Jean-Bernard Pouy Edition originale note Jean-Bernard POUY

Le Cinéma de Papa


Edition originale : Gallimard / Série Noire - Mars 1989
Rééditions :
Dernière édition poche :
Autres éditions :


Genre :
Roman noir
Roman d'enquête
Polar politique

Thème abordé :
Trafic
Vengeance

Personnages :
Détective amateur
Quidam / autre

Lieu :
France

Époque :
Années 1990

Style :
Littéraire
Populaire

Poids du roman :
Moins de 250 pages



Si vous avez manqué le début (quatrième de couverture) :

Être au Brésil quand sa mère meurt, ce n’est pas vraiment le carnaval. Alors, quand on s’use d’un film amateur à la noix, on réclame vengeance, et on se lance aux trousses d’une drôle de confrérie, celle des chasseurs de films. Qui ne traquent, on l’apprend dans la douleur, que le passé. Qui débusquent des images interdites. Des images qui défient le temps et l’Histoire.


Les dix premières lignes :

Ma mère est morte et la langouste est excellente.
Impossible de dire de moi autre chose. J’attends l’heure de l’appareillage du « Gulf Edona », pétrolier de trente-cinq mille tonneaux, immobile et las, gisant encore dans le port de Fortaleza, état du Ceara, Brésil.
À six heures, la nuit est tombée, par habitude, comme un couperet. La chape tropicale bleutée.
De ma table, quand je lève les yeux de la gangue vermillon et vidée de la langouste, je peux voir, au loin, les installations portuaires qui s’éclairent, lucioles multiples, et, à côté des grands et gris hangars, la station Shell, seule enclave bétonnée et ferrailleuse dans cette ville rongée en même temps par une humidité microbienne et une pauvreté dessicante (…)


Un avis personnel :

par Jérôme Jukal, le 05 juillet 2009

Il y a des auteurs, comme ça, que tout le monde connaît, dont tout le monde parle, qui font partie du paysage et dont la place est indiscutable, indispensable. Tellement indiscutables, tellement indispensables, qu’on en oublierait presque de les lire.
C’est un peu mon cas avec Jean-Bernard Pouy. Il y a quelques années, j’avais lu La Petite Écuyère a Cafté, j’avais bien aimé, mais je l’avais plus considéré comme le début d’une série, ce qu’il était, que comme le roman d’un auteur dont je pourrais en lire d’autres ailleurs. Il aura fallu que je tombe au détour d’une foire aux livres sur l’un d’entre eux, en l’occurrence Le Cinéma de Papa, vous l’aurez deviné, pour me replonger dans sa prose. Et je crois que je n’attendrai pas aussi longtemps pour m’y ébattre de nouveau, ce fut un plaisir.

Bertrand Benat revient en France à la suite du décès de sa mère. Un décès qui n’a rien de naturel et dont il va comprendre assez vite la raison ou le mobile, ce qui lui donne déjà de l’avance sur les enquêteurs officiels chargés de l’affaire. Il décide de mener sa propre enquête, de chercher lui-même l’assassin de sa mère.
C’est un retour d’exil auquel on assiste, Benat s’était expatrié au Brésil et y vivait plutôt pas mal, satisfait, oublié de tous, ce à quoi il aspirait le plus. Loin de sa famille, de sa mère et de sa s œur, qu’il avait fuies, loin du souvenir de son père, suicidé quelques années auparavant. Il revient donc pour se coltiner à son pays, à sa famille et au passé. Car la vérité semble puiser sa source dans le passