Edition originale :
Gallimard / Série Noire - Mars 1998
Rééditions :
Dernière édition poche : Folio Policier - Mai 2001
Autres éditions :
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L'Éternel parla à Moïse et dit : Tu diras aux enfants d'Israël : si un homme des enfants d'Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloch l'un de ses enfants, il sera puni de mort...
Si le peuple du pays détourne ses regards de cet homme qui livre ses enfants à Moloch et s'il ne le fait pas mourir, je tournerai moi, ma face contre cet homme et contre sa famille et je le retrancherai du milieu de son peuple avec tous ceux qui se prostituent comme lui en se prostituant à Moloch...
La Bible, Lévitique, XX.
Ils étaient là, pataugeant dans la boue, hébétés, certains pleurant, d'autres hagards, les mains tremblantes, la gorge nouée par le dégoût, la pitié, la colère, la honte, un mélange confus de ces sentiments si voisins, tous à scruter le ciel gris-bleu, dans ce matin de printemps, tous à songer à ce qu'ils avaient fait une demi-heure, une heure plus tôt, quand le téléphone avait sonné chez eux pour les tirer du sommeil et les convoquer devant cette maisonnette d'apparence si banale, dressée au fond d'un terrain vague (...).
par Patrick Galmel, le 31 octobre 2005
Trophée 813 du meilleur roman francophone en 1998.
Prix Mystère de la critique en 1999 (meilleur roman français).
Moloch, le dieu purificateur du feu, à qui on offrait des sacrifices humain, est au cœur de ce magnifique roman de Thierry Jonquet, et à travers lui les enfants subissant tous les outrages.
Inspiré de faits divers, ce récit dense mêle plusieurs affaires dans lesquelles interviennent des enfants. Ce sont tout d'abord quatre de leurs cadavres carbonisés qui sont découverts dans une maison abandonnée. La police est sur les dents mais les indices sont peu nombreux. Ce sera un inconnu qui, ayant sauvé une fillette du massacre, mettra l'équipe d'enquêteurs sur la piste. Une équipe déjà croisée d'ailleurs dans Les Orpailleurs, et c'est avec grand plaisir qu'on retrouve ces personnages à la profondeur incontestable : les Rovère, Dimeglio, Sandoval et autre Nadia Lintz...
À travers cette enquête fouillée où le souci du détail juste est constamment présent, Thierry Jonquet aborde de front la pédophilie et son institutionnalisation, le fait qu'elle soit aussi aujourd'hui un marché qui enrichit certains en même temps qu'elle broie irrémédiablement des vies. D'ailleurs, l'enquête ne court pas après un meurtrier, mais bien plutôt un justicier, c'est dire...
L'auteur ne s'arrête pourtant pas là dans le regard qu'il porte sur la violence faite aux enfants. En parallèle de cette intrigue principale, il vient en ajouter une seconde traitant ce qu'on appelle le syndrome de Münchausen ; il s'agit ici d'une mère empoisonnant sa fille à l'insuline dans l'espoir de ne jamais la perdre. Autre violence, privée celle-là...
Thierry Jonquet fait preuve ici d'une maîtrise affirmée de son talent d'observateur, de témoin, de rapporteur, en un mot : de conteur. Il nous offre un roman noir prenant, poignant, où s'étalent les différentes facettes de son savoir faire. Un regard acéré porté sur la société, une intrigue à la construction irréprochable, le tout cuisiné par un orfèvre maîtrisant admirablement son style. Ce roman est un chef d'œuvre !..
Moloch a valu à Thierry Jonquet et à son éditeur un procès pour violation du secret de l'instruction dans l'affaire Kaskaz. S'il reconnaît aisément s'être inspiré de cette sordide histoire d'empoisonnement pour l'écriture d'une partie de son récit, l'auteur affirme (et avec lui la justice puisqu'il fut relaxé) que c'est à travers le traitement fait par la presse qu'il a constitué la matière de son inspiration et non en allant piocher dans les dossiers du juge.
Fut posée, à cette occasion, la question de la possibilité pour un romancier, et donc un auteur de fiction, de s'inspirer de fait divers réels tombés dans le domaine public du fait de leur médiatisation. Fort heureusement, la réponse fut oui.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Pour ceux qui ne l'auraient pas déjà lu, retrouver l'équipe du commissaire Rovère dans Les Orpailleurs.
À propos des enfants qui, sans être un sujet récurrent dans ses romans demeure tout de même une des préoccupation de Thierry Jonquet, on pourra s'attarder sur La Vie de ma Mère ! et sa description de l'exclusion dans le système éducatif.
Egalement Clara et la Pénombre de Jose Carlos Somoza, dont plusieurs éléments de l'intrigue sont proches de ceux de Moloch (maltraitance des enfants, considérations sur l'art etc...).
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Sophie, le 29 Décembre 2006
Après deux essais peu concluants sur Jonquet (Ad Vitam Aeternam et Le Manoir des Immortelles), j'en ai enfin trouvé un qui me plaise.
J'ai beaucoup aimé Moloch, que j'ai trouvé très bien écrit, avec des personnages bien plantés et une intrigue bien menée.
L'entremêlement de deux histoires n'est pas toujours facile, mais là c'est bien foutu, de façon à mettre en relation tous les personnages autour du thème central du livre : la souffrance des enfants.
Un bémol quand même concernant la fin, que j'ai trouvée un peu rapide.
Une chose qui est très intéressante dans ce roman, c'est le rôle des flics, qui finalement se limitent à être des spectateurs du drame, toujours avec un train de retard sur le "quidam" qui s'occupe de venger les meurtres d'enfants.
Et toujours cette question qui met mal à l'aise : est-ce qu'on est bien sûr de vouloir arrêter le type avant qu'il ait terminé son boulot de "nettoyage" ? Querelles entre les flics, et entre les points de vue "justice légale", société évoluée, et la rage devant ce qui est infligé à des gosses et l'approbation muette vis à vis d'un type qui joue les justiciers.
Cependant, comme Stoogie, je suis restée assez dubitative sur les références bibliques qui parsèment le roman. Je ne vois pas trop ce que cet éclairage apporte, nul besoin d'aller chercher dans la bible pour s'indigner de la maltraitance d'enfants.
Quoi qu'il en soit, c'est pour moi un très bon bouquin, qui mérite vraiment d'être lu.
Par Stoogie, le 28 Décembre 2005
Paris. Des flics, des juges, des médecins. Des enfants roumains, une fillette hospitalisée. Un voleur qui se veut vengeur. Un artiste qui a choisi une expression artistique extrême. Des histoires sordides, il y en a tous les jours et hantent le Palais de justice et le Quai des orfèvres.
Le roman commence avec plusieurs intrigues. Bien sûr, le lecteur cherche de suite le point commun, la jonction de ces histoires. L'auteur Thierry Jonquet dilue au fur et à mesure les éléments qui permettent de tout relier.
Polar bien ficelé avec des personnages attachants. Pas de héros dans Moloch mais des flics, des juges qui se baladent entre enquêtes et leurs petites vies. Un petit bémol pour la caricature du flic juif Choukroun. Et les références bibliques (qu'on retrouve souvent dans les bouquins) m'ont toujours laissée perplexe.
A retenir : Moloch met la lumière sur le trafic inhumain des enfants roumains.
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