Edition originale :
Fleuve Noir / Engrenage - Octobre 1984
Rééditions :
Dernière édition poche : Rivages / Noir - Mai 1995
Autres éditions :
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Bénin en apparence, l’inspecteur Katz possède du félidé homonyme une détente sournoise et implacable. À pattes veloutées, il tourne autour de grands truands qui, après avoir volé un tas de bijoux, se le dispute sans pitié. Katz attend son heure pour lancer ses griffes. Mais dans la police, Katz est parrainé — et surveillé — par son frère aîné, le commissaire Lantier, un vieux matou pelé mais sagace...
Le bureau n’avait rien de luxueux, le mobilier non plus. Il y avait des pin-up punaisées aux murs dégueulasses, des plinthes au plafond, des mignonnes et des tas de merde, des efflanquées comme des rossinantes promises à l’équarrissage, et d’autres qui exhibaient des cuisses épaisses comme des jarrets de bœuf, et qui souriaient toutes, de toutes les manières possibles et imaginables, comme si de leur sourire leur survie dépendait dans l’instant. De milliers de mouches leur avaient chié dessus depuis trois quarts de siècle, chié sur leurs nichons et leurs culs, sur les signatures en travers, au hasard d’une joue pleine, criblé une paupière, au détour d’un cou gracile (...)
par Patrick Galmel, le 18 février 2007
Katz est un flic ripoux, un de ceux qui en croquent, qui couvrent, qui ferment les yeux, qui s’arrangent en échange d’enveloppes plus ou moins garnies. Il est un servant de la petite pègre : proxénète, dealer, et à ce titre n’obtient d’eux aucun respect. Il est un parmi la vermine de la nuit, pas loin du bout du rouleau...
La linéarité n’est pas le propre de l’écriture d’Hugues Pagan, en tout cas pas dans ce roman. Il faudra du temps pour se faire une idée d’ensemble du tableau qu’il dresse sous nos yeux de lecteurs, et plusieurs fois on aura l’impression de s’être perdu, d’avoir loupé quelque chose.
Hugues Pagan procède par touches successives, ou par flashes plutôt. Il met en scène la nuit, celle des flics et de ceux qu’ils combattent. Dans cette nuit sombre, opaque, il envoie des éclairs, aveuglants, qui révèle un décor, une réalité, des personnages, s’évanouissant bien avant qu’on ait eu le temps de comprendre, de les assimiler. Pagan va vite et c’est parfois déstabilisant.
Et pourtant, comment lâcher cette lecture, comment ne pas suivre ce flic sur le fil du rasoir, la rage au ventre, solitaire — comme il se doit —, pessimiste. Affaire de style sans doute...
Hugues Pagan connaît la musique — cette petite musique de nuit — pour l’avoir jouée plus souvent qu’à son tour, en vrai. Alors, Katz, ripoux ?.. Non, sans doute pas, mais la vie qui l’entoure, oui. Finis les truands au grand cœur et au code d’honneur, vivent les années quatre-vingts : chacun pour soi, tous les coups sont permis, y compris les grands coups de bottes dans la fourmilière. Quant à la police, elle est logée à la même enseigne.
On a l’impression de ne pas beaucoup voir le jour dans ce roman, mais c’est sans doute voulu. Les frontières sont floues, la nuit sied mieux au portrait que dresse Hugues Pagan. Sous le soleil, on essaie de garder un semblant de respectabilité. Là, non.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Hugues Pagan est à n’en pas douter un auteur à explorer, sachant tout de même que c’est la noirceur qui l’accompagne.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par JuKal, le 24 Mai 2008
Hugues Pagan poursuit son exploration de la ville, de ses côtés sordides ou inavouables. Et de la police qui se débat pour mettre un peu d'ordre dans le désordre, en se perdant parfois, en franchissant les limites qu'elle veut imposer aux autres.
Katz est un flic sur le fil, infréquentable, franc-tireur, solitaire. Qui s'enfonce un peu plus chaque jour.
"Des voitures roulaient dehors, dans la rue, il les entendait à peine. Un néon palpitait et incendiait par intermittence les hautes vitres de l'atelier, mauve et tarabiscoté, mais il ne le voyait pas, il en avait seulement conscience, comme il avait conscience de ceux qui rôdaient dans la nuit, inlassables, et tissaient leurs toiles, habiles et patients ou maladroits et furtifs, de toutes les manières promis au même sort, bientôt happés et englués, piqués par les autres habitants de l'ombre, sucés, vidés, et Katz au petit matin retrouvait leur enveloppe livide sur le marbre de l'institut médico-légal, et il fallait encore les ouvrir, les découper, à moins qu'on dût se livrer à une séance de puzzle macabre, la nuit était une mer qui déposait sur la grève ses restes au petit matin, quand la lumière grise et sans relief tombait d'en haut et se dissolvait, et ne détaillait rien, une mer sans conscience, sans mémoire, sans remords. Sans haine."
Katz est un flic détruit qui s'est approché trop près de ce contre quoi il luttait. Qui s'est laissé casser par son métier...
Alors, bien sûr, on se perd un peu au début du roman, on ne sait parfois plus où l'on en est. Mais les personnages sont comme nous, la réalité les dépasse, ils n'en connaissent qu'une partie et c'est déjà trop. Pagan ne nous perd jamais complètement et on finit par se repérer dans cet univers où les sentiments de chacun, des sentiments exacerbés, n'ont pas leur place. Il faut faire taire les moindres faiblesses qui pourraient nous perdre.
Le style de Pagan est à la mesure de ce qu'il raconte, fort et désespéré. Prenant pour peu que l'on soit prêt à s'enfoncer dans les côtés sombres de la société, dans la noirceur qui va de pair avec l'homme, avec tout homme.
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