Marin Ledun Edition poche Edition originale note Marin LEDUN

Modus Operandi


Edition originale : Au Diable Vauvert - Avril 2007
Rééditions :
Dernière édition poche : Le Livre de Poche - Mai 2008
Autres éditions :


Genre :
Roman noir
Thriller
Polar social

Thème abordé :
Psychologie

Personnages :
Flic

Lieu :
France

Époque :
Années 2000

Style :
Littéraire

Poids du roman :
250 à 400 pages



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

« Cette ville pue la mort, marmonne l'inspecteur Éric Darrieux, adossé à la portière de sa vieille Peugeot. Tu m'entends, Grenoble ? Le mort par tous les trous ! Plus de quarante ans que je roule pour toi. Quarante ans que j'use mes semelles dans tes rues et tes escaliers en or gris. Et que m'as-tu donné en échange ? »

Marginal, opiniâtre et alcoolique invétéré, Éric Darrieux enquête sur des disparitions d'enfants à Grenoble. Témoins fuyants, preuves confuses... À travers les brouillards de l'alcool, il poursuit un passé tourmenté dans les méandres de la mémoire urbaine.


Les dix premières lignes :

« Cette ville pue la mort, marmonne l'inspecteur Éric Darrieux, adossé à la portière de sa vieille Peugeot. Tu m'entends, Grenoble ? Le mort par tous les trous ! »
Dimanche 15 janvier 2006, une avenue, quelque part entre un bar et son appartement.
« Plus de quarante ans que je roule pour toi. »
Darrieux siffle le fond de sa bouteille de whisky. Les immeubles valsent autour de lui. Il tente de se retourner, trébuche sur le trottoir et se fend la lèvre supérieure sur le capot. Les mains à plat sur le bitume gelé, il étouffe un juron et part à la recherche des ses clefs.
« Quarante ans que j'use mes semelles dans tes rues et tes escaliers en or gris. Et que m'as-tu donné en échange (...) »


Un avis personnel :

par Patrick Galmel, le 03 juin 2007

Ça ne va pas très fort pour l'inspecteur Éric Darrieux. Le voilà confronté à une enquête difficile, psychologiquement, pour lui déjà fragile, à la limite... Une disparition d'enfant qui ne ressemble pas à une fugue, puis une seconde. Deux adolescents fréquentant le même collège du quartier des Eaux Claires à Grenoble, ce collège dans lequel lui-même a étudié quelques années plus tôt. Darrieux se remémore son enfance, il pense à sa femme, à ses filles, dont il s'est isolé le temps de résoudre ce dossier. Seuls les antidépresseurs et la bouteille de whisky l'accompagnent, souvent ensemble. Un ménage à trois...
Avec l'accord de sa hiérarchie et compte tenu de sa connaissance du terrain, il est convenu que l'inspecteur travaillera seul et en sous-marin, un parallèle à l'équipe d'enquête officielle :
"— Tu es plus efficace dans ces conditions, de toute façon. Tu es un papillon de nuit, Éric, tu n'aimes pas la lumière."

Marin Ledun entame son récit par la présentation d'un personnage de flic qui est loin de respirer la santé. Éric Darrieux apparaît vite comme un homme fragile, mal dans sa peau, qui se débat dans un univers glauque, sombre, et pas vraiment rassurant. D'ailleurs, son environnement n'a rien à lui envier et Grenoble, sous la plume de l'auteur, prend une drôle de couleur :
"Voie sans issue pour les demandeurs d'emploi, carrefour de trois vallées industrielles plus sinistres les unes que les autres et rendez-vous des sinistrés de l'or blanc, voilà ce qu'est Grenoble. Une ville où les alluvions drainées par le Drac et l'Isère forment un immense marécage dans lequel les humains s'enlisent sans même s'en apercevoir. Après elle, il n'y a plus rien."

N'empêche, on s'attache vite à cet inspecteur déboussolé que cette enquête ronge. Il y a quelque chose qui le hante dans cette histoire d'enfants disparus, peut-être quelque chose de très personnel. On ne sait pas vraiment.
Malgré les abus d'alcool, il enquête, il fouille, se replonge dans ce quartier qui l'a vu grandir. Les Eaux Claires, historiquement un haut lieu de l'immigration italienne, mais depuis que le prix du mètre carré a flambé, à Grenoble comme ailleurs, les ouvriers ont été "priés" de s'installer ailleurs, les immeubles ont été ravalés — couleur saumon — et la middle class s'est installée ; les magouilles immobilières aussi.
Sous couvert d'enquête, Marin Ledun se livre à une autopsie du quartier, une opération à cœur ouvert à travers laquelle se dévoile les petits et grands secrets qui constitueront autant de fausses pistes pour l'inspecteur.
Reste qu'après une troisième disparition et un dossier qui n'avance pas, on penche de plus en plus pour la version des enlèvements à caractère pédophile. La hiérarchie, la presse s'en mèlent. La pression monte, même si personne ne vient aider Darrieux. On lui mettrait même plutôt des bâtons dans les roues, au point de lui retirer l'enquête...

