Jean Amila Edition poche Edition originale note Jean AMILA

La Lune d'Omaha


Edition originale : Gallimard / Série Noire - 1964
Rééditions :
Dernière édition poche : Folio Policier - Septembre 2003
Autres éditions : Gallimard / Série Noire - Mai 1995Edition poche / Carré Noir - Avril 1982Edition poche / Poche Noire - 1970Edition poche /


Genre :
Roman noir
Polar social

Thème abordé :
Psychologie

Personnages :
Quidam / autre

Lieu :
France profonde

Époque :
Années 1960

Style :
Littéraire
Populaire

Poids du roman :
Moins de 250 pages



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

"On ne voyait rien que le ciel bas, sauf quand la barque piquait du nez..."
Vingt ans après, dans l'alignement blanc parfait des croix, le cimetière américain d'Omaha Beach offre sur la mer calme un point de vue à couper le souffle... Le sergent Reilly se souvient. Il est le gardien de ces tombes ; la mémoire et le seul survivant de la 4ème section. Il a refait sa vie et connaît les magouilles sordides des paysans locaux. Un petit monde matois, sous tension, à l'affût... Que le père Delouis casse sa pipe et révèle un secret bien gardé et la mort, à nouveau, rôdera sur la dune...


Les dix premières lignes :

On ne voyait rien que le ciel bas, sauf quand la barque piquait du nez ; alors on distinguait la plage lointaine en rideau grisâtre. La France !
On entendait le chuintement de la houle et les coups de grosse caisse des paquets de mer qui prévenaient chaque fois avant le déluge d'embruns. Le fond de l'embarcation était déjà envahi par une couche de vingt à trente centimètres d'eau en mouvement continuel, de bâbord à tribord, d'avant à l'arrière, glougloutant sinistrement dans les caillebotis (...).


Un avis personnel :

par Patrick Galmel, le 31 octobre 2005

06 juin 1944, le débarquement en Normandie comme si vous y étiez. Premier régiment d'infanterie américain, le grand "Un" rouge, compagnie C, quatrième section, au fond de sa barge :
"Brow regardait vers la France, et la France fumait (...). À perte de vue dans la grisaille on pouvait voir le flotte d'invasion ; mais au ras des vagues cela perdait toute grandeur. Chacun pour soi, dans la morne résignation du troupeau de bêtes qu'on conduit à l'abattoir."
Un vrai carnage... De la quatrième section, seul le sergent Reilly en réchappera. Vingt ans plus tard, il est devenu un des gardiens du cimetière militaire américain d'Omaha Beach, veillant sur l'armada de jardiniers locaux qui entretiennent les gazons impeccables ; il est même marié à une jeune française. La mort d'un de ses "employés", le père Amédée Delouis, va être l'occasion de prises de conscience et de nombreux bouleversements...

Jean Amila commence son récit en décrivant par le détail cette guerre qu'il exècre. Il le fait admirablement, avec des mots d'une justesse infinie qui rendent palpable l'atrocité vécue par les premières lignes, la chair à canon, celle qui ne porte jamais les galons...
Puis vient le sergent Reilly, homme d'honneur, gardien de cette citadelle de la mémoire qu'est le cimetière, ne brillant pas par son intelligence mais droit dans ses bottes. Ses certitudes d'homme simple vont être mises à mal par la mort du père Delouis et la révélation de secrets peu ragoûtants. Reilly est confronté aux magouilles des paysans locaux, décrits comme rapaces et charognards, avides, secrets :
"L'ennui dans la discussion avec un Normand, c'est qu'on ne sait jamais s'il sait. Et il faut toujours agir de l'ai entendu qui laisse savoir qu'on sait qu'il sait qu'on sait ; ce qui va des fois très loin et on ne s'y retrouve plus !"
"Ça ressuintait la haine de Bas-Normands, longtemps retenue, comprimée par des années de sourires et pchitant tout d'un coup, mais en ayant bien soin de ne pas se mettre dans son tort !"
Jean Amila n'aime pas ces gens-là, ce qu'ils représentent, et il sait le montrer, mais il les connaît suffisamment pour pouvoir décrire leurs travers avec un telle pertinence.
Mêlée aux malheurs générés par la guerre, l'auteur nous présente une galerie de personnages simples, humains, pris dans les soubresauts de la violence étatisée, broyés par l'Histoire des hommes qui fait de ceux qui tombent au combat des héros. Une histoire de morale formatée, mal placée, alors que la vie est ailleurs, servie par un style d'une clarté éblouissante, simple et travaillé, limpide, où chaque mot est à sa place et où les images sont d'une netteté saisissante :
"Elle avait le goût pour la plonge, comme les âmes droites. Curer, laver, frotter, essuyer. Une façon comme une autre de garder son équilibre."
Un livre magnifique !


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Quelques pistes à explorer, ou pas...

DVD Jean Amila a écrit de nombreuses œuvres qui sont pourtant méconnues. Faites comme moi : rattrapez le temps perdu et partez en exploration au cœur de ses romans. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

En 1985, Jean Marbœuf adapte le roman de Jean Amila en un téléfilm au titre éponyme, avec dans les rôles principaux Jean-Pierre Cassel, Dominique Labourier, Mort Schuman et Olivia Brunaux.



Du même auteur :

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.


