Thierry Jonquet Edition poche Edition originale note Thierry JONQUET

Ils Sont Votre Épouvante et Vous Êtes Leur Crainte


Edition originale : Seuil - Octobre 2006
Rééditions :
Dernière édition poche : Seuil / Points - Novembre 2007
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Genre :

Thème abordé :

Personnages :

Lieu :
Paris

Époque :

Style :

Poids du roman :



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

Département du 9-3, septembre 2005. Anna Doblinsky, une jeune diplômée d'un IUFM, rejoint son premier poste au collège Pierre-de-Ronsard à Certigny. HLM, zone industrielle, trafics de drogue, bagarres entre bandes rivales et influence grandissante des salafistes, le décor n'est pas joyeux.
Dès le premier jour, Anna est brutalement rappelée à sa judéité par des élèves mus par un antisémitisme banal et ordinaire. Lakdar Abdane, un jeune beur particulièrement doué, ne demanderait, lui, pas mieux que d'étudier, mais n'y arrive pas depuis qu'il a perdu l'usage d'une main.
Tout serait-il écrit ? Certes non, mais une fois enclenchées, il est des dynamiques qui ne s'arrêtent pas aisément. Et la mort est au bout.
Commencé bien avant les émeutes des banlieues et le meurtre d'Ilan Halimi, ce roman dit des territoires que la République se doit de reprendre au plus vite à la barbarie.


Les dix premières lignes :

Il fallait de la méthode. Beaucoup de méthode. Il ne suffisait pas de lire et de relire jusqu'à s'en donner le tournis pour que les mots entrent dans la tête comme par enchantement et aillent se ranger bien en ordre dans les tréfonds de la mémoire. C'était plus compliqué, beaucoup plus compliqué. Ah oui, oui, oui... Des journées et des journées d'efforts fournis sans relâche. À s'user les yeux devant les planches anatomiques. À attraper des maux de crânes insupportables. Mais quoi ? Tout le monde pouvait y arriver ! Simple affaire de volonté. Un cacher de Doliprane toutes les trois heures. Vraiment, ç'aurait été stupide de capituler devant la difficulté. Allez (...)


Un avis personnel :

par Patrick Galmel, le 1er novembre 2006

Anna Doblinsky, toute fraîche émoulue de l'IUFM, s'apprête pour sa première rentrée scolaire. On lui a attribué un poste au collège de Certigny au fin fond de la Seine Saint-Denis. Accompagnée par son ami Loïc, elle décide de faire un petit tour de repérage la veille de sa première journée en tant que professeur de français. Elle découvre un établissement de mille cinq cents élèves, un ensemble de cubes de béton sinistre et une ville aux frontières invisibles mais néanmoins bien présentes : d'un côté le centre-ville, les "gaulois" ; autour les barres HLM, les cités et les "bronzés". Exotisme garanti.
Richard Verdier est substitut du procureur au tribunal de Bobigny, plus particulièrement chargé de faire respecter l'ordre républicain sur le territoire de la commune de Certigny, et ça n'est pas une mince affaire. La ville, ses cités, sont aux mains des mafias locales ; qui dans le trafic de drogue, qui dans la prostitution, mais aussi soumise pour partie à l'influence grandissante de l'imam, voire de son intégrisme.

Thierry Jonquet plante le décor avec une vraie efficacité : une ville de fiction qui rassemble à elle seule quelques caractéristiques marquantes du niveau de délabrement auquel sont confrontés certains territoires. Á travers les différents personnages qu'il met en place, il dresse un état des lieux d'une remarquable précision quant à la banlieue en général et au célèbre 9-3 en particulier. On y croise un jeune adulte déboussolé, issu d'un milieu favorisé mais abandonné à lui-même, sans repère, qui glisse inexorablement, après avoir abandonné le cursus scolaire, vers l'enfermement, le replis sur soi, la dépression. On y croise une jeune prof envoyée au casse-pipe, en première ligne, après une formation toute théorique loin des réalités quotidiennes, confrontée à l'échec scolaire de masse dans toute sa splendeur. On y croise un substitut du procureur, un commissaire de police, pleins de bonne volonté pour empêcher leur circonscription de sombrer dans l'abandon absolu, mais soumis à la misère des moyens, à la misère sociale, à la misère tout court. On y croise les gamins des cités pour qui l'institution scolaire n'es plus qu'une garderie, une salle d'attente, coincée entre la Star Ac' du soir et la prière du matin, un lieu où la violence a su sauter les grilles...

