Edition originale :
Fleuve Noir - 1984
Rééditions :
Dernière édition poche : Rivages / Noir - Octobre 1999
Autres éditions :
Fleuve Noir / Engrenage - Mars 1997
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La ville grésillait sous le soleil blanc, comme du lard rance dans une poêle. Les flics de la criminelle « B » glandaient. Ils attendaient les vacances.
Au téléphone, l’homme avait adopté un ton étrange, monocorde et pénible. Il avait dit d’une seule traite : « Prévenez l’inspecteur Schneider. Je vais tuer une femme. Une femme, n’importe laquelle pour commencer. Je vais utiliser une carabine US M1 en calibre 30x30. Je vais la tuer maintenant, dans dix minutes… J’en tuerai d’autres, certainement, avec la même arme. Prévenez Schneider, voulez-vous ? » Le gardien de permanence prévint Schneider, qui cessa d’attendre les vacances.
La ville — la grande ville —, ça vous rit au nez, avec ses toits et ses rues poussiéreuses dans la nuit, et n’en attendez pas la plus petite faiblesse, ça se fout de votre gueule, un peu comme une merveilleuse, une inaccessible putain… La ville, ça scintille doucement sous son globe laiteux, ça vous court entre les doigts, ça vous a des agaceries de chatte, des mélancolies de barrière, des amertumes sèches de terrain vague, ça vous susurre dans le creux de l’oreille des choses vaches et tendres, des histoires épuisantes de pluie tiède et de sang, de trottoirs profonds et de nuits incertaines, rien que pour vous, des histoires lentes et vastes, alanguies comme des slows, hautes et désertes comme des entrepôts vides, des lambeaux de cornets d’une imprévisible et déchirante douceur, des pans entiers d’orgues crayeux…
(...)
Et c’est là que vous avez rendez-vous avec elle et vous n’y pouvez rien du tout. Au cœur de la nuit.
La pire de toutes : une nuit d’été (...)
par MacOliver, le 26 avril 2007
Canicule. Le temps est insupportable. La ville est invivable. Schneider et ses hommes de la criminelle « B » attendent la fin du service. Un appel anonyme au standard de la police invite à prévenir Schneider de l’imminence de la mort d’une femme. L’homme qui appelle annonce qu’il va tuer une femme au hasard. Et puis d’autres après. Il faut prévenir Schneider… L’appel ne semble pas bidon. D’autres affaires doivent être traitées en priorité, on verra si l’homme rappelle.
Et il rappelle. La femme a été abattue comme il l’avait décrit. Avec un fusil de sniper, avec les munitions annoncées. Aucune piste. Il va recommencer. C’est sûr. Obligé de gérer le fou, ses autres affaires et sa hiérarchie, Schneider navigue dans la ville, la chaleur.
Un roman très court, qui s’inscrit dans la veine de Dernière Station avant l'Autoroute et de L'Étage des Morts. On y retrouve les quatre personnages fétiches de Pagan : la ville, la nuit, le flic et le blues. Cette fois ci le flic a un nom : Claude Schneider. Mais il a beaucoup de points communs avec les flics des deux autres romans cités : ancien d’Algérie, commando, chef de groupe à la brigade criminelle, incapable d’avoir une relation amoureuse normale, fana de blues, fumeur invétéré. On retrouve aussi la ville, tentaculaire et impitoyable. La nuit, à la fois enfer et refuge. Le blues enfin, seule lumière, seule bouée, seule issue.
J’ai été un brin déçu par ce polar. Bien sûr le style inimitable de Pagan est toujours là, vif, percutant et si agréable à lire, mais l’intrigue n’est pas à la hauteur de Dernière Station... par exemple. Une histoire de vengeance que seul Schneider peut résoudre. Absolument seul. Au risque de tout perdre. Pagan est désabusé, son flic aussi. On a l’impression d’avoir déjà lu tout ça. Dommage. À lire néanmoins pour l’ambiance qui est excellente. Les passages sur la ville sont à couper le souffle, pleins de noirceur et de désespoir.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Les autres Pagan sont meilleurs, du moins Dernière Station... mon préféré pour l’instant. Avec du blues en fond sonore. La qualité des intrigues est inégale, mais l’ensemble est incroyablement riche. C’est noir et désabusé, aucune issue, il faut sombrer avec lui, dans la ville et la nuit…
Schneider est également présent dans un autre roman d'Hugues Pagan : La Mort dans une Voiture Solitaire.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par JuKal, le 29 Mars 2008
La criminelle "B" est de permanence. La criminelle "B", c'est celle que commande Schneider, le flic plus que désabusé que Pagan nous avait présenté dans son premier roman, La mort dans une voiture solitaire. Et comme à chaque fois que la "B" est de permanence, de sales affaires pleuvent. La poisse ! D'autant que le temps est à la poisse, avec la canicule qui s'est abattue sur la ville. De sales affaires qui s'acharnent sur Schneider, qui lui en veulent personnellement. Le viol de la maîtresse de Catala, l'un de ses équipiers, et un fou qui zigouille les femmes au hasard à la manière d'un tireur d'élite et qui adresse des messages à Schneider.
Pagan nous offre une plongée dans un commissariat, avec le tout venant et les plus grosses affaires que doivent se coltiner les membres de la criminelle. C'est un roman court mais quand c'est du Pagan, court ou pas, cela reste un plaisir à lire. Il n'approfondit pas les différents événements, reste en surface, avec la chaleur et les affaires qui se succèdent, les flics n'ont pas le temps, Pagan non plus.
C'est un plaisir léger que nous offre le romancier, un plaisir qu'il serait dommage de bouder. Une prose d'une telle qualité est tellement rare !
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