Edition originale :
Gallimard / Série Noire - Mai 1962
Rééditions :
Dernière édition poche : Folio Policier - Novembre 2005
Autres éditions :
Carré Noir - Février 1981
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Pas facile pour Marie-Anne, jeune institutrice convaincue de son rôle, de s'apercevoir qu'absolument tout le village de Normandie où elle vient d'arriver est dédié à la distillation clandestine d'eau-de-vie ! curé comme gendarmes se bouchent le nez et ferment les yeux. Calva pour les gosses aux récrés de huit, dix et douze heures ! Rien ne se perd, tout se consomme et le pommier gouverne. Des hommes pour cela veillent, dans l'intérêt général, à ce que la loi ne fasse surtout pas son travail. Car qui dit perquisitions dans les fermes, dit mobilisation générale des fourches et émeute dans l'heure. Mais rien à faire ! Marie-Anne a vingt ans, le regard noir, et n'est pas prêt d'accepter qu'on lui saoule ses petits élèves. Les familles peuvent hurler, la guerre est ouverte. Et derrière la farce se trouve aussi le drame des filles de ferme noyées dans les mares...
Marie-Anne s'habituait à la cadence lente de la bête aux harnais luisants.
Elle pouvait voir le dos de la jument ondulant régulièrement à l'allure du pas, le poil rosissant par endroits aux lueurs du soleil couchant.
Assis à côté d'elle, dans le tonneau étroit, le vieux curé avait cessé de parler depuis un moment. Il tenait à peine les rênes et semblait perdu dans un rêverie vague.
Fâché ?
Malgré la fatigue du voyage, Marie-Anne se dit que c'était peut-être à elle de faire la conversation (...).
par Patrick Galmel, le 1er mars 2006
Marie-Anne arrive de Paris, diplômes en poche et grands principes en bandoulière. Elle vient tenir la classe de l'école "libre" de Nomville au cœur du bocage normand. Bien vite elle se trouve confrontée à un élément qu'elle n'avait pas pris en compte : la culture de l'alcool, la place de la goutte, du calva, dans la vie quotidienne des habitants du coin, fussent-ils des enfants.
Pierrot, lui, rentre d'Algérie. Extrait de sa ferme le temps des "évènements", il y revient avec des idées neuves et des ambitions, notamment en ce qui concerne l'écoulement des litres de gnôle qui coulent de l'alambic familial, voire de celui des voisins...
L'alcool est bien sûr au centre de ce roman de Jean Amila, on l'aura compris à son titre. Mais derrière les aventures de la jeune institutrice Marie-Anne et du jeune loup Pierrot, derrière l'éclairage posé sur l'organisation des trafics, les luttes d'influence, les compromissions, les alliances en matière d'écoulement d'alcool frauduleux, derrière la démonstration de la place prépondérante de la goutte dans la culture normande – et quelle place ! – se cache, m'a-t-il semblé, un autre sujet.
Ce roman, écrit en 1962, est aussi celui qui retranscrit le profond bouleversement des valeurs qui secoue la France et la société occidentale à cette époque. C'est le récit d'une jeunesse qui tend à l'émancipation, forte de ses espoirs, de ses envies, de ses ambitions, et se confronte au vieux monde en place qui n'est pas prêt à lui céder un pouce de terrain.
Qu'on l'interprète comme tel ou non, reste de toute façon un écriture limpide, une galerie de personnages d'une consistance palpable. Jean Amila n'est pas de ceux qui se cachent derrière une intrigue tortueuse pour construire leur propos. Il est de ces témoins qui racontent, avec des mots simples et justes, sans vouloir tordre la réalité pour la faire coïncider avec leur discours. Il met en scène, tout simplement, la vérité.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Jean Amila a écrit de nombreuses œuvres qui sont pourtant méconnues. Faites comme moi : rattrappez le temps perdu et partez en exploration au cœur de ses romans. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Harry, le 30 Novembre 2008
Du 5 étoiles sans aucun doute.(le chef veut pas plus !!! sinon).
J'ai lu ce bouquin il y a quelque temps déjà mais quel souvenir.
Une jolie balade chez les bouilleurs de crus normand, qui ont des us et coutumes tenaces, pour cette jeune institutrice parisienne.
Comme souvent Amila nous dépeint une époque, des gens avec humour,tendresse et cruauté.
Et que dire de la fin, rien surtout, alors chut... et bonne lecture.
