Jean-Claude Izzo Edition poche Edition originale note Jean-Claude IZZO

Solea


Edition originale : Gallimard / Série Noire - Avril 1998
Rééditions :
Dernière édition poche : Folio Policier - Février 2001
Autres éditions :


Genre :
Roman noir
Polar urbain

Thème abordé :
Mafia / Crime organisé
Corruption

Personnages :
Flic

Lieu :
Marseille

Époque :
Années 1990

Style :
Original

Poids du roman :
Moins de 250 pages



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

"Ceci est un roman. rien de ce qu'on va lire n'a existé. Mais comme il m'est impossible de rester indifférent à la lecture quotidienne des journaux, mon histoire emprunte forcément les chemins du réel. Car c'est bien là que tout se joue, dans la réalité. Et l'horreur, dans la réalité, dépasse - et de loin - toutes les fictions possibles. Quant à Marseille, ma ville, toujours à mi-distance entre la tragédie et la lumière, elle se fait, comme il se doit, l'écho de ce qui nous menace."


Les dix premières lignes :

Sa vie était là-bas, à Marseille. Là-bas, derrière ces montagnes que le soleil couchant éclairait, ce soir, d'un rouge vif. "Demain, il y aura du vent", pensa Babette.
Depuis quinze jours qu'elle était dans ce hameau des Cévennes, Le Castellas, elle montait sur la crête à la fin de la journée. Par ce chemin où Bruno emmenait ses chèvres.
Ici, elle avait songé, le matin de son arrivée, rien ne change. Tout meurt et renaît. Même s'il y a plus de villages mourants que renaissants. À un moment ou à un autre, toujours un homme réinvente les gestes anciens. Et tout recommence. Les chemins embroussaillés retrouvent leur raison d'être.
- C'est ça, la mémoire de la montagne, avait dit Bruno en lui servant un gros bol de café noir (...).


Un avis personnel :

par Patrick Galmel, le 28 février 2005

Troisième et dernier épisode de la saga Fabio Montale, où Jean-Claude Izzo explore et dissèque le vie marseillaise, la ville de Marseille.
Fabio Montale, qui a quitté la police après Total Khéops pour avoir trop vu la corruption qui régnait dans les rangs du pouvoir, qui s'est confronté aux extrémismes de tous bords liés à la présence de l'extrême droite, du Front National, de l'Islam radical et d'un fort contingent maghrébin dans la ville et la région (cf. Chourmo), tente de reprendre ses esprits et de se réadapter à la vie "normale" dans sa maison des Goudes, à l'abri de toute noirceur. Mais trop de magouilles, trop de morts ont meurtri son âme, broyé ses espérances.
C'est alors que Babette, journaliste d'investigation de sa connaissance, le contacte : elle enquête sur les liens douteux mais tangibles qui unissent la haute finance internationale et la mafia.
Et la mafia, du coté de Marseille, n'est jamais très loin. Aussi, lorsque Fabio Montale se retrouve en possession des dossiers de Babette où sont étalées les preuves des liens recherchés par la journaliste, preuves que la dite mafia entend bien faire disparaître, les choses se gâtent, forcément...
Jean-Claude Izzo poursuit la sombre description de la vie politique marseillaise, et le constat qu'il en fait est des plus pessimiste. Fabio Montale est rongé de l'intérieur et s'enfonce dans la déprime, au point qu'il ne sortira pas vivant de cette "aventure". On pense bien sûr au parallèle avec la santé de l'auteur qui, atteint d'un cancer, allait décéder quelques dix-huit mois après la parution de ce roman. Incontournable...


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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Ne vous lancez pas dans la lecture de Solea sans avoir déjà digéré Total Khéops et Chourmo, ce serait un péché...



Du même auteur :

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.


Total Khéops Chourmo Les Marins Perdus

Ce qu'on en dit sur le forum de Pol'Art Noir :

Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...