Motus ! La Bonne Tisane Jusqu'à Plus Soif Langes Radieux Pitié Pour les Rats Noces de Soufre Les Fous de Hong-Kong
La Nef des Dingues Terminus Iéna Le Boucher des Hurlus Au Balcon d'Hiroshima

Ce qu'on en dit sur le forum de Pol'Art Noir :

Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...

(sans note) Par Amilanar, le 31 Janvier 2008
Un très bon roman sur la Grande Histoire (avec des majuscules partout) et la petite histoire, celle qui exhale ses relents humains.
Un roman également sur le Grand Amour (avec majuscules partout aussi) et sa réalité beaucoup plus prosaïque (la midinette et son héros d'ancien combattant ; l'institutrice et son déserteur de mari).
Une vision de la guerre, la vraie, avec ses victimes sans majuscules, juste des trous à creuser pour les enterrer avec les charognes.
Et puis ce personnage (ici le capitaine Mason *) désabusé qui souhaite croire encore en l'Homme... mais qui ne peut qu'observer une fois de plus l'échec.
Jamais aucun roman de Amila ne me décevra.

(*) personnage quasiment récurrent dans l'œuvre d'Amila. Le pasteur dans Y'a pas de Bon Dieu !, M. d'Essartaut dans Nous Avons les Mains Rouges, Narcisse dans Je Suis un Monstre (même si la fin se teinte d'espoir)...

Par JuKal, le 30 Janvier 2008
Le débarquement de Normandie le 6 juin 1944 et ses conséquences vingt ans après. Ses conséquences pour les habitants des environs et pour quelques soldat envoyés à une mort certaine.
Voilà un grand sujet, un sujet digne d'Amila ! La guerre le dégoûte et, comme dans Le Boucher des Hurlus, il va nous en dégoûter en soignant ses descriptions, le plus honnêtement possible. Il y a effectivement quelques pages, quelques scènes, particulièrement prenantes...
Mais comment se fait-il que je n'ai pas accroché autant que pour d'autres oeuvres d'Amila ?

J'ai eu le sentiment de lire des scènes sans forcément de liens entre elles. Les changements de points de vue, des personnages, pour lesquels j'ai eu beaucoup de mal à éprouver un minimum d'empathie, le minimum nécessaire pour entrer dans l'histoire, sont certainement des explications à ma déception.
J'ai été déçu, sûr que j'étais qu'un Amila ne peut décevoir. Alors, il reste évident que c'est un bon bouquin, avec des intentions, une histoire avec des gens simples, des victimes, des quidam qui ne maîtrisent pas tout ce qui leur arrive. C'est du Amila et je le répète quelques passages sont vraiment bons.
Mais je n'ai pas accroché. Difficile à expliquer, à comprendre.

Par Geof, le 27 Septembre 2006
Le débarquement sur les cotes Normandes en 1944, a changé le monde mais est aussi le point de cassure de nombreuse vie. parmi elle, Georges, qui vingt ans après veut retrouver son nom. Une histoire courte et humaine.

Par Sophie, le 27 Décembre 2005
Voilà c'est fait. J'ai lu mon premier Amila.
Et là je comprends tout ce qu'on m'en disait : "Amila c'est intemporel", "Amila, c'est purement humain"...
Oui, c'est tout ça. Sans aucun doute.
La Lune d'Omaha raconte l'histoire d'un déserteur américain qui depuis le débarquement a refait sa vie en France avec une petite institutrice sèche et solide. Elle l'a modelé, elle en a fait un homme respectable, SON homme. Un père, un mari, un homme bien.
Tout sauf un déserteur.
Lorsqu'on la rencontre la petite institutrice, on l'admire. On se dit : mais oui, c'est grace à elle qu'il a survécu, qu'il ne s'est pas étouffé dans sa rage et ses remords.
Et puis au fur et à mesure que le récit avance, Amila change de ton, et on change de point de vue. Elle est aussi laide qu'elle est solide, aussi pusillanime que sécurisante. Une vraie mère poule, avec son mari comme avec ses enfants. Une vraie institutrice...
Et l'homme qu'elle a épousé se rebiffe pour retrouver cette part de lui-même qu'il a abandonnée aux côtés de sa petite femme parfaite. Il voudrait redevenir lui-même, Georges Hutchins, New Jersey. Un américain, un déserteur, un homme à part entière.
La langue d'Amila est simple et pure comme celle de Simenon. Elle trace en quelques mots des personnages si vrais qu'on les voit bouger devant soi, emplis de leurs émotions et leurs ressentis.
C'est tout simple, modeste, juste.
Vrai coup de coeur pour Amila...

Par Mac, le 16 Décembre 2005
Débarquement Américain sur les côtes Normandes : des morts, des corps que l'on retrouve plus tard alignés, répertoriés sous des milliers de croix blanches du cimetière. Le sergent Reilly resté là pour le souvenir,le respect qu'il doit à tous ses anciens compagnons.
Un homme, Georges, qui doit de nouveau faire face à son passé, au choix qu'il a fait presque par hasard pendant cette même bataille. Ce choix qu'il a payé au prix fort, celui de l'argent mais surtout de la dépendance, de la médiocrité. Et une femme, Janine, qui en croyant le sauver, l'a amputé d'une partie de sa vie, de son histoire.
Encore beaucoup d'autres sentiments, révoltes que l'auteur évoque et qui méritent d'être lus...


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