Jean-Paul Jody Edition originale note Jean-Paul JODY

Chères Toxines


Edition originale : Seuil / Thrillers - Avril 2008
Rééditions :
Dernière édition poche :
Autres éditions :


Genre :
Polar social

Thème abordé :
Drogue
Corruption

Personnages :
Quidam / autre

Lieu :
Thailande

Époque :
Années 2000

Style :

Poids du roman :
250 à 400 pages



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

À la veille d'une échéance décisive, les dirigeants du laboratoire pharmaceutique Santaz emmènent tous leurs cadres en Thaïlande pour la grand-messe annuelle de leur séminaire de "motivation". Sur le sable blanc, près de la piscine, derrière les persiennes des bungalows de l'hôtel, se préparent à la fois le lancement d'un nouveau médicament, le Zépam, qui inquiète même ses inventeurs, et le rachat imminent de la société par le géant Planchett Ltd, laboratoire australien de renommée internationale. Dans le jeu de massacre qui s'annonce, chacun cherchera par tous les moyens à sauver sa peau.


Les dix premières lignes :

Ils étaient treize chaperons rouges. Hommes et femmes entre vingt-deux et cinquante ans, vêtus de capes écarlates, disséminés dans l’île Saint-Louis. Et autant de loups féroces costumés de noir à les traquer dans le soir tombé. La règle interdisait de franchir les limites de l’île mais autorisait un chaperon rouge en difficulté à tenir la main d’un être humain neutre en guise de protection. La main lâchée, la protection tombait. Les passants se faisaient rares. Le loup se dissimula derrière un Abribus (…)


Un avis personnel :

par Caroline, le 07 janvier 2009

« Il fallait un mental de granit pour ne pas, à une période ou une autre de sa vie, se laisser gagner par le crachin dépressif. Ces états de mal-être, lourds ou passagers, dessinaient un marché plein de promesses. »

Une petite déprime ? Mal au dos ? Qui n’a jamais trouvé le soulagement dans la prise d’un médicament ? Sait-on pour autant le marché que représente l’industrie pharmaceutique, quels sont ses tenants et aboutissants ? Avec ce roman, Jean-Paul Jody nous initie et nous apporte les détails que l’on subodorait vaguement.

« Tu dois négocier avec les pouvoirs publics un prix de vente le plus élevé possible, obtenir un taux de remboursement maximal par la Sécurité sociale et garder le monopole de sa vente le plus longtemps possible. »

Décor : un voyage d’entreprise en Thaïlande. Pas n’importe quelle entreprise. Santaz est un laboratoire en crise, sur le point de lancer un nouveau médicament sur le marché, racheté par un groupe australien, et en pleine guerre des petits chefs. Le jeune Boussard, adjoint à la communication, vingt-huit ans et les dents longues, s’est occupé de l’organisation du traditionnel voyage destiné à favoriser la cohésion de l’entreprise. Là-bas, tout ce qui fait le sel des relations hiérarchiques et des manœuvres de couloir apparaîtra au grand jour. Jody restitue à la perfection les mesquineries, codes, dominations et lâchetés propres à l’homme sur son lieu de travail. En plus, il passe à la moulinette le fonctionnement des laboratoires pharmaceutiques. Quand il s’agit de vendre un énième médicament aux conséquences douteuses, on voit vite la morale expédiée au placard (comme les employés). Faut dire, les effets réels des médicaments sur l’organisme ne sont pas toujours ceux vantés par les médecins. Ajouté à ça que votre porte-monnaie se trouve vite allégé d’une somme rondelette fixée par l’État, somme qui file dans les poches de... devinez-qui, bref, vous risquez d’hésiter à prendre ne serait-ce qu’un comprimé pour le mal de crâne.

Le roman est bien écrit et construit ; il arrive parfaitement à faire comprendre les enjeux de la santé et des médicaments au travers d’une histoire d’entreprise. Comme avec La Position du Missionnaire Jody mêle intelligemment fiction et sujet de société. À une époque où les journalistes des grands médias nous rabâchent sur le trou de la Sécu, c’est dans un roman qu’on trouve des éléments d’analyse concrets, de ceux qu’on devrait trouver à la une des journaux. On pourra d’ailleurs faire suivre la lecture de ce livre d’un petit essai de Julien Duval qui s’appelle Le Mythe du Trou de la Sécu. Le tout confortera la personne avertie dans ses opinions, mais on ne peut que souhaiter que d’autres non-avertis ouvriront les yeux, aidés par cette pierre apportée à l’édifice de nos consciences. Il en faut, les portes sont enfoncées mais rien ne bouge.


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