Edition originale :
Gallimard / Série Noire - 1981
Rééditions :
Gallimard / Série Noire - Mai 1995
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Dernière édition poche : Folio Policier - Octobre 1998
Autres éditions :
Carré Noir - Novembre 1985
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Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite. Après avoir pratiqué dix ans le métier d'assassin, fait sa pelote et appris les bonnes manières, il allait rentrer au pays retrouver sa promise et faire des ronds dans l'eau... Mais pour se baigner deux fois dans le même fleuve, il faut que beaucoup de sang passe sous les ponts.
C'était l'hiver et il faisait nuit. Arrivant directement de l'Arctique, un vent glacé s'engouffrait dans la mer d'Irlande, balayait Liverpool, filait à travers la plaine du Cheshire (où les chats couchaient frileusement les oreilles en l'entendant ronfler dans la cheminée) et, par-delà la glace baissée, venait frapper les yeux de l'homme assis dans le petit fourgon Bedford. L'homme en cillait pas.
Il était grand mais pas vraiment massif, avec un visage calme, des yeux bleus, des cheveux bruns qui lui recouvraient juste le bord supérieur de l'oreille (...).
par Patrick Galmel, le 30 septembre 2005
L'œuvre de Manchette a été analysée, disséquée, chacun de ses romans a fait l'objet d'études et je ne vais pas ici écrire un chapitre supplémentaire de cette hagiographie ; je n'en ai ni les capacités, ni les moyens. Ce que je peux tenter, c'est de vous donner envie de vous plonger dans ce dernier roman achevé de la courte, mais intense, carrière de cet auteur.
Jean-Patrick Manchette met ici en scène un tueur professionnel, Martin Terrier, qui se fait appeler Christian dans son organisation, et qui, après une dernière mission menée à bien, avec son sang-froid habituel, sa méticulosité, sa détermination, décide de raccrocher. Il tient ainsi une promesse vieille de dix ans faite à l'amour de sa vie. Le problème est que son employeur, un certain M. Cox, ne l'entend pas de cette oreille et n'a aucune envie de se séparer d'une telle recrue.
Comme le plus souvent dans les romans de Manchette, l'intrigue est d'une simplicité déconcertante, toute linéaire, et on est loin des enquêtes tarabiscotées aux multiples rebondissements qui fleurissent aujourd'hui et qui masquent parfois l'absence de propos. Tout l'intérêt des intrigues de Manchette tient au traitement qu'en fait l'auteur, au cadre qu'il leur donne et au dépouillement de son style qui atteint ici des sommets.
Voici l'histoire simple d'un homme à l'enfance dure, qui a vécu les humiliations dues aux différences de classes sociales, mais qui s'est donné dix ans pour réussir, pour devenir "respectable" aux yeux de ceux qui l'avaient rejeté et "mériter" ainsi sa dulcinée. Martin Terrier ne brille pas par son intelligence, c'est un naïf, endurci par la vie, mais il est allé au terme de son projet et est prêt pour une juste retraite auprès de son amour :
"- Ce que j'avais dans l'idée au début (...) quand je comptais juste que j'allais arriver et t'emmener (...) c'était un pays assez primitif, un bon climat, une monnaie faible, des rapports de gentillesse entre les gens.
- Ça existe, ça ?"
Sauf que le système qui l'a nourri, celui des mercenaires, des tueurs étatisés, ne veux pas le lâcher et que, telle une machine infernale, entend bien encore lui soutirer sa sève, jusqu'à le dernière goutte. Magouilles et hypocrisie sont au rendez-vous, et toujours ce style acéré, incisif, épuré, qui fait merveille...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Manchette a ouvert la voie à un renouveau du polar français, il l'a dépoussiéré, l'a fait coller à la réalité, et nombreux sont ceux qui, depuis, on suivi ses traces. N'oubliez pas de lire Nada, mais vous pouvez aussi, par exemple, vous pencher sur le cas Thierry Jonquet, ou celui de Jean-Bernard Pouy..
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Freddie Noon, le 27 Juillet 2008
La froideur du personnage principal, que l'auteur lui-même qualifie de bête – ce qu'il est indubitablement, buté sur l'image romanesque d'un amour adolescent hors de son milieu social -, l'enchaînement rapide des événements maintiennent une tension permanente. Le style de Manchette est toujours impeccable, dense et épuré. Son écriture très visuelle. Certainement l'un des romans de Manchette que j'ai le moins apprécié, parce que coupé me semble-t-il de la réalité sociale. Martin Terrier vit et évolue dans un monde fermé de par sa profession et son obsession. Et ce malgré des passages où l'on retrouve la voix de l'auteur, entre désenchantement et nihilisme (la courte diatribe du chauffeur de taxi parisien reprise et prolongée par M. Cox).
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