traduction (américain) : Etienne Menanteau
Edition originale :
Seuil Policiers - Février 2007
Rééditions :
Dernière édition poche : Seuil / Points policier - Avril 2008
Autres éditions :
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Enfin sorti de prison, Lorenzo Brown, presque la quarantaine, revient dans son ancien quartier de Park View, à Washington D.C. Engagé par la Humane Society, il s'occupe des chiens maltraités, mal nourris ou, pire, entraînés pour des combats interdits. Décidé à ne pas retomber, il fait bien son travail et évite l'argent facile gagné par ses anciens amis, Nigel Johnson et Deacon Taylor, devenus des patrons de la drogue.
Rachel Lopez, elle aussi, aime et fait bien son travail. Contrôleuse judiciaire, elle s'applique à aider les détenus qui sortent de prison, dont Lorenzo. Mais, le soir venu, elle fréquente des bars pour y chercher l'amour et se perdre dans l'alcool. Lorenzo, qui s'est pris d'amitié pour elle, comprend vite comment tout cela risque de se terminer. C'est alors qu'une querelle de territoire en Johnson et Taylor précipite l'inévitable.
Lorenzon Brown ouvrit les yeux. Contempla les fissures du plafond en plâtre et reprit ses esprits.
Il ne se trouvait pas dans un lit de camp, mais au fond d'un vrai plumard bien propre. Dans un appartement dont les portes s'ouvraient et se fermaient à volonté. Dans un appartement où il pouvait se déplacer à sa guise.
Il balança les pieds par-dessus le bord du matelas. Sa chienne, une bâtarde de taille moyenne qui répondait au nom de Jasmine, se leva de son coin de tapis, s'étira et s'ébroua. Et vint le voir en faisant cliqueter ses griffes sur le plancher et posa le museau sur son genou. Il la frotta derrière les oreilles et lui flatta les flancs (...)
par Patrick Galmel, le 24 février 2007
Lorenzo Brown a purgé sa peine. Après huit années passées en prison, il retrouve son quartier à Washingron D.C., ses anciennes connaissances aussi, des amis d'enfance devenus les caïds du coin, organisant chacun sur son territoire le trafic de drogues.
Lorenzo a changé, son séjour en cellule l'a marqué, il s'est assagi et n'aspire aujourd'hui qu'à une vie tranquille : un boulot, une famille peut-être... Heureusement pour lui, il s'est trouvé un emploi à la fourrière municipale, il passe son temps dehors à venir en aide ou à surveiller les conditions de vies des animaux du district.
Rachel Lopez est son agent de probation, celle qui contrôle les détenus en liberté conditionnelle. Pour elle Lorenzo est plus que sur la bonne voie...
Les années passent... et le monde bouge, même à Washington. Dans ce nouvel épisode consacré à la ville qui l'a vu naître et dont il a fait le cœur de son œuvre, George Pelecanos met en scène Lorenzo Brown qui, au sortir de huit années passées en prison pour trafic de stupéfiants, tente de (re)trouver une vie normale sous l'œil vigilant de Rachel Lopez, son agent de probation. Heureusement pour lui, Lorenzo a de quoi occuper ses journées, et pas seulement un petit boulot de merde habituellement réservé aux anciens détenus : il s'occupe du bien-être des animaux, strictement règlementé à Washington (!). C'est sa chance.
Pelecanos nous présente des gens ordinaires dans une vie ordinaire. Il semble même que la violence ait reculé dans les quartiers défavorisés de Washington, que les guerres de gang soient terminées, même si les trafics perdurent, mais ceux-ci s'organisent dans une espèce de ronronnement tranquille. L'auteur calque son roman, le rythme de son récit sur la vie de ces quartiers, une vie plutôt morne où rôdent l'ennui, le chômage, la drogue, les séquelles d'une misère sociale. La violence, les bandes, ont reflué, les habitants se sont résignés, acceptant la nuit tombée que leur environnement soir livré aux trafiquants.