Thierry Jonquet n'écrit pas là un polar ; n'allez pas chercher d'intrigue. Il s'agit d'un roman noir, d'une écriture du présent, au présent.
Parti du constat énoncé par Emmanuel Brenner dans le livre qu'il a dirigé (Les Territoires Perdus de la République) à propos de la recrudescence de l'antisémitisme, du racisme et du sexisme dans le milieu scolaire, Thierry Jonquet avait entamé son roman autour de cette trame de fond, de ce décor de banlieue, en septembre 2005. Deux mois plus tard, la réalité rattrapait la fiction en train de naître : deux enfants trouvaient la mort au fond d'un transfo et les banlieues s'enflammaient au rythme des émeutes. Au final, il intègrera ces derniers développements dans son récit, réécrivant l'histoire, son histoire, au fil des évènements. Reste que l'analyse ne date pas d'hier, que sa manière d'exposer les situations montre une profonde connaissance du sujet.

Ce roman est un témoignage autant qu'un cri, une photographie envoyée aux acteurs qui en sont absents, rigoureusement absents : la classe politique, les décideurs de tous bords. Il leur montre où mènent leurs absences, leurs silences depuis tant d'années. Il leur montre un monde à l'écart, laissé pour compte, un monde où le djihad finit par représenter l'espoir d'un avenir meilleur, quelque chose en quoi croire enfin parce que porteur de "valeurs", d'une possibilité de s'investir. Un système économique et social qui n'est plus capable d'offrir ces ouvertures s'expose naturellement à ce qu'un autre système ou organisation prenne sa place. On ne gère pas les générations futures en bâillonnant leurs espoirs et l'auteur ne s'y trompe pas en choisissant son titre parmi les vers de Victor Hugo :

Étant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
Á vous tous, que c'était à vous de les conduire,
Qu'il fallait leur donner leur part de la cité,
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D'une tutelle avare on recueille les suite,
Et le mal qu'ils vous font, c'est vous qui le leur fîtes.
Vous les avez guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l'ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C'est qu'ils n'ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l'instinct bon se nourrit de clarté (...)


Un roman, un récit, profondément pessimiste mais aussi d'une grande lucidité, pour un regard croisé sur l'état de délabrement des certains pans de notre société, laissés à l'abandon, et où fleurissent de bien vilaines fleurs. La mise en scène s'efface pour laisser place à un quasi documentaire. Remarquable !


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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Thierry Jonquet écrit des romans noirs, ça n'est un secret pour personne.
Il n'a de cesse de montrer la société telle qu'elle est ; souvent pas très belle à voir. Lisez ses romans.



Du même auteur :

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.


Du Passé Faisons Table Rase Mémoire en Cage Mygale Le Bal des Débris La Bête et la Belle Le Secret du Rabbin Le Manoir des Immortelles
Le Pauvre Nouveau est Arrivé Les Orpailleurs La Vie de ma Mère ! Moloch Rouge c'est la Vie Mon Vieux

Ce qu'on en dit sur le forum de Pol'Art Noir :

Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...

Par Freddie Noon, le 24 Mai 2008
Un souffle, un fort pouvoir évocateur, dans ce roman, Jonquet investit la banlieue et la réécrit, invite dans une ville imaginaire cristallisant toutes les images véhiculées par les media les trois cités qui la composent : religion, sexe et drogue. Pour compléter le tableau, il convoque les deux institutions qui ont vocation à représenter l’Etat : la Justice en la personne du substitut au procureur Verdier, et l’Ecole avec la toute jeune capétienne Anna Doblinsky. La réussite du roman réside dans cette peinture. Certains traits en sont marqués parfois jusqu’à l’outrance, le roman est un miroir grossissant. Jonquet fait pénétrer le lecteur dans un univers qui fait les heures belles des journaux tv et autres émissions sensationnalisantes, sans qu’il l’appréhende vraiment, pour ma part en tout cas. Ce n’est pas un simple décor, une toile que l’on observerait avec détachement dans un musée au silence feutré, aux murmures discrets que livre Jonquet, mais une toile dans laquelle on est plongé, aux jeux de couleurs changeants. Modulant son écriture en fonction des narrateurs qui se succèdent, de leur âge, de leur éducation, de leur compréhension de leur milieu, Jonquet inserre son lecteur dans son histoire.
Ces qualités qui ne disparaissent à aucun moment du roman sont malheureusement contrebalancées par des faiblesses qui plombent le roman. En premier lieu, l’intrigue du schizophrène Rochas. Plus le roman avance et moins on en comprend la nécessité romanesque. L’utilité symétrique est évidente, mais si artificielle et maladroite qu’elle est comme une greffe que l’organisme rejetterait. Ensuite, la manipulation à l’extrême des personnages de Lakdar et de Djamel. Leur importance est demeusurée selon moi et focalise le roman vers des événements non pas impossibles ou incroyables (les journaux tv nous ont appris que le pire existe, l’histoire nous l’enseigne génération après génération), et donne un ton nauséabond à la clôture du roman.
Jonquet n’a visiblement pas voulu se contenter de constater, de dépeindre – caricaturer pour mieux dénoncer – une situation sur laquelle nous fermons avec empressement et soulagement les yeux. Il se perd dans sa tentative de montrer le pourquoi et le comment du désenchantement au désespoir agressif et suicidaire.
Tout n’est pas bon, tout n’est pas juste dans Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, et la manipulation de certains des personnages par l’auteur est même souvent si forcée qu’elle provoque le froncement de sourcil et le rejet. Reste que Jonquet a écrit, avec talent, dans une écriture enveloppante, sur un envers de journal tv, installant durablement son récit dans un espace que l’on évite généralement de traverser et même de considérer.

