Edition originale :
Editions Le Passage - Octobre 2008
Rééditions :
Dernière édition poche : Pocket - Octobre 2009
Autres éditions :
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Lamorlaye, Oise.
Vous rêvez. Vous vous voyez courir dans votre maison, les mains en sang. La police vous recherche pour le meurtre d'une gamine que vous ne connaissez pas. Vous vous réveillez. Et vous comprenez que ces rêves sont votre futur. Vous, dans quelques jours…
Saint-Ouen, Seine-Saint-Denis.
Le corps mutilé d'une femme, enduit de vinaigre. Il semble avoir fait l'objet d'un rituel bien précis. Pour Victor Marchal, jeune lieutenant de police tout juste sorti de l'école, la descente aux enfers commence.
Aucune relation entre ces deux histoires, a priori. Et pourtant…
Devant ses yeux, l'image vibrait, grossissait, rapetissait. C'était à lui en faire exploser les tempes. Stéphane s'arrêta au milieu de l'escalier, se retourna brusquement avant de continuer sa descente vers le rez-de-chaussée. Il chercha l'interrupteur du salon, l'actionna plusieurs fois. Aucune lumière, juste une traînée de sang que ses doigts abandonnèrent sur le plâtre. Il fixa un instant ses mains rouges de vie, de mort, toutes tremblantes, puis repris sa progression rapide. Sa lampe torche découpait l'obscurité. Sa respiration le brûlait. De douleur. De terreur (…)
par Patrick Galmel, le 1er octobre 2008
Vic Marchal est un jeune flic tout frais émoulu de l'école de police ; il est celui que ses collègues surnomment "V8", à cause du piston supposé exercé par son père. Particulièrement bien noté à son examen, il a rejoint la Crim' à Paris. Sa première affaire le mène sur une scène de crime particulièrement atroce : une jeune femme a été torturée sur son lit. Il s'agit d'Anabelle Leroy, ex-star du porno. L'enquête se recentre vite autour des pratiques sexuelles de la victime.
Stéphane Kismet est un plasticien reconnu, un maquilleur de génie qui travaille pour le cinéma et fabrique des monstres, des masques, des crimes sanglants. Fasciné par le morbide, atteint de régulières crises de somnambulisme, il annihile ses rêves à coups de calmants. Pourtant, l'un d'eux parvient jusqu'à sa mémoire. Un rêve étrange en forme de cauchemar, le mettant en scène, extrêmement précis…
Stéphane va enquêter sur ses rêves. Victor sur le meurtre d'Annabelle. Et le second va bientôt entendre parler du premier dans une auberge isolée qui sert de lieu de rendez-vous aux amateurs de monstruosité.
Franck Thilliez construit son intrigue sur plusieurs éléments fondamentaux qu'il trame ensuite dans un récit cohérent. Ici, il aborde une paraphilie (déviance sexuelle) bien particulière, peu connue mais pourtant bien réelle, qu'on appelle l'acrotomophilie et qui consiste à rechercher comme partenaire(s) des personnes amputées. Il inscrit ce particularisme dans le crime qui ouvre son roman, dans le personnage d'Anabelle Leroy qu'il rapproche — pour faire bonne mesure (?) — du milieu pornographique et sado-masochiste.
Parallèlement, on entre dans une sorte d'univers fantastique où un homme rêve son propre futur, naturellement angoissant. Il s'agit de meurtre, de sang. D'ailleurs, Stéphane — puisqu'il s'agit de lui — baigne dans un univers particulier : plasticien, il élabore les cadavres, les victimes, les maquillages qu'on retrouve dans le cinéma d'horreur. C'est aussi un personnage au passé trouble, atteint de somnambulisme, responsable de plusieurs accidents mortels, traité aux neuroleptiques…
On peut se laisser porter, emporter par le récit — après tout, Franck Thilliez est un conteur d'histoires qui sait y faire — mais il arrive aussi qu'on bute dans sa mise en place sur quelques traces de collage un peu trop visibles. Ou alors peut-être ai-je l'esprit trop cartésien, mais il me semble que ce qui provoque l'angoisse recherchée est ce jeu sur la frontière entre l'incroyable et le plausible, difficile à tenir. Peut-être aussi le côté technique du récit, précis, scientifique, très documenté (ce qui est appréciable), mais parfois un peu trop appuyé, pas assez dilué dans le récit, vient-il troubler cette montée en puissance.
Reste qu'au final, arrivé au tiers du récit, l'enthousiasme de Franck Thilliez, son évidente "bonne foi", font que la machine se met véritablement en branle, et qu'il embraye enfin sans ratés. Lui y croit à toutes ces histoires impossibles, alors pourquoi pas nous ? Et vous voilà scotché dans ce voyage improbable (?) à travers le temps, l'espace et la douleur, dans cette infernale course-poursuite, et encore une fois, se jouant des réticences, c'est lui qui gagne la partie.
« Stéphane aime le noir, le bizarre, avoir peur et faire peur. Il est continuellement à la recherche de nouvelles sources d'inspiration, pour créer ses monstres. Il ne se base pas uniquement sur l'imaginaire, il puise aussi dans la nature humaine, ses multiples dysfonctionnements. S'il devait descendre aux enfers pour découvrir le véritable visage du diable, je vous garantis qu'il le ferait. »
S'il ne s'agit pas d'une profession de foi, en tout cas ça y ressemble beaucoup…
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Dans la forme (son approche "technique"), L'Anneau de Moebius est assez proche du précédent roman de Franck Thilliez, La Mémoire Fantôme.
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Gemini, le 9 Décembre 2008
De Franck Thilliez j’avais lu avec plaisir, voilà à peu près quatre ans, La Chambre des Morts. Entre temps, le genre thriller m’a un peu fatiguée avec ses scénarios toujours identiques, surenchère de l’horreur et du serial killer. J’ai quand même tenté le coup avec L’Anneau de Moebius.
L’écriture reste archi-classique comme souvent dans ce genre d’histoire : mots chocs, phrases courtes, images faciles. Les chapitres courts, en quatre ou cinq pages maximum, ne peuvent qu’inciter à aller voir ce qui se passe ensuite. Le thème du tueur aux méthodes abominables, on l’a déjà vu. Malgré ces évidences rabattues, je me suis laissée capter par l’histoire. Franck Thilliez choisit un univers spécifique où placer ses enchaînements. C’est sans doute ce qui fait la différence et gomme les faiblesses. Stéphane rêve et ses rêves retranscrivent des choses réelles qu’il n’est pas censé connaître. De là surgissent les questions, peut-on changer l’avenir, y a-t-il un destin, doit-on changer le cours des choses ? En ce qui me concerne, c’est l’aspect du roman qui m’a intéressée. Il m’a renvoyée à Julie Zeh et L’Ultime Question, ou encore, mais de manière très lointaine, à l’incroyable Richard Powers avec Le Temps où nous Chantions.
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