Marin Ledun aborde ce sujet délicat qu'est la pédophilie. Il la montre de "l'intérieur", tentant une approche où chacun est victime. Il évoque la déresponsabilisation de l'agresseur qui transpose la "faute" sur l'agressé. Il rappelle les antécédents primordiaux, le poids du passé, les ravages de l'avenir.
Modus Opérandi est une chronique sociale, la peinture d'une ville, d'un quartier, d'une société ; c'est aussi un roman noir, sombre, qui évoque avec beaucoup de finesse l'enfance maltraitée, sous diverses formes, mais qui toutes laissent des traces indélébiles. Un récit qui insiste aussi sur les méfaits des regards extérieurs, ou le peu d'importance accordées parfois à ces affaires reléguées au rang de simples faits divers. Une disparition d'enfant — trois même — mais pour le commissaire, le préfet, il s'agit de penser à l'avenir de leurs carrières respectives ; pour le principal du collège, il y va de la réputation de son établissement qui ne saurait être ternie ; pour les journalistes, rien ne compte plus que de surveiller les chiffres des ventes. Qui se soucie des enfants ? Qui ?..

Il y a aussi dans ce texte certains mécanismes du thriller, l'auteur sachant ne jamais se laisser aller aux exagérations du genre ni à l'utilisation des sempiternelles grosses ficelles.
Attention, je ne parle pas là d'un collage hétéroclite, d'une juxtaposition d'éléments de construction. L'ensemble est d'une rare cohérence, d'une écriture fluide, et vous mènera sans coup férir vers un final particulièrement étonnant quoique d'une logique infaillible.

Marin Ledun ne viendrait-il pas d'inventer le thriller noir ?
Au fond, peu importe après tout, du moment qu'il revient vite.


Lire l'interview de Marin Ledun


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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Il est des premiers romans qui sont de grandes réussites. Celui de Marin Ledun m'a rappelé, par sa chronique sociale, par la peinture d'un environnement, par la qualité de son écriture, de sa construction, le premier opus de Léo Lapointe, Le Vagabond de la Baie de Somme. Beaucoup moins sombre, je l'avoue, mais tout aussi agréable à lire.



Du même auteur :

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.


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Ce qu'on en dit sur le forum de Pol'Art Noir :

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Par Txoa, le 11 Août 2008
Pas, non plus, très convaincu. Néanmoins encourageant. C'est vrai, ce qui devrait donner un style vient plutôt parasiter le propos.

(sans note) Par Silouanne, le 10 Août 2008
Ce roman noir aux confins du thriller et du policier happe le lecteur dès les premières pages avec une écriture, des phrases et un vocabulaire percutants qui allient dynamisme, puissance et relief pour nous entraîner dans un récit bien calibré. Dans ce premier opus publié, l’auteur parvient à nous faire rentrer dans la peau d’Eric Darrieux, flic paumé, alcoolique en proie à des hallucinations. Darrieux souffre, je souffre avec lui et j’aurais même aimé l’aider à sortir de sa galère. Enlisé à Grenoble dans une enquête sur la disparition d’enfants, il erre à la recherche d’un passé fuyant et encaisse les coups. L’intrigue est bien ficelée et le final magistralement orchestré. Je n’en dirais pas plus pour garder le suspense intact.

Par Ive, le 3 Août 2008
Je ne me suis pas fait surprendre par l'intrigue. Je n'ai jamais cru en ce policier, trop de détail rocambolesque. C'est noir, Grenoble est une ville bien triste.
Mais pas convaincu par ce roman.

