entre deux romans noirs...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Le film de Claire Devers sorti en salle en novembre 2003, avec notamment Bernard Giraudeau et Marie Trintignant. Je n'ai pas vu ce film, mais il semblerait que ce fut un pari trop difficile... À confirmer.
La sortie du film a permis une réédition brochée du roman de Jean-Claude Izzo.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
(sans note) Par La Loche, le 15 Mai 2007
Jean Claude Izzo pose lentement une ambiance indéniable que l’on peut prendre, au départ, pour de la facilité sentimentaliste, mais qui petit à petit dégage une forte nostalgie. Il nous plonge dans la vie de trois marins perdus à Marseille. Leur pays c’est la mer et voilà qu’ils sont coincés à terre, genre d’Albatros Baudelairiens, minables, aux prises avec leur passé.
« Une porte, toujours, doit être ouverte ou fermée. Il se demandait ce qu’il devait faire. Ouvrir la porte, pour comprendre ce qu’il avait laissé derrière lui. Ou tirer la porte derrière lui, pour toujours. »
Izzo fait des allers et retours dans le temps pour bien saisir les moments clefs de ces trois vies. Et la vie n’est pas tendre, contrairement à l’écriture de Jean Claude Izzo. Une écriture fine, dure pour les scènes violente, avec cette même technique que le cinéaste Kitano qui dans Hanna-Bi, après avoir lentement planté paysage, l’ambiance et ses personnages, déchaîne une tempête d’autant plus crue et percutante.
On prendra soin de se munir d’un ou deux albums de Gianmaria Testa pour accompagner sa lecture.
Les Marins Perdus résonne avec l’excellent roman Le Quart du poète grec Nikos Kavvadias chez 10/18 domaine étranger.
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