Edition originale :
Fleuve Noir - Mai 2000
Rééditions :
Dernière édition poche : Pocket - Novembre 2003
Autres éditions :
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"Cagole : spécialité marseillaise. Gamine voyante et délurée, capable de parler gras tout en mâchant du chewing-gum et de garder l'équilibre tout en marchant sur des chaussures à semelles de trente centimètres d'épaisseur."
Félix en est une belle, de cagole. Du fond de sa cité morose, elle rêve de devenir une star de la chanson, comme Alvina Stuart ou Céline Dion. Mais Léo, imprésario miteux du dancing Le Zodiaque, préfère la voir s'effeuiller sur du Joe Cocker... Alors Félix met le grappin sur le premier prince charmant venu pour fuir et réaliser ses rêves. Enceinte de jumeaux qui n'en finissent pas de se disputer, elle passe d'une boîte de films X tenue par des Albanais en Belgique à un camp de gitans à Port-de-Bouc. Sa virée tourne au cauchemar, surtout avec le gros Léo et son lieutenant Meljibson' qui lui collent au train. Pas de bol, la cagole...
— Wohouhohouho.... Toil, la braise de ma vie... Hoooo un seul de tes regards m'anéantit... Hoooo taride vestige, ta déclaration d'emballage...
— Ti'es trop con, Fati'. Ti'as rien capté aux paroles. Alvina, elle chante : "Ta déclaration sans embages".
— Vé-là, elle ! Je m'en cague de tes paroles. C'est juste pour chanter que je chante... Wouhoooo...
— Ça, j'ai bien compris que c'est juste pour chanter que tu chantes !
— Woooohouho... taride vestige...
— Attends, Fati' ! Alvina Stuart, elle chante : "torride vestige..." Je vais te les copier, les paroles d'Alvina, comme ça on pourra chanter en chœur toutes les deux (...).
par Patrick Galmel, le 31 mars 2006
La cagole c'est Félix, fille délurée des quartiers nord de Marseille, mineure, dont l'univers est balisé par des barres HLM décrépies, sa mère RMIste et alcoolique, un pizzaÏolo obèse, un marchand de journaux raciste et une copine, Fatima, dont le frère, Akim, est toujours prêt à remonter à grands coups de baffes le foulard qui voile sa sœur. Voilà pour l'environnement...
Mais sa vie à Félix n'est pas là. Sa vie, c'est la Musique, "Oui, la Mu-Si-Queue !.." Elle chante, comme son idole Alvina Stuart et ses tubes suintant le grand amour et les princes charmants.
Pour réaliser son rêve – monter sur scène – Félix est prête à tout, y compris croire aux promesses du gros Léo, le patron du Zodiague, boîte minable pour samedi soir miteux, qui lui a laissé entendre, entre deux coups de reins, qu'elle pourrait chanter, avant son strip-tease...
Oui mais voilà, les promesses de Léo, sur "l'oreiller", ça va bien, mais une fois sur scène c'est du cul, du cul, du cul : efficacité maximum. Alors comme Félix réclame son dû, ça se finit en torgnoles dans les toilettes : mise au pas de la greluche. Sauf que quand on arrive des quartiers nord, on a le coup de boule facile et précis ; Léo s'en souviendra...
Philippe Carrese reprend du service et remet son Marseille en selle, pas tout à fait celui des cartes postales, pas tout à fait le version pagnolade et bon enfant ; ce Marseille là est bien ancré dans la réalité, les deux pieds dans la merde.
Malgré la couleur sombre de l'environnement, l'auteur n'en perd pas pour autant son humour ravageur et sa capacité à construire des personnages hauts en couleurs, eux. Au centre de ceux-là, Félix, la cagole, pauvre fille coincée dans les citées des quartiers nord par une vie qui l'a oubliée là, comme tant d'autres. Félix rêve encore – c'est de son âge. Elle se rêve chanteuse, avec des paillettes et des princes charmants, mais la voie (voix ?) du succès la mène vers des endroits pas très fréquentables, et les princes charmants qu'elle croise semblent bien abîmés par la vie.
Lorsqu'elle échappe aux griffes lubriques de Léo, c'est pour se retrouver derrière une vitrine aux néons rouges du côté de Bruxelles, puis dans l'industrie du porno albanais, avant de finir par faire la manche pour les gitans de l'étang de Berre. Vous avez dit paillettes ?..
Sur un ton léger ou l'humour est omniprésent et désamorce sans cesse le sordide des situations, Philippe Carrese dresse pourtant le portrait amer d'une jeunesse perdue, laissée pour compte, à l'avenir rayé de la carte, bafoué par des ainés peu scrupuleux. Un constat sombre et néanmoins réaliste d'une société à la dérive qui se mord la queue et piétine allègrement les "espoirs" qu'elle suscite.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Philippe Carrese cache derrière un humour tonitruant une réelle sensibilité qui finit toujours par transpirer de ses romans.
Ils sont parfois carrément déjantés, comme Conduite Accompagnée, parfois sombres, c'est la cas du Bal des Cagoles, ou encore "simplement" drôles, voir Filet Garni, ils n'en demeurent pas moins, tous, d'excellents moments de lecture.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Savvy!, le 10 Novembre 2006
Philippe Carrese Le Bal des Cagoles, mon tout premier de l'auteur et quel plaisir j'ai eu à le lire.
En bon québécois, je dirais : j'ai trippé ben raide ! Vraiment trouvé plaisant ce roman.
Une ambiance noire, un sujet dur, des vies dures. J'en avais quasiment le cur à l'envers.
Même si ces tableaux de vies sont sombres et les mots durs qui écorchent, P. Carrese glisse un peu partout un humour particulier à travers le récit.
Certains pourraient dire trop de cynisme, moi je crois que cet humour permet de faire passer les drames humains sans en camoufler l'horreur. En tout cas, ça marque. On n'oublie pas de sitôt.
Par Mac, le 7 Août 2006
Les aventures de Félix : sûrement le livre de Carrese qui m'aura le moins fait rire mais que j'ai tout autant apprécié que les autres. L'humour est beaucoup plus grinçant, noir. Les personnages, les situations sont sordides. Il reste les échanges entre Crapaud et Vinaigre qui sortent de l'ordinaire !
Par Gemini, le 29 Novembre 2005
(...) J'ai lu Le Bal des Cagoles en deux jours.
J'étais prévenue, il a du style ce Carrese, de l'humour. Pour ça, les vannes fusent. Mais il y a aussi le cadre, la cité Marseillaise qu'on perçoit toute en odeur et ambiance.
Les personnages, hauts en couleur. Elle cumule les galères cette Félix, mais par la magie des mots, l'énorme devient léger ! Et puis au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture, on trouve quelques touches de sérieux, qui tranchent avec le reste.
Sans oublier la double narration. Qui m'a fait penser au Divin Enfant de Pascal Bruckner. Dialogue intra-utérin.
Il ne me reste plus qu'à lire les autres.
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