Par Gemini, le 8 Juillet 2008
Roman d'enquête bien pensé, thriller sur base d'enlèvement d'enfants (thème intéressant, chargé en émotion et traité sobrement), descente dans une ville froide et oppressante, Modus Operandi ne vaut pas le menu affiché.
De gros handicaps altèrent sa saveur.
L'histoire s'installe avec lourdeur, l'auteur insiste trop sur le mystère ressort de son histoire, à coup de phrases explicatives comme si le lecteur était débile.
Les personnages sonnent comme dans un téléfilm mal joué. Ceci à cause de dialogues ampoulés, artificiels et pas crédibles (problèmatique, vu leur fréquence) et des caractéristiques parfois grossières de ces mêmes personnages. Le flic, héros de l'histoire, est caricatural à force d'alcool, de pensées et d'intuitions fort à propos.
"Quelque chose est en train de lui échapper alors même qu'il croyait le tenir. Son intuition ne le trompe pas. Il est sur la bonne voie." P. 71. "Il ferme les yeux. Une ombre plane au-dessus de lui. Mais il ne parvient pas à la nommer. Encore une intuition." P. 74
La narration se fait autour d'un trio (flic, enfant et criminel) par un système parfois redondant.
Ces points, ces sensations de surjeu, deviennent compréhensibles à la fin. Je reconnais que cette chute est bien amenée, en douceur, sans que l'auteur ne l'assène comme une pirouette à son lecteur. Mais, même elle revêt un sentiment mitigé, entre bonne idée et déjà vu.
La 4è de couverture avance une critique sociale qu'on peut retrouver dans quelques phrases, un peu évidentes : "Quelle bande d'abrutis! C'est ça vos perspectives d'avenir : gagner deux mille euros en faisant les guignols devant des dizaines de milliers de téléspectateurs ?"
La qualité indéniable du roman, qui perdure après l'avoir refermé, est cet aspect glauque et désespéré de l'histoire et du portrait psycologique de ce personnage principal. Dommage que l'ensemble soit parasité par ces défauts d'écriture.

Par Geof, le 7 Juillet 2008
La disparition d'un enfant suivi rapidement de deux autres, est le point départ de "Modus Operandi" et de l'enquête d'Eric Darrieux, un inspecteur taciturne, porté sur la bouteille.
D'entrée, Marin Ledun nous plonge dans l'univers glauque de ce flic tourmenté avec pour décor la ville de Grenoble, ses bars, ses bas fonds. Le personnage du flic est bien campé, énervant et attachant, on pense à Crumley pour le côté dépendant mais l'humour en moins. L'humour c'est peut-être ce qui manque ce livre, quelques bols dair dans un récit noir qui tourne autour de la pédophilie. Bon le sujet ne s'y prête peut-être pas... L'enquête, elle n'avance que sur les intuitions de Darrieux qui avance, on se demande comment avec tout ce qu'il ingurgite. Le final, original car réussi et cohérent, même si on l'a déjà croisé dans quelques films.

Par , le 1 Septembre 2007
Roman d'enquête bien pensé, thriller sur base d'enlèvement d'enfants (thème intéressant, chargé en émotion et traité sobrement), descente dans une ville froide et oppressante, Modus Operandi ne vaut pas le menu affiché.
De gros handicaps altèrent sa saveur.
L'histoire s'installe avec lourdeur, l'auteur insiste trop sur le mystère, ressort de son histoire, à coup de phrases explicatives comme si le lecteur était débile.
Les personnages sonnent comme dans un téléfilm mal joué. Ceci à cause de dialogues ampoulés, artificiels et pas crédibles (problèmatique, vu leur fréquence) et des caractéristiques parfois grossières de ces mêmes personnages. Le flic, héros de l'histoire, est caricatural à force d'alcool, de pensées et d'intuitions fort à propos.
"Quelque chose est en train de lui échapper alors même qu'il croyait le tenir. Son intuition ne le trompe pas. Il est sur la bonne voie". "Il ferme les yeux. Une ombre plane au-dessus de lui. Mais il ne parvient pas à la nommer. Encore une intuition."
La narration se fait autour d'un trio (flic, enfant et criminel) par un système parfois redondant.
Ces points, ces sensations de surjeu, deviennent compréhensibles à la fin. Je reconnais que cette chute est bien amenée, en douceur, sans que l'auteur ne l'assène comme une pirouette à son lecteur. Mais, même elle revêt un sentiment mitigé, entre bonne idée et déjà vu.
La 4è de couverture avance une critique sociale qu'on peut retrouver dans quelques phrases, un peu évidentes : "Quelle bande d'abrutis ! C'est ça vos perspectives d'avenir : gagner deux mille euros en faisant les guignols devant des dizaines de milliers de téléspectateurs ?"

La qualité indéniable du roman, qui perdure après l'avoir refermé, est cet aspect glauque et désespéré de l'histoire et du portrait psychologique de ce personnage principal. Dommage que l'ensemble soit parasité par ces défauts d'écriture.


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