Par Sophie, le 22 Novembre 2008
Voilà un moment que je n'avais pas lu de Amila, comme toutes les valeurs sûres, je les égrène lentement pour toujours en garder sous le coude pour les jours de creux.
Amila c'est comme Simenon, Benacquista, Thompson et quelques autres... c'est pas long, ça ne se prend pas au sérieux, mais ça t'agrippe dès la première page jusqu'à la dernière, et ça te raconte vraiment quelque chose : une histoire, avec des gens, des vrais gens qui semblent palpables rien qu'à les lire.
Amila et sa Normandie, dans La Lune d'Omaha déjà c'était tout un poème, avec le cimetière militaire et les paysans haineux de l'étranger.
Ici, on est en plein trafic de goutte, de gniaule, d'eau de vie, de "poison", appelez ça comme vous voulez.
Marie-Anne, la jeune institutrice, elle, elle trouve que c'est du poison. Elle veut les sauver tous ces gens, ses élèves en particulier, gamines qui partent à l'école avec dans leur casse croûte un biberon d'eau de vie.
Elle veut aider le curé, son cousin, tout le monde. Leur faire prendre conscience qu'ils sont esclaves de leur malheureuse goutte qu'ils attaquent dès le premier bol du petit déjeuner.
Marie-Anne, c'est Don Quichotte en jupons perdu dans la campagne.
Il y a aussi Pierrot Soulage, qui trafique, dont le père trafique, dont le grand-père trafiquait, bref... héritier d'une bonne lignée.
De toute façon, il semble que dans ce bled, tout le monde trafique.
Tous ligués contre la loi, et pour le droit à la tétée de goutte dix fois par jour.
Tous solidaires, paysans contre costumes de la ville, gens du terroir contre fonctionnaires fainéants.
C'est tout un monde qu'Amila pose dans ce roman, un monde qui a des couleurs, des odeurs, une saveur drôlement fortes. Tellement fortes qu'on les sent là avec soi quand on lit, on s'y plonge jusqu'au cou, on s'immerge.
C'est passionnant.
Si ce n'est déjà fait, lisez Amila.
Par Geof, le 8 Octobre 2007
Présenté comme le pendant français de Fantasia chez les Ploucs par la quatrième de couv', je trouve que si le sujet est le même, la différence de ton est flagrante. Jean Amila n'a pas forcé le trait de l'humour comme Charles Williams.
Cette histoire de trafic de goutte permet à Amila de mettre en évidence les divergences Paris/Province, le pouvoir centralisé face à la population rurale, stigmatisé par l'arrivée de Marie-Anne, la nouvelle maitresse d'école, qui s'oppose à un alcoolisme général presque traditionnel.
Bref, une histoire réussie entre le drôle et le noir, des personnages croqués à merveille, et un livre à mettre entre toutes les mains.
Par Mac, le 27 Novembre 2006
La nouvelle institutrice fraîchement débarquée de Paris qui se retrouve pour un premier poste dans une campagne profonde, confrontée à une culture qu'elle ne comprend pas du tout car contraire à ses principes. Le jeu du chat et de la souris entre paysans et "volants" pourrait faire sourire si l'enjeu du trafic ne devenait pas beaucoup plus sérieux et objet de violence.
Très bon livre qui se lit d'une traite.
(sans note) Par Gemini, le 1 Février 2006
Plongée en pleine campagne avec Jusqu'à plus Soif, comme promis.
Il y fleure bon l’ancien temps, les meubles rustiques, les pupitres d’école, la carriole du curé qui côtoie la Vedette des « contrôleurs », la pomme, la gniaule et le sou de café.
Ajoutez à cela des personnages parfaitement croqués, une écriture si simple et juste qu’on est emporté d’une traite dans cette aventure.
Ce n’est qu’une fois le livre refermé que je mesure le talent derrière cette apparente facilité.
Merci de m’avoir ouvert la porte sur Amila, je ne la referme pas !
(sans note) Par La Loche, le 4 Janvier 2006
Du rififi en campagne normande !
Ça trafic sec, jusqu’à plus soif… Amila promène sa plume sur les parties de cache-cache entre les flics et les bouilleurs de cru, sur les paysans, le curé du village, les « demoiselles » de l’école, les truands de Paris.
Tout un monde qui patauge dans des litres et des litres de gniaules.
Alcoolisme, espoir, injustice et bataille pour la survie.
Entre les tontons flingueurs et Steinbeck !
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