Edition originale :
Jigal Polar - Octobre 2007
Rééditions :
Dernière édition poche : Jigal Poche - Avril 2009
Autres éditions :
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Ranou dit « le Breton », lieutenant un brin taciturne, et Théo alias « Mach-Sept », slameur invétéré en rupture d’embrouilles, stagiaire à l’Évêché de Marseille, forment un tandem atypique à la poursuite d’un sérial killer, « le tueur aux liasses ».
Mais ce jour-là, la routine se dérègle salement lorsque le maire de la ville, Raymonde Charles, est sauvagement assassinée par des tueurs à moto…
La DST, les RG, la mafia et les flics de tout bord se jettent sur l’affaire comme la vérole sur le bas clergé. Tout le monde est sur le pont et curieusement, même le ministre de l’Intérieur Ange Pascali s’y colle. Tous suivent l’enquête de près, d’un peu trop près peut-être…
Comme dirait Théo, « Pas besoin d’avoir fait St Cyr sur Mer pour deviner que les ennuis, les vrais ennuis, les gros ennuis vont débarquer sans prévenir ».
Avignon, Chemin de la roquette. Samedi soir, 21 janvier
L’œil d’hippopotame du lieutenant Morel fixe d’un air morne le cadavre étendu à ses pieds.
— Radasse ! balance-t-il au drap de pudeur qui recouvre le corps.
Moustache, comme tout le monde l’appelle, extrait à regret sa main gauche de la poche de son manteau, et jette un coup d’œil à sa montre. Huit heures et demie.
— Fatch de cong, déjà ! Hé bé, je peux dire adieu au match (…)
par Patrick Galmel, le 22 novembre 2007
C’est toujours pareil !.. On se prépare une petite soirée tranquille — pantoufles, bibine et coupe d’Europe — et voilà qu’une vieille en profite pour se faire dessouder et qu’il faut reprendre du service, illico. « Radasse, va !.. »
Le lieutenant Morel l’a mauvaise en cette soirée froide de janvier, tout comme son "collègue" Théo, pris dans le même traquenard. Je mets les guillemets parce que "collègue", c'est un bien grand mot pour l'occasion. Théo est en fait un jeune black des quartiers nord de Marseille pris dans un programme spécial du ministre de l'intérieur et réservé aux primo délinquants (en l'occurrence, un refus de contrôle d'identité). PPP ça s'appelle : deux séjours d'une semaine en immersion dans un commissariat. Pour l'instant, Théo est affecté en Avignon et la semaine prochaine, il retrouve l'Évéché.
En attendant, une espèce de tueur psychopathe a encore frappé. Une femme, comme d'habitude, comme à Toulouse, Carcassonne, Montpellier, et toujours ce rouleau de billets de cinq cents francs déposé sur les victimes. Et tout ça en trois jours !..
Serge Yves Ruquet avait frappé fort avec son premier roman, Frères d'Armes, il récidive ici avec talent et transforme son premier essai avec brio.
Tout au long de Marseille sur Maire, nous allons naviguer en compagnie d'un duo savoureux composé d'un flic taciturne et de son poulain Théo, le fameux PPP. Avignon n'est qu'une étape dans la vie de Théo — Marseille est son port d'attache — et le lieutenant Morel sera bien vite remplacé, en tant que tuteur, par Ranou quand le tueur itinérant aura atteint la capitale phocéenne.
Serge Yves Ruquet avait déjà montré une verve flamboyante, et il s'en donne à nouveau à cœur joie avec le personnage de Théo :
« La langue française, le jeune, c'est sa passion. Sa gourmandise. À tel point qu'il passe son temps à se forger son propre vocabulaire.
Ganymède, c'est un satellite de Jupiter. Théo a trouvé ça un jour par hasard, sur Internet, alors qu'il se cherchait un nom d'artiste. Ganymède est composé de glace, exclusivement. Alors, depuis ce jour-là, le Black a décidé de "c'est Ganymède" signifierait "ça caille !" »
Et de l'inventivité, Serge Yves Ruquet, comme Théo, en a à revendre. Avec lui, avec eux, la langue est vivante, frétillante même.
Reste que des dialogues, même savoureux, ne font pas une intrigue… Alors, sur les traces de ce tueur aux billets, Serge Yves Ruquet va nous embarquer dans une histoire de magouilles immobilières comme Marseille en connaît. Et de l'immobilier au politique, il n'y a jamais bien loin. Il faut dire que Ranou n'est autre que le neveu de Madame le Maire, et que celle-ci se fait assassiner par des tueurs à moto. Dans le sud, on connaît ces méthodes, on sait ce que ça signifie : la mafia…
Même si tout au long de son roman l'auteur garde un ton léger et qu'on se marre franchement en tournant les pages, il met aussi en scène une réalité : la présence avérée de la mafia dans les rouages du pouvoir. Son intrigue tient la route, mais ça n'est pas innocent si son roman s'ouvre sur cette phrase de Jean Ziegler :
« La France est certainement le pays d'Europe où la conscience de la présence mafieuse est la moins développée dans l'opinion publique. »
Marseille sur Maire est un excellent divertissement, rythmé, plein d'action et d'humour, peuplé de personnages hauts en couleur et néanmoins crédibles dans leur caricature (à ce titre, Madame le Maire n'est pas sans rappeler Edmonde Charles Roux, l'épouse de Gaston Deferre, longtemps maire de… Marseille), mais c'est aussi une leçon de "real politique". Une leçon qui prend parfois des allures d'aventure à la Pieds Nickelés, mais une leçon tout de même…
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Si vous avez aimé celui-là, ne manquez pas le premier roman de Serge Yves Ruquet, tout aussi savoureux et endiablé : Frères d'Armes, dans lequel il pratique avec bonheur le même duo décalé.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par H.Sholmes, le 22 Janvier 2008
Rien à redire sur l'écriture dont la forme peut déplaire si on n' entre pas dans le système Syr. Encore que l'abus des jeux de mots/calembours ne permette pas de comparer Syr à San-Antonio. Ne rendons pas à César ce qui ne lui appartient pas.
