traduction (norvégien) : Alexis Fouillet
Edition originale :
Gallimard / Série Noire - Mai 2008
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Oslo, novembre 2004, la première neige tombe sur la ville. Dans le jardin familial des Becker, un bonhomme de neige fait irruption, comme sorti de nulle part. Le jeune fils remarque qu’il est tourné vers la maison et que ses grands yeux noirs regardent fixement leurs fenêtres. Dans la nuit, Birte, la mère, disparaît, laissant pour seule trace son écharpe rose, retrouvée autour du cou du bonhomme de neige…
Dans le même temps, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre signée « le bonhomme de neige » qui lui annonce d’autres victimes. Plongeant son nez dans les dossiers de la police, Harry met en lumière une vague de disparitions parmi les femmes mariées et mères de famille de Norvège. Toutes n’ont plus donné signe de vie le jour de la première neige…
D’une sobriété étonnante, Harry Hole va se retrouver confronté, pour la première fois de sa carrière, à un tueur en série agissant sur le territoire norvégien et qui le conduira jusqu’au gouffre de sa folie…
C’était le jour où la neige arriva.
(…)
Elle s’installa sur le siège conducteur. La radio était muette, et il faisait un froid polaire dans l’habitacle. La clé de contact gisait sur le siège passager. Elle se retourna vers son gamin. Il était pâle et sa lèvre inférieure tremblait.
« Quelque chose ne va pas ? voulut-elle savoir.
— Oui. Je l’ai vu. »
Il y avait dans sa voix une légère nuance de peur qu’elle ne se rappelait pas avoir entendue depuis qu’il était petit et qu’il regardait la télé, serré entre eux sur le canapé, les mains devant les yeux (…)
« Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle en introduisant la clé de contact dans le démarreur, avant de donner un tour.
— Le bonhomme de neige… »
par MacOliver, le 29 juin 2008
Les disparitions de deux mères de familles, jointes à la découverte de deux bonhommes de neige sur les lieux du crime, remue le département de police d’Oslo. Harry Hole et sa nouvelle équipe sont sur le pont. En épluchant les dossiers archivés des disparitions, Katrine Bratt découvre un lien. Ténu et quasi insignifiant, criminalistiquement parlant. Mais Hole y voit un point de départ. Plusieurs mères célibataires ont disparu ces dernières années, à chaque fois à l’époque de la première neige. Est-ce un schéma de tueur en série ou un simple hasard ? Son stage au FBI et son expérience australienne (voir L'Homme Chauve-Souris) ne seront peut-être pas suffisants pour venir à bout de cette affaire…
Nous avions laissé Hole à la fin de Rue Sans-Souci alors qu’il venait de nouveau de perdre un collègue, Jack Halvorsen, et qu’il avait perdue celle qu’il aimait, Rakel et son fils Oleg. Sorti une nouvelle fois de ses travers d’alcoolique, cette affaire et la nouvelle équipe qui lui est confiée vont peut-être lui occuper assez l’esprit pour éviter qu’il ne rechute. C’est un Hole déprimé et noir que nous retrouvons au début de cette nouvelle enquête :
« Harry ne savait pas avec certitude comment son visage se comporterait tout au long de la journée, si les poches sous les yeux aux iris bleus délavés par l’alcool disparaîtraient (…), si la paix tomberait sur l’expression traquée qui était la sienne au réveil de nuits peuplées de cauchemars. Soit la plupart. Il éviterait le miroir au moment de sortir (…) pour devenir l’inspecteur principal Hole (…). Alors il sonderait le visage d’autres personnes pour y trouver leur douleur, leurs cauchemars, leurs mobiles (…) tout en essayant de trouver une signification à ce qu’il faisait : enfermer des gens depuis longtemps enfermés en eux-mêmes. »
Le roman est comme à chaque fois remarquablement bien construit. Les phases d’enquête et de narration sont habilement mêlées, Nesbo distille les indices au compte-goutte. Et puis, comme à chaque fois, on voit se dessiner une solution à l’affaire. Problème : nous ne sommes qu’à la moitié du bouquin ! Et la claque arrive. Nesbo démonte tout le schéma qui avait amené à cette possible solution, qui nous semblait si évidente tant les éléments s’imbriquaient parfaitement.
Et nous repartons, avec Harry, abattus presque autant que lui, à la recherche d’une autre possibilité. Ce passage est un moment très fort de la lecture. Presque autant que l’épilogue. Une tension aussi forte à ce moment du livre ne peut qu’apporter la solution. Et bien non ! C’est une des recettes que Nesbo maîtrise à la perfection. On se sent comme KO debout. Et la déception ressentie par Hole, nous la ressentons tout aussi fortement.
C’est probablement dans ce roman que Nesbo dévoile le plus tous les replis de la personnalité de son enquêteur fétiche. Il nous permet d’entrer plus loin encore dans l’histoire et le caractère de ce personnage si mystérieux. Sa relation avec Rakel et Oleg, avec ses collègues, son sens du devoir, les valeurs qui lui tiennent à cœur, tout cela ajoute à l’attrait magnétique de cet inspecteur si « spécial ».
La psychologie des personnages est d’ailleurs le thème principal du livre. Comment quelqu’un en arrive à tuer froidement, méthodiquement ? Qu’est ce qui empêche Katrine Bratt de faire un trait sur son passé et l’amène à menacer la probité de la police ? Qu’est-ce qui pousse un médecin à détourner les informations confidentielles de ses patients à des fins de vengeance ? Une des réponse est formulée par Stale Aune, le psychologue de la police et ami de Hole :
« Le mal est le mal, avec ou sans maladie mentale. Nous sommes tous plus ou moins disposés à accomplir de mauvaises actions, mais elles ne peuvent pas nous enlever la culpabilité. (…) Nous sommes tous atteints de troubles de la personnalité. Et c’est justement nos actes qui définissent notre degré de maladie. Egalité devant la justice qu’ils appellent ça, mais c’est insensé tant que les gens ne sont pas semblables. La justice est un couteau émoussé, aussi bien comme philosophie que comme juge. »
Je n’en dis pas plus, si vous partez cet été vers de chaudes destinations vacancières, glissez ce Bonhomme de Neige dans vos valises. Effet frisson garanti !
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Les autres ouvrages de l’auteur sont de la même veine, mêlant habilement thriller et enquête. Chacun peut se lire de façon indépendante, mais je vous conseille cependant d’essayer de les lire dans l’ordre. Vous pourrez ainsi prendre la mesure du travail que Nesbo apporte à la construction et l’évolution du personnage de Harry Hole.
Chez les nordiques, lorgnez vers l’Islande et Indridasson.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
(sans note) Par Stodini, le 30 Juillet 2008
Nesbo s'est imposé au fil des romans avec un personnage singulier mais fonctionnant sur un code assez classique. Contre type du héros courant, il reste attaché à des valeurs qui lui permettent de surnager et de survivre face aux démons de la société dans laquelle il évolue ainsi qu'à ses propres tourments.
"Le Bonhomme de Neige" reste dans la lignée des précédents ouvrages, sans grandes surprises pour les adeptes de cet auteur. Les mêmes personnages, la même ambiance, un scénario solide et très technique qui donne du rythme et entraîne la lecture.
Malheureusement, la fin tourne un peu à la farce improbable avec des situations dont on ne sait si elles sont écrites pour un film d'action, voire d'horreur, ou si elle sont destinées à démarquer le roman de ses précédentes aventures. Dommage, au delà de cette petite déception d'impératifs éditoriaux poussant l'auteur à bacler la fin, je conseille la lecture d'un auteur qui mérite d'être lu.
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