Edition originale :
Ravet-Anceau - Mars 2007
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Dernière édition poche :
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Venu se reposer dans une petite ville de Picardie, Roland Mesclin va vivre un vrai cauchemar. Sa semaine de vacances se transforme en descente aux enfers. Agressé, séquestré, accusé de plusieurs meurtres, ce quadragénaire parisien se retrouve mêlé malgré lui à une histoire de fous. Victime considérée comme coupable par la gendarmerie et les habitants, il va devoir prouver son innocence.
Lundi
La lueur du matin s’infiltre à travers mes paupières closes. Le coussin est chaud, il sent bon, l’air est un peu frais, un peu humide, je n’ai pas envie de quitter l’oubli et l’édredon.
Mais l’évidence est là, la journée a commencé et tous les efforts pour ignorer l’heure buttent sur les minutes qui s’envolent et la conscience lancinante d’affronter la lumière (...)
par Patrick Galmel, le 17 avril 2007
Roland Mesclin est en vacances, à l’écart du monde, de sa femme, de ses enfants, de son boulot ; il y a des moments où on a envie de faire le point.
Après plusieurs jours d’inactivité passive, il se décide à sortir de la petite maison qu’on lui a prêtée pour l’occasion et tente une promenade à travers la plaine picarde. Les pieds dans la glaise, la tête dans les étoiles, il est bientôt "réveillé" par un coup de fusil, puis par un chien qui le guide fébrilement vers un cadavre, celui d’une femme...
Vacances Picardes est un étrange voyage durant lequel Philippe Sturbelle choisit de plonger son narrateur dans un bouillon de catastrophe et son lecteur dans des abîmes de perplexité.
Roland Mesclin se retrouve pris dans une spirale infernale qui le mène de la découverte du cadavre d’une femme au statut de principal suspect de son assassinat. On pourrait se croire parti dans un nouvel épisode de "seul-contre-tous", mais au fil des pages le décalage se fait et voilà bientôt notre homme qui tombe amoureux de la fliquette qui le surveille :
"Elle soutint mon regard. Et si je lui prenais la main, si je l’embrassais, si je... Ce n’est pas possible d’avoir de telles pensées, elle fait partie de la gendarmerie quand même. La gendarmerie ! On ne baise pas avec la gendarmerie, un peu de dignité !"
Puis il en vient à croiser d’étranges personnages tandis que les cadavres continuent à s’accumuler autour de lui. On se demande où on va, où on nous entraîne, et finalement, c’est l’auteur lui-même qui offre les pistes en se dévoilant :
"— Je vous l’ai déjà dit. Je suis un grand timide et j’ai peur d’affronter la réalité alors je me dissimule derrière des pitreries. C’est aussi une façon d’aveugler ma détresse et de soulager la brutalité dans laquelle je vis."
Ou plus loin :
"L’ensemble dégageait une impression ésotérique d’ordre et de trouble, un curieux mélange de maîtrise et d’exubérance qui provoquait un sentiment contradictoire d’inquiétude et d’attirance."
Et encore :
"Oui, votre installation est, je ne sais pas, bizarre, originale, plutôt réussie, mais pourquoi faire, et que suis-je au milieu de tout cela ? Je ne comprends rien à ce que vous manigancez, je ne vous ai rien fait."
Au final, tout est dit — ce sont parfois les auteurs qui parlent le mieux de leurs livres — et l’ensemble est plein de saveurs revigorantes, étonnantes, toujours teintées d’un humour en porte à faux :
"— Au revoir (...), ce ne fut pas toujours un plaisir, mais c’en fut un quand même, insolite et décapant."
Ah, une dernière chose tout de même, et pas des moindres : Vacances Picardes est remarquablement bien écrit.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Dans cette série "seul-contre-tous" et également passablement déjanté, on pourra s’offrir un détour en compagnie de Jan Thirion et d’Ego Fatum qui livre de même un homme seul dans la cage aux lions ; à moins que ça ne soit dans un panier de crabes...
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Le Cafuron, le 29 Septembre 2007
Philippe Sturbelle nous livre un roman impeccable sur bien des points : une écriture bien léchée, virevoltante et surprenante. Une forme et une intrigue déroutantes. J'avoue qu'il y avait longtemps que je n'avais pas été surpris par un livre. Une ambiance de labours et de pulpe de betterave du nord qui vous prend aux tripes. Tout tient dans une progression savamment orchestrée. On part pour un polar classique, avec le petit gars un peu paumé, un peu trop contemplatif, auquel on peut s'identifier (ce fut mon cas sur quelques pages…). Et puis il lui arrive les trucs habituels : il découvre un cadavre, les gendarmes le soupçonnent. Normal. La gendarmette ne le laisse pas insensible, normal. Puis peu à peu, il se retrouve au centre d'une histoire tellement loufoque que là on se dit : "Ça y est, on est dans de la pure fiction !" Mais le tout monte en intensité, à l'intérieur d'une spirale infernale (je pèse mes mots…) et on finit par regretter de s'être identifié à "Monsieur Mesclin". Non, je n'irai pas en vacances en Picardie, je ne ferai plus de vélo dans les bois, je n'irai plus mettre mon nez dans des histoires qui ne me regardent pas. Non, non, non, plus jamais !
Bref, un super petit (par la taille) polar que je vous invite à découvrir !
Et, j'allais oublier : des scènes de bistrot qui rentreront dans mon Panthéon personnel. Le père Ubu derrière le bar, Michel, la "caisse de résonance du patron" à portée de voix… Je vous l'avoue, j'ai éclaté de rire à la lecture de certains passages !
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