Edition originale :
Rivages / Noir - Février 2008
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Dan est incarcéré à Fleury-Mérogis. Au cours d'un transfert au palais de justice, il fait une rencontre qui va changer sa vie. La rencontre, ce « miracle de la reconnaissance », c'est Nadine N'Goma, détenue à la maison d'arrêt des femmes.
Dan a eu le temps de noter sur sa main le numéro d'écrou de la jeune femme. Il lui écrira par le « courrier intérieur ».
Nadine était douée pour le chant et la danse, malheureusement elle a croisé un mauvais génie. À cause de lui, elle a été arrêtée, laissant derrière elle un petit Lou. Alors Dan fait une promesse solennelle à Nadine : quand il sortira, il s'occupera d'elle et de son fils ; il fera des démarches pour qu'elle ne soit pas expulsée. Mais les choses ne vont pas tourner comme prévu...
Ecrit en prison, ce roman nous parle de ces lieux hors du monde, de cette « population carcérale », dont on oublie qu'elle est constituée d'êtres humains.
Avec Marche de Nuit sans Lune, Hafed Benotman poursuit son oeuvre de romancier noir, de rebelle écorché devant l'injustice des systèmes, de satiriste grinçant et de poète au style fulgurant.
— Mon petit ? Il a été entraîné, votre Honneur…
— On dit « Monsieur le Président » et non « votre Honneur», s'il vous plaît… Quant à votre petit-fils, vous m'excuserez Madame, mais il est tout seul dans cette affaire.
— C'est le Diable qui l'a entraîné, votre Honneur !
Un assesseur tourne la tête, l'autre pouffe tandis que le président bonhomme renvoie la pauvre grand-mère endimanchée de l'accusé rejoindre sa place assise dans la salle du tribunal correctionnel (…)
par Patrick Galmel, le 03 janvier 2009
Il s'appelle Daniel, mais tout le monde dit Dan. Elle s'appelle Nadine, mais tout le monde dit Nad.
Ces deux-là vont se croiser ; une rencontre au hasard d'un transfert pénitentiaire, à travers les grilles d'un fourgon cellulaire.
« Ils se sont touchés
Ils se sont promis
Ils se sont quittés
Maintenant ils vont se penser l'un l'autre avant de se rêver… de s'espérer. Ces deux-là, noyés dans le monde, commencent à s'accrocher l'un à l'autre, épaves réciproques. »
D'entrée, Abdel Hafed Benotman pose son style d'écorché flamboyant et ne mâche pas ses mots. Deux univers, séparés par des ilalliques, une rencontre impossible. La prison, l'enfermement d'un côté ; un début d'amour de l'autre. Inconciliables.
On ne prévoit pas les rencontres qui changent une vie. Daniel en fait l'expérience lorsqu'il croise Nadine qui devient pour lui comme un espoir, une veilleuse allumée tout au bout d'un couloir parsemé de portes verrouillées. Il apprend son histoire, sa condamnation, par bribes. Nadine N'Goma, Gabonaise réduite en esclavage par un flic ripoux, trafiquant, qui avait fait d'elle son meilleur dealer, elle, femme, Noire, et clandestine. Qui avait voulu retrouver sa liberté et l'offrir à son enfant à naître, rêvant de retour au pays, recevant comme seule réponse les coups, les tortures.
Nadine est enfermée pour longtemps. Daniel sortira avant elle, tentant de reconstituer le puzzle, fomentant une vengeance en attendant la libération.
À travers l'histoire de Daniel et Nadine, c'est bien sûr la prison qui est au cœur du récit, la prison au sens large. L'enfermement, la cellule, le travail, les parloirs, mais aussi la sortie, les foyers, les rapports avec les matons, les flics, la justice. Il est question d'humiliation, de frustration…
Abdel Hafed Benotman n'écrit pas, il crie. Il crie sa rage, sa douleur, avec sincérité, intensité. Et sa plume se teinte d'un lyrisme sombre qui prend les couleurs d'une poésie en prose, fulgurante.
Chaque chapitre se présente comme une sorte de nouvelle qui se suffit à elle-même, avec son lot de maux. Et l'amour dans tout ça ?... Il est là, il tente de survivre, submergé, manquant se noyer à chaque nouvelle vague, chaque humiliation, chaque injustice…
Roman noir, forcément noir, Marche de Nuit sans Lune se lit aussi comme un témoignage accablant sur l'état et le fonctionnement du système carcéral français et de la justice qui l'accompagne. Un témoignage venu du fond du trou, d'un rescapé, toujours en vie, debout.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Ils sont quelques-uns dans le monde du polar à être passés par les geôles et y avoir affûté leur plume — certains même très célèbres. On peut citer Chester Himes, Edward Bunker ou côté français José Giovanni ou encore Alexandre Dumal (entre autres)…
Vous pouvez, vous aussi, entamer ou poursuivre la discusion...
Par Gemini, le 4 Janvier 2009
Pas facile de raconter un livre de Benotman. Son style demande une acclimatation pour se livrer. Son propos est dense, poétique, riche en images. « Tout est possible même de perdre sa peau tant tout le monde est écorché vif. »
Il en a, des histoires à nous raconter, des portraits à brosser, des sentiments à libérer. Sa sincérité transparaît derrière les mots, sa souffrance aussi, autant que sa rage. Et puis bien sûr la prison, personnage à part entière, empreinte indélébile d’un lieu qui efface les hommes, les maintient dans la culpabilité et leur laisse ses stigmates sur tout le corps. Enceinte invisible, parfois en pleine ville ou encore isolée loin de son coeur, mais souvent étrangère à la vision de chacun . « Le nom de la prison lui-même qui ne veut pas être entendu par les passants, qui fait fuir les passantes, qui détourne le regard des enfants. Le château hanté ? Suivez le corbeau. Demandez au loup. Voyez la chimère au bord de l’autre chemin. »
Les taulards de Benotman ne sont pas des héros organisés en clan qui font leur muscu le matin. Ils se branlent sous la couverture dans la peur d’être surpris par le maton, ils espèrent et redoutent le parloir, ils se sourient dans le miroir afin de ne pas devenir timbrés.
« Ici, l’esprit pèse aussi son poids de muscles et à celui qui casse la gueule répond celui qui détruit le moral. »
Tout ce petit monde y passe, matons et flics, justice manichéenne, marchands de rêve qui profitent des allocations de ceux recrachés par la prison, Croix Rouge et assistance sociale ; les êtres méprisables ne sont pas toujours où l’on croit.
Benotman montre bien le fonctionnement d’un ensemble qui ne laisse pas d’espoir pour la reconstruction. Serait-ce cynique de dire que cet ensemble s’arrange même pour que chacun reste à sa place ? Pourtant, comme il le dit et le répète, le peuple a des droits, les élus des devoirs.
Au milieu de toutes ces douleurs, une histoire d’amour prend corps, née dans un fourgon cellulaire. Elle va laisser place à l’amitié, dévoiler l’exploitation et donner lieu à une sacrée affaire de famille. Le polar n’est pas souvent proche de la société dans laquelle il évolue. Ici le roman de Benotman aborde les conditions de détention, les récentes (et éternelles) pratiques de la justice, le traitement de l’immigration et des sans-papiers. Une fiction très concrète, une histoire profondément touchante.
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