Un style est donné. On ne peut que souhaiter qu'il trouve son lectorat.
Reste l'histoire qui, à vouloir dénoncer trop de choses (dont beaucoup d'évidences) reste finalement dans les généralités.
Que les politiques soient (presque) tous pourris, rien de neuf. Que la mafia ait son mot à dire dans la cité phocéenne, on s'en doutait.
Que les barbouzes se résument à des types qui manipulent des flingues armés de silencieux me semble réducteur.
Qu'un type des cités devienne le pote d'un flic (et vice-versa) relève d'une certaine forme de démagogie, propre à certaines séries de télévision consensuelles et fédératrices.
Enfin bref, à mi-chemin entre du Carrèse (Marseille, l'humour, la sardine du port, etc.) et du DOA (ben oui, les arcanes du pouvoir, les histoires sombres entre les polices) Marseille sur Maire ne m'a pas convaincu.
Deux étoiles parce que je suis sévère.
Par MacOliver, le 13 Décembre 2007
Ayé fini. Suis à la fois secoué et triste.
Secoué car c'est une belle mécanique de machine à laver ce polar : on en prend plein la vue. Dès la partie de poker on a plus le contrôle, quel pied.
Triste car on s'attache à Rannou certes, mais Théo alors ! J'espère le revoir au détour des pages.
Par Le Cafuron, le 8 Décembre 2007
J'avais beaucoup aimé Frères d'Armes, du même auteur. J'ai adoré Marseille sur Maire. S.Y. Ruquet continue de dénoncer les complots dont notre république Bas à Asnières, Haut à Neuilly, s'accommode si bien. Le style est toujours là : truculent. L'intrigue fait plus que tenir la route, les rouages sont bien huilés. Comme le ministre de la culture du livre, l'auteur utilise le quinzième degré lorsqu'il conclut par ces mots : "Ceci est un polar. Une fiction. Un délassement."
Rien à redire, c'est du très bon SYR ! Et ce n'est pas du SYRage de pompe, ce n'est pas le genre de la maison.
Par Michalon, le 14 Novembre 2007
Tueur en série, crime mafieux, ripoux, magouille politique, combine immobilière, barbouzeries, Serge Yves Ruquet n’y va pas de main morte dans son deuxième roman.
Il le mène à un rythme d’enfer dans les rues de Marseille, et son nouveau duo, un flic breton et un réfugié rwandais converti au slam nous fait très vite oublier celui de Frères d’Armes.
Ce qu’on oublie pas par contre c’est pourquoi son premier livre nous avait plu.
On retrouve avec plaisir son style et son humour. Les bastons, les canardages sont toujours aussi enlevés et vivants (on entend presque les détonations et le bruit des bourre-pifs), les dialogues et les bons mots toujours aussi savoureux et rigolos.
Rares sont les pages où l’on ne sourit pas (sauf celles sur le cauchemar récurrent de Théo) et le conseil des Ministres à la fin du livre vaut son pesant de cacahouètes.
Syr pousse son bouchon jusque dans la note d’auteur qui précise que toute ressemblance avec des personnages réels serait fortuite et involontaire alors qu’on en reconnaît très vite plusieurs notamment celui qui pourrait se cacher dans le costard du Ministre de l’Intérieur un peu, tout petit peu, corrompu...
Bref un livre agréable et amusant !
Le seul petit défaut c’est qu’à trop vouloir concentrer l’intrigue et les rebondissements sur quelques jours, ça perd un peu en crédibilité et en vraisemblance, comme PPDA le fait d’ailleurs lui même remarquer dans le roman lorsqu’il présente l’incroyable spirale de violence qui semble toucher la cité phocéenne.
Quatre étoiles donc, un poil moins brillantes que celles de Frères d’Armes, mais bien visibles tout de même !
Par Harry, le 6 Janvier 2007
Simple, direct,efficace
Perso, j'ai aimé le ton des personnages, les dialogues à la Simonin couplés à la mode jeun's des cités.
Beaucoup d'humour et de cynisme, qui ne sont pas sans me rappeler certains aspects du Bibliothécaire.
Toutefois quelques situations limites point de vue crédibilité, même si ce n'est jamais incohérent.
Par Albertine, le 5 Janvier 2007
Léger ...
Léger dans l'intrigue : cet imbroglio n'est pas vraiment crédible. J'ai beau ne pas être marseillaise, ce n'est pas pour autant que je tombe dans le panneau du cliché "Marseille tous pourris (ou à peu près)". Alors le cliché du flic breton granitique et taciturne mais au grand cœur, merci.
Le personnage de Mach sept n'échappe pas lui non plus au cliché, mais c'est un peu comme s'il se conformait à l'image qu'on projette sur lui. Son évolution est intéressante, comme le passé terrible qu'on devine.
Léger, par le ton. On sent un plaisir à jouer du mot, à entretenir une sorte de second degré, à s'auto-commenter. Les jeux de mots arrivent un peu trop régulièrement, comme obligés. Mais ils transmettent bien le plaisir qu'a pris Ruquet à les malaxer, les retourner dans tous les sens pour en sortir le meilleur effet.
De quoi divertir.
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