Michael Collins Edition poche Edition originale note Michael COLLINS

Les Âmes Perdues

traduction (américain) : Jean Guiloineau

Edition originale : Christian Bourgois - Mars 2004
Rééditions :
Dernière édition poche : Seuil / Points - Mars 2005
Autres éditions :


Genre :

Thème abordé :

Personnages :

Lieu :
Etats Unis

Époque :
Années 2000

Style :

Poids du roman :
250 à 400 pages



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

Le soir d'Halloween, le corps d'une petite fille est retrouvé, heurté par une voiture qui n'a laissé que des traces de pneus dans un tas de feuilles mortes. Stupeur et malédiction s'abattent sur cette petite ville du Middle West qui, grâce à son équipe de football, allait enfin sortir de sa torpeur. Si le joueur vedette de l'équipe est impliqué dans ce meurtre, la ville n'a plus d'avenir.
Michael Collins est né en Irlande et c'est peut-être ce qui lui donne un point de vue si étrangement lucide sur la vie américaine. Il décrit ses exagérations et ses absurdités avec un style froid et précis, brillant. Cette maîtrise du style, du temps et du lieu donne aux Âmes Perdues une vitalité curieuse et envoûtante.


Les dix premières lignes :

Il était plus de minuit quand je suis rentré chez moi, la nuit d'Halloween. La lumière des phares a balayé la cour. On avait décoré la maison avec du papier-toilette. Je suis descendu de voiture et j'ai vu que les gosses avaient décoloré la pelouse pour écrire le mort PORC. L'air sentait le détergent chimique. J'en avais l'habitude. En tant que représentant de l'ordre dans la ville, j'étais la cible des farces, des jeux d'initiation des adolescents, de leurs premiers actes de révolte. Je m'entendais bien avec les gens, surtout depuis mon divorce. Quand ma voiture n'était pas là les gosses savaient qu'il n'y avait personne chez moi, à part mon chien Max (...).


Un avis personnel :

par Jan Thirion, le 1er mars 2006

Michael Collins a le don pour donner chair à ses personnages et les rendre humains. Même les plus pourris, les plus salauds nous tirent un peu de compassion. Ils sont grotesques, se débattent dans des plans souvent foireux qui finissent par se retourner contre eux. C'est encore une fois le miroir tendu à la société américaine qu'il nous est permis de voir. Mais ça pourrait se passer aussi bien sous nos latitudes. Nous ne sommes pas avares non plus en lâcheté et en hypocrisie. On pourrait croire même que c'est le ciment de nos sociétés modernes.
Nous sommes à quelques jours d'un quart de finale de football américain. C'est la première fois que cette petite ville de rien du tout atteint ce niveau, avec un bel espoir de l'emporter. C'est la première fois qu'elle se retrouve propulsée sous les projecteurs. Ce qui veut dire gros retour sur investissement. La presse va débarquer, suivie des touristes, suivis des entreprises. L'argent copine avec la notoriété, et bientôt coulera à flots.
Problème, une fillette écrasée sous une voiture, et le joueur vedette de l'équipe, un étudiant, serait le responsable. On demande au flic le plus con de la ville, telle est sa réputation, de mener l'enquête et surtout de l'étouffer. On lui fait comprendre que des intérêts supérieurs priment sur la vérité. On lui promet de l'avancement. Mais le tort de sa hiérarchie est de lui avoir suggéré ce qu'il devait faire à mots couverts. Comme il est con, il comprend de travers et va consciencieusement mener son travail d'enquête, malgré les menaces qui passent au-dessus de son entendement, et les emmerdements qu'on lui faits et qu'il est bien en mal d'associer à sa mission.
Autres morts suspects, révélations, coups tordus, rebondissements, notre héros policier ne lâche pas son os. Il ira jusqu'au bout. Jusqu'à faire dégringoler tout le monde autour de lui. Mais, cette homme simple, cache son désespoir par le travail. Sa femme l'a quitté, avec leur petit garçon, et il n'est autorisé à le voir qu'à de trop rares moments.
Si l'ironie fait mouche ici, comme dans les autres romans de Michael Collins, elle n'est jamais mordante. La méchanceté n'est pas la matière première de ses fictions, qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à nos existences. Son matériau de base serait plutôt la lucidité.


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D'autres livres de Michael Collins, tous en Points Seuil, La Filière Émeraude, Les Gardiens de la Vérité, ou Les Profanateurs, les deux derniers aussi bons que celui-ci.



Ce qu'on en dit sur le forum de Pol'Art Noir :

Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...

Par Gemini, le 27 Juin 2008
En lisant "Les Ames Perdues", des bouts d’ambiance du film Copland de James Mangold et du roman "De Beaux Lendemains" de Russell Banks me sont revenus en tête. Les salauds ordinaires de chez Jim Thompson aussi, tout comme le maire pourri des Dents de la mer qui veut préserver la bonne image de sa ville à tout prix. « Un rêve américain où l’honnêteté et le dur labeur sont récompensés. »
On retrouve tout ça dans l’histoire que plante Michael Collins autour de la mort d’une petite fille de trois ans, retrouvée sur le trottoir dans un tas de feuilles, écrasée par une voiture.
Les évènements qui vont s’enchaîner dans cette petite bourgade américaine, à l’ombre de la grande ville Chicago, vont mettre en avant les failles et les contradictions d’une société moderne, tout comme les faiblesses des individus. Par leur lâcheté et leur compromission, le maire, le commissaire et le flic chargé de l’enquête vont faire entrer la tragédie dans le doux rêve américain. « Nous ne recherchions pas la vérité mais le mythe. » On suppose une terrible mais non moins banale magouille qui va engloutir beaucoup de monde, avant que Michael Collins ne nous retourne comme une crêpe à la fin du bouquin.
Portrait de l’Amérique, avec Halloween, Jane Fonda et ses cassettes de gym, les grosses bagnoles et l’industrie qui a abandonné les villes en laissant son cortège de misère. Portrait d’individus désillusionnés qui se raccrochent à la religion, à un championnat de base-ball pour rêver, et comblent leurs manques par une malbouffe croissante, chacun se dépatouillant avec sa vie, son divorce, ses rêves avortés.


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