Par Gemini, le 26 Mars 2008
Je ne sais pas trop quelle était l’intention de Thierry Jonquet en écrivant « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ».
En tout cas, on peut considérer son choix de point de vue comme une indication.
L’intégrisme islamique, l’acharnement anti-juif, l’inertie de l’éducation nationale, la bêtise de certains profs.
Le problème majeur du constat de Thierry Jonquet, c’est qu’il est simpliste. Pas faux ni raciste, mais réducteur. Il manque quelques composants : l’espoir, la lutte, l’analyse. De ces cités et de ces salles de classe, rien de bon ne surgit. Bien sûr il met un peu de nuance avec un « apprenant » potentiellement différent des autres (intelligent, curieux, posé), mais il ne l’est que pour se faire convertir par l’extrémisme. Tous ces jeunes sont obnubilés par le rap clinquant, la Star Ac et les potins des people. Je n’ai aucune peine à croire que ce soit vrai, mais pourquoi ne présenter que cet aspect ?
Les descriptions qui prennent le pas sont celles qui reprennent les clichés, rmistes et perfusés d’allocations, rappeurs en survet casquette, l’image est toujours la même. Il y a bien un brave cégétiste qui tente de lutter contre le délabrement de sa cité et une jeune prof naïve mais l’un comme l’autre vont vite baisser les bras.
La présentation des émeutes de 2005 en deux pages est succincte, il manque là aussi d’une approche de fond. L'image de la police par exemple, est bien gentille (on en viendrait presque à pleurer sur la BAC). Les jeunes électrocutés dans le transformateur sont un "incident".
Autre problème, l’écriture. Certes on est dans la banlieue, mais était-il nécessaire d’user d’un style appauvri (pas toujours, mais le plus souvent) cherchant à restituer et imiter le parlé jeune de cité ? Argot, abréviation, véner à tous les étages.
Le sens d’un élément a dû m’échapper, ce jeune des beaux quartiers qui vire schizo et décapite une femme... Symbolique ? Contre-poids pour dire que mêmes chez les riches on peut déraper ?
Tout cela donne un sentiment de superficialité.
Il me semble que la dimension critique du roman est sacrément partielle et qu’au final à moins d’avoir un gros minimum de sens critique et de bagage politique, on sort de cette lecture impressionné par le péril intégriste qui menace les juifs (mais pas qu'eux). Et terriblement pessimiste.
Moi aussi, avec le même genre de procédé, je peux vous faire fliper votre race au sujet de l'extinction du polar au profit des thrillers commerciaux.

Par JuKal, le 13 Janvier 2007
Thierry Jonquet s'invite dans les banlieues. Dans une ville imaginaire, Certigny, mais située dans le 9-3. Une jeune prof va faire ses premières armes dans le collège de cette cité. Et nous allons découvrir en même temps qu'elle la réalité de la ville. De ses quatre quartiers et des forces qui les dirigent, qui s'y opposent. Nous progressons au travers de la vision des différents acteurs concernés, les truands, le procureur, et quelques gamins perdus, ballotés entre leurs parents, la religion, le collège, les journaux télévisés et leurs propres doutes... Pas facile.
C'est un roman noir et les choses vont aller de mal en pis pour les uns et les autres, la "crise des banlieues" de 2005 venant amplifier la violence déjà présente au quotidien.

Thierry Jonquet ne nous fait pas de cadeau, il ne nous fait pas croire que tout pourrait s'arranger d'un coup de baguette magique. Son histoire est dure, horrible, et à chaque page tournée, on se dit que tout ne peut qu'empirer. Sans qu'on n'arrive à l'imaginer.
Ce n'est pas d'une autre planète, d'un autre monde, dont Jonquet nous parle, non, c'est près de chez nous. Chez nous. Il grossit peut-être le trait, concentre les problèmes dans un petit périmètre mais il nous offre une image à peine déformée de ce qui s'y passe, de ce qui pourrait s'y passer. Du désespoir qui y règne, de la perte de repères de sa jeunesse.
Il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce qu'il nous raconte, tout ce qu'il nous décrit, mais il s'agit bien d'une mise en garde. Il a lui-même été rattrapé par la réalité pendant l'écriture de son livre, les banlieues se sont soulevées, les quartiers de certaines villes de France se sont révoltés...


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