Certains, passés par là, par la prison, essayent de s'en sortir, de se racheter une conduite, tant bien que mal, d'autres tentent de les y aider, mais la législation est stricte, là aussi, les contrôles draconiens : il faut un boulot, régulier, et pas question de toucher à la drogue, même si elle est omniprésente. Le tableau n'est pas reluisant. Il semble bien que l'administration américaine ait plus de considération pour les animaux que pour certains de ses concitoyens. Parmi ceux-là, les femmes étant les plus mal loties. Souvent seules, avec enfant, mais aussi avec des lois qui leur interdisent, en tant qu'ex-toxicos, l'accès aux aides sociales, les renvoyant inexorablement dans la spirales de trafics, de la drogue, voire de la prostitution pour s'en sortir puisque de boulot il n'y a pas. Au point que certaines préfèrent encore la prison au "confort" du dehors. La vie est dure en bas d'une échelle qui n'a plus de barreaux...
Cercle vicieux encore, celui de la violence. Pelecanos en fait un cancer qui dissémine dans le corps social. Pour lui le mal est fait, depuis longtemps. La bête est là, endormie parfois, mais toujours prête à bondir. On ne se sort pas de la violence, comme on ne se sort pas de la drogue, comme on ne se sort pas de l'alcool, ou difficilement.
Drama City est aussi un roman autour de la rédemption, des tentatives de certains de se sortir de ce cercle vicieux, des ces cercles vicieux. Il en montre la difficulté, voire pour certain l'impossibilité. Certaines maladies sont incurables...
Pelecanos ne juge pas. Il montre. Il ne prend pas parti non plus.
Sa démonstration passe par des personnages qu'il sait rendre particulièrement attachants dans leur quotidien, leur banalité, mais on peut être "déçu" par cette approche.
Au fil des romans, l'auteur s'éloigne du polar proprement dit pour prendre une couleur plus "sociologique". Ici, l'intrigue, si intrigue il y a, n'apparaît qu'après une bonne moitié du récit, en filigrane, reléguée loin au second plan.
Si le sujet est grave, l'image présentée bien sombre, le constat amer, il manque comme le souffle. On ressent chez l'auteur une sorte de résignation, bien compréhensible fasse au spectacle donné. Pelecanos endosse le costume du spectateur, attentif, mais impuissant.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
L'œuvre de George Pelecanos est à considérer dans son entier. Chaque roman est une nouvelle image donnée de la ville de Washington et par extension de la société américaine. À travers ce prisme particulier il explore les époques mais aussi et surtout ceux qui les traversent.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Strangebutterfly, le 7 Mars 2009
"Drama City" est un très bon Pellecanos, même si il est vrai qu'il serait maladroit découvrir cet immense auteur par ce biais. Son dernier ouvrage "Les jardins de la mort" serait un choix beaucoup plus judicieux à mon avis.
Ce que j'aime en tout cas chez Pellecanos, c'est cette écriture limpide, et surtout l'omniprésence de cette ville que l'on croyait connaitre auparavant, sans que cela ait été réellement le cas.
Pellecanos est franc du collier, intègre et disséque les comportements humains (en particulier de la population noire) avec delectation. C'est un vrai régal.
Par Paper Street Soap, le 28 Février 2009
Je l'ai posé hier.
Découvrir, ouvrir et lire un Pelecanos est toujours un plaisir. Drama City n'y échappe pas.
Ici, Lorenzo Brown, ex taulard, entame sa reconversion en protégeant les animaux dans les quartiers difficiles de Washington. Personnage principal, il s'éclipse de temps en temps pour laisser l'histoire à Rachel Lopez, sa contrôleuse judiciaire en proie à des soucis d'alcools et en mal d'amour. Eux mêmes laissant la place à Niggel Johnson, Deacon Taylor, dealers et Sergent Pettersson, policier. Ainsi que de nombreux autres personnages, vies minuscules prisonnières d'un quotidien sombre, au but dérisoire et à la finalité implacable.
