Edition originale :
Ravet-Anceau - Juin 2007
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Septembre 1973, à Santiago, deux étudiants stéphanois aident les services secrets chiliens à traquer les opposants de gauche. Trente et un an plus tard, l'un d'eux est candidat d'extrême droite aux élections régionales, mais ses aventures sud-américaines remontent à la surface. Au même moment, une vieille dame est assassinée dans sa maison de retraite, le dépôt d'un brocanteur est incendié et des tags énigmatiques apparaissent à l'entrée du tunnel du Rond-point. À Saint-Étienne, la campagne électorale promet d'être animée.
Septembre 1973, Amérique du Sud.
Il aurait dû s'en douter. Il le savait probablement, d'ailleurs, au plus profond de lui-même. Mais les faux-semblants l'avaient emporté jusque-là, recouvrant la fange de vernis. Amitié, aventure, idéaux... Sauf que maintenant c'était fini. On ne jouait plus.
Coyote eut soudain du mal à respirer. Jusqu'à ce nom de guerre ridicule qui lui restait en travers de la gorge. Malgré l'heure matinale, la moiteur s'était emparée de l'espace. Le ventilateur fatigué de la cuisine de l'hôtel San Cristobal ne changeait pas grand-chose à l'affaire (...)
par Patrick Galmel, le 30 juin 2007
Septembre 1973, Santiago du Chili. Un jeune étudiant français, poussé par un certaine Nadège, pasionaria de la fac, participe avec un ami aux côtés des militaires au coup d'état et est le témoin de l'exécution sommaire, après interrogatoire, d'un couple de chiliens.
Saint-Étienne, mars 2004. Yves Coukry, avocat, est candidat aux régionales et espère bien venir troubler le ronron des cadors UMP et PS de la région, planqués à Lyon, aidé en cela par ses nouveaux amis du Front National.
Éric Assemond, quant à lui, est un ancien prof qui a tout laissé tomber pour devenir brocanteur. L'affaire est précaire, il vit dans son garage-dépôt et écoule sa marchandise dans les vide-greniers environnants. Il vient justement d'acheter un lot à un couple, les Poncil, et compte bien tirer quelque argent de ses trouvailles.
Maison de retraite de Saint-Victor sur Loire. Une tache dans cet environnement bourgeois : il y a eu un mort cette nuit, une morte plutôt : Nadège Poncil, qui aurait été étouffée par inadvertance par sa voisine de chambre, atteinte par la maladie l'Alzheimer et qui se serait allongée sans s'en rendre compte sur la future défunte. Bizarre... Le capitaine Séverine est sur place pour éclaircir l'affaire...
Ainsi Jean-Louis Nogaro présente-t-il les différents protagonistes de son roman. On sait déjà que ces quatre éléments seront au cœur de l'intrigue et qu'il s'agit d'éclairer les liens qui les unissent. On connaît les tenants qui prennent leur source au Chili en 1973, et les aboutissants : la mort mystérieuse de Nadège Poncil. Éric Assemond sera le grain de sable dans la machine électorale d'Yves Coukry et le capitaine Séverine fera office de révélateur ; la caméra étant posée la plupart du temps sur son épaule.
La construction, bien que classique, est toutefois maîtrisée et le fait d'en savoir beaucoup dès le départ et d'imaginer les gros de la conclusion n'empêche pas le récit d'être rythmé par les soubresauts de l'enquête. C'est l'occasion pour Jean-Louis Nogaro de mettre en scène un flic humaniste dans une région chargée d'histoire ouvrière qu'il aime beaucoup : Saint-Étienne :
"(...) Séverine le Pyrénéen aimait cette ville pour son âme. Une ville qui savait faire preuve de folie, d'esprit fantasque, malgré la rigueur de son climat et le déclin économique. Une vraie ville slave."
Ou encore :
"C'était ça, Saint-Étienne. Une ville qui s'était balafrée de longues lignes de civilisation, au gré des plans d'urbanisme. La Grande rue, le cours Fauriel ne dépareilleraient pas dans une ville plus chic et plus bourgeoise. Mais entre ces rues commerçantes ou résidentielles, des zones beaucoup plus approximatives se maintenaient. Saint-Étienne, c'était un peu comme le delta d'un grand fleuve tropical. Sitôt les voies navigables abandonnées, on devait se risquer sur les sables mouvants, se confronter aux bestioles de la brousse, éviter les plantes carnivores..."
Saint-Étienne Santiago est un roman sobre, comme le style de son auteur, sans artifice, qui tend à la fiction-réalité. Pas de gros budget, pas d'effets spéciaux, mais une intrigue bien menée à connotation politique qui, sans juger, rappelle que le passé a ses droits dans le présent.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Le capitaine Séverine apparaît également, en tant que personnage secondaire, dans le premier volet de la trilogie stéphanoise de Jean-Louis Nogano, Un Bon Flic, C'est Comme de la Soie. Trilogie dont on surveillera, c'est entendu, le troisième épisode.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Limbes, le 12 Octobre 2007
L'autre jour, j'ai entendu à la radio un écrivain (je ne sais pas qui, pardon, c'était juste une bribe prise au vol) qui disait en gros que ce qui est difficile, quand on écrit, c'est de rendre les personnages que l'on crée vivants.