(sans note) Par Syr, le 28 Octobre 2007
Dans sa note critique, Patrick Galmel écrit qu’en lisant Solea « on pense bien sûr au parallèle avec la santé de l’auteur qui, atteint d’un cancer, allait décéder 18 mois après la parution de ce roman ».
Pendant ma lecture (et je n'avais pas lu Patrick), j’avoue avoir été obnubilé par cet aspect des choses sans, pour autant, que cela ne gâche quoi que ce soit, bien au contraire.
J’ignore quelle a été la chronologie personnelle de l’auteur. Se savait-il déjà malade ? Était-il déjà en traitement ? Tout paraît indiquer que oui. En tous cas, si c’est non, alors son inconscient au moins était au courant. Car tout, dans le roman, respire cette « odeur de la mort » explicitement exprimée à plusieurs reprises par la bouche du protagoniste.
Gros fumeur, bon buveur, aimant les plaisirs de la vie, Izzo mourra en janvier 2000 d’un cancer du poumon. Dans Solea, tout respire cette fin prochaine. Le tabac et l’alcool deviennent envahissants et vénéneux. Le déplaisir de ne pas en prendre a remplacé le plaisir d’en prendre.
Comme la jeunesse et ses fortes amitiés anéanties (Manu – Ugo), l’amour et le sexe n’existent plus qu’à l’état d’ombres. A l'image de sa vie entière dirait-on, les femmes de Montale appartiennent au passé (Lole, la seule vraie. Babette, qui n’est finalement qu’une ex par qui arrivent tous les emmerdements), à un présent fauché (Sonia, égorgée après sa rencontre manquée), ou à un avenir, une promesse que la mort réduira à néant (Hélène la commissaire).
Hélène la commissaire, parlons-en… Rare filigrane de nuance arc-en-ciel. La police n’est pas toute corrompue. Il existe aussi des gens dont le parcours personnel incite à une vertu de fait. Mais n’exagérons pas ! Ceux-là ont à peu près l’efficacité d’un pointu s’attaquant à un sous-marin nucléaire.
Le cœur même du roman, la menace méthodiquement mise à exécution par la Mafia d’exécuter l’un après l’autre les proches de Montale s’il ne leur ramène pas Babette la journaliste et les preuves qu’elle détient de la compromission des politiques locaux, résonne pour moi comme un symbole évident du cancer qui avance et, peu à peu, isole l’homme de son environnement antérieur, sa vie sociale et affective, pour l’enfermer dans l’implacable couloir de la souffrance et de la mort.
Cette impuissance s’insinue jusque dans le caractère même du héros floué, incapable d’action positive, écrasé par le monde pourri qui l’entoure jusque, à la fin, être rejeté par ceux-là même auxquels il tient le plus, le touchant couple Fonfon – Honorine, menacé par sa faute.
Même eux, au centre des préoccupations de Montale, de sa culpabilité d’impuissance dirait-on, il n’esquisse rien pour les mettre à l’abri. Au point que c’est le vieux Fonfon lui-même qui, finalement, doit prendre les dispositions nécessaires à la protection de la compagne de ses vieux jours, non sans avoir durement reproché à ce Fabio qu'il ne reconnaît plus, presque son fils pourtant, son inconséquence minable.
Ce n’est là qu’un exemple. Mis à part une idée fixe, tuer le tueur, Montale se révèle incapable du moindre plan, de la moindre offensive. Il ne fait qu’accumuler immobilisme et maladresses. Sa seule idée dans le fond, c’est de convaincre de compromis la journaliste à ses yeux inconséquente. Et encore ! Croit-il que cela suffira à les sauver tous ? Rien n’est moins sûr.
Un autre auteur aurait fait du couple Montale – Babette des chevaliers du Bien, à l’assaut de la mélasse ambiante, Business, mafias et politique mêlés. Montale lui, voit juste en cette ex une emmerdeuse irresponsable qui, en dérangeant l’indépassable ordre pourri du monde, met en péril des vies innocentes. Inutilement, bien entendu !
Oui, dans ce livre, tout respire « la fin prochaine », imprégnée d’une noirceur à la première personne, une morbidité suintante, un désespoir de condamné à mort même si, dans de rares moments de contre-balancements (de repentir ?), bien timides, le personnage principal déclare « qu’il aimera la vie jusqu’à son dernier souffle », et si l’auteur va jusqu’à affirmer dans un titre de chapitre que « le pessimisme ne conduit à rien ».
Cette osmose entre l’écrivain et son œuvre produit sur moi un effet émotionnel violent. C’est de la fiction investie. Rien n’existe, mais tout est là, et cette implication d’Izzo dans son écriture en décuple la force à mes yeux.
Homme de conviction, un long temps communiste militant, journaliste aussi (il fut rédacteur-en-chef de La Marseillaise, en quelque sorte L’Humanité de Marseille, même si, ensuite, il prit ses distances), Jean-Claude Izzo appartenait à cette génération d’artistes pour qui l’art, la culture, doivent servir la cause du peuple et, à ce titre se faire témoignage, s’ancrer dans la réalité.
Chez lui, chaque rue, chaque quartier, chaque calanque de Marseille est vraie, chaque souffle de mistral, chaque cru de pinard aussi. Et donc, a fortiori, toute la réalité économique, sociale, politique de la trilogie.
Dans Solea, la réalité décrite, défendue, critiquée, celle de Montale, est rejointe par celle d’Izzo. Mais, en plus de la dimension traditionnelle, qu’on pourrait appeler extérieure (moi l’auteur, animé de souci politique autant que littéraire, je donne à voir, je décris, j’adhère, je dénonce, etc.), la dimension intime imprègne ici le roman, pour moi dans une proportion inhabituelle, d’évidence conséquence du dramatique contexte de l’écriture.
J’ai trouvé ça fort.
Cathartique, si on veut employer un mot savant.

Pour ça, Solea, c’est mon préféré des trois.
Je n’ai pas lu Les Marins Perdus. Je vais le faire.


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