Pelecanos instaure ici un faux rythme, laissant le quotidien prendre place. Il sait, ils savent, nous savons comment cela va se terminer. Et pourtant personne ne s'arrête, tout le monde avance, sans se retourner, ou si peu ....
Drama City se déguste d'une traite, comme un air de musique, un café, une cigarette ... Toujours cette écriture limpide, ce style juste et drôle (les dialogues chez les Narco Anonymes, ces seconds rôles ...), cette justesse de ton, cette humanité qui fait du plus beau salop un mec attachant et cette analyse critique. Mais pour une fois, j'ai trouvé cela convenu, trop attendu. A force de voir venir cette fin sans doute, qui quand elle arrive ne porte plus autant.
Par Ive, le 3 Août 2008
Je n'irais pas dans le même sens que vous. C'était mon premier Pelecanos, et j'ai été déçu. Je n'aurais sans doute pas du commencer par celui-là. J'ai trouvé l'histoire banale, je n'ai rien trouvé de vraiment dramatique dans cette histoire.
Par MacOliver, le 16 Juillet 2008
Une fois de plus Pelecanos fait mouche ! Un roman qui ne semble pas en être un. On a presque l’impression de lire une brève de la rubrique des faits-divers du Washington Post. Une histoire rien de plus banale. Un ancien taulard, libéré sur parole, qui essaie de retrouver une vie normale. Un officier de probation, alcoolique, qui se bat contre les démons du passé, pour pouvoir faire son boulot chaque jour. Quelques coins de rues aux mains des dealers. Des guerres d’influences des mêmes dealers pour s’approprier un territoire plus grand. Tout un tas de choses que l’on a l’impression d’avoir lu cent fois ! C’est sans compter sur le talent de conteur de Pelecanos. Washington n’est pas qu’une ville sous sa plume, c’est un être vivant ! Les rues sont des artères et des veines, la vie des quartiers bat le rythme. Son talent est grand. On a l’impression d’être client des boutiques, d’être au volant des voitures, de vivre dans les immeubles. Des descriptions quasi poétiques. Dépaysement total comme à chaque fois. Pelecanos a écrit avec "Drama City" les lignes que les journaux n’impriment jamais lorsqu’ils relatent des faits-divers. Il écrit la vie, les sentiments, les espoirs de ces personnes qui ne sont souvent considérées que comme venant remplir les statistiques.
Un roman de Pelecanos on ne fait pas que le lire, on le sent, le ressent, le vit ! Et il reste en mémoire, devient un compagnon pour un petit moment.
À lire avec en fond sonore la BO de la série The Wire (pour laquelle il écrit des scénarios) ou un album de Curtis Mayfield.
Par La Loche, le 3 Juillet 2008
Pelecanos par l'intermédiaire d'un repris de justice qui bosse à la "fourrière", d'une "assistante sociale" qui s'occupe de suivre les repris de justice et de quelques gaziers d'un gang de dealer dépeint les "paumés" de Washington. "Drama City" est un livre sur la société, les populations laissées sur le bord de la route et l'être humain balloté au milieu de tout ça... alors bien sûr ça cause de drogue, de famille brisée, de têtes pleines de conneries et de violence, cette violence qui couve et qui est d'autant plus prête à crever la surface que le tissu sociale est fin... Une fresque sociale noir avec une bande son pas piquée des hannetons (on ne sera pas sans en reparler sur Dj Duclock, on a déjà commencé à en causer dans l'auditorium de Pol'art Noir).
Il ne se passe quasiment rien dans "Drama City", Pelecanos y égrenne la vie de tous les jours qui nous en apprend pas mal sur la ville (enfin un quartier de la ville) et une partie de ses habitants - que l'on ne se méprenne pas, on ne s'ennuie pas un pet à la lecture de "Drama City" - et puis il y a le drame, forcément, que l'on voit se mettre en place. ça fait deux jours que j'ai refermé le bouquin et je n'ai rien envie de faire d'autre (point de vue lecture) que de me plonger dans un autre Pelecanos.
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