Que le lecteur puisse se dire, tiens, celui-là, je pourrais le croiser dans ma rue, ou au bistrot, ou ailleurs.
De ce point de vue, les personnages de ce roman sont réussis, avec une mention particulière pour le capitaine chargé de l'enquête. Son côté humaniste, ses fêlures, le rapport qu'il entretient avec son métier et sa ville lui donnent une consistance qui fait qu'on a envie de l'accompagner encore, tant dans ses enquêtes que dans son cheminement personnel.
Un bref extrait le concernant:
"Au-delà de ses collègues, c'était le regard porté par la société sur sa marge qui le démolissait. Qu'est-ce qu'ils avaient tous? Ils croyaient que ça n'arrivait qu'aux autres?"
Bon, et puis, il faut bien le dire, j'ai adoré me balader à nouveau à Saint-Etienne, y ayant vécu quelques temps.
Parce que, Saint-Etienne, oui, c'est exactement ça :
"Il aimait Saint-Etienne. Pas comme Pascallet, qui s'extasiait devant les beautés cachées de sa ville, quand il ne s'échinait pas à gravir les contreforts des massifs l'environnant, sur son vélo. Non, Séverine le Pyrénéen aimait cette ville pour son âme. Une ville qui savait faire preuve de folie, d'esprit fantasque, malgré la rigueur de son climat et le déclin économique. Une vraie ville slave."
Ou ça :
"Une ville qui s'était balafrée de longues lignes de civilisation, au gré des plans d'urbanisme. La Grande rue, le cours Fauriel ne dépareilleraient pas dans des villes plus chics et plus bourgeoises. Mais entre ces rues commerçantes ou résidentielles, des zones beaucoup plus approximatives se maintenaient."
J'adore cette idée de ville "approximative". D'ailleurs, j'adore les villes - ou les lieux - approximatifs. Et c'est marrant - petit aparté, mais je vois de ce point de vue quelques points communs entre St-Etienne et Marseille...
Sinon, j'ai trouvé que l'écriture, plutôt sobre, servait bien le fond de cette histoire.
Et l'objet-livre est très agréable à toucher et à regarder.
Alors merci à l'auteur pour cette lecture qui interrompt pour ma part une période de non-lecture intense !
Par Geof, le 16 Septembre 2007
Saint-Etienne Santiago est sans conteste plus réussi que Un Bon Flic c'est Comme de la Soie.
Comme le dit Michalon, l'écriture est aussi agréable mais l'intrigue est beaucoup plus maitrisée, structurée et mis en scène.
Tous les personnages sont aboutis, notamment Séverine qui a quelques accents de Montale par moment.
Par MacOliver, le 1 Août 2007
Ayé, fini le voyage ! Magnifique. Merci pour ces moments avec Séverine et Assemond, St-Etienne et la région m'étaient totalement inconnus mais maintenant j'ai presque l'impression d'y avoir vécu.
Intrigue excellente, personnages vraiment attachants et puis cette plume mes amis... Quand Jean-Louis décrit (écrit) St-Etienne, y'a comme qui dirait quelque chose qui me fait penser à Simenon qui décrit Paris.
Grand bravo !!! vivement le prochain.
Par Michalon, le 24 Juin 2007
Voilà, je viens de terminer le deuxième livre de Jean-Louis Nogaro.
Deux étudiants stéphanois extrémistes participent à la chasse aux communistes dans le Chili des années 70 mais en 2004, durant la période électorale, leur sombre passé les rattrape...
Non seulement, ce deuxième opus se lit aussi facilement et agréablement que le premier, l’amour de sa région stéphanoise y est omniprésent, mais l’auteur a su corriger les petits défauts du premier :
- Comme dans Un Bon Flic c’est Comme de la Soie, l’intrigue de Saint-Etienne-Santiago prend sa source dans le passé et voit des secrets pas folichons resurgir, mais si elle était conclue un peu trop rapidement dans le premier, elle prend ici le temps de se développer, de se disperser, de nous égarer, et finalement de se résoudre de manière tout à fait crédible.
- La manière de s’exprimer parfois identique et stéréotypée des différents personnages a également disparu et tous, les principaux comme les secondaires, sont criants de vérités, dans leurs qualités, leurs travers et leur humanité. (Le capitaine Séverine notamment qui gagne en épaisseur et en sensibilité)
- Et puis, Jean-Louis a su se mettre au goût du jour en matière automobile ! Ici on roule en Clio et en Master Renault, finies les Fuego et les Sunbeam ! Tout juste une petite référence à une Ami 6 !
J’étais sorti du premier admiratif, j’ai refermé le second (je sais, c’est pas bien) un poil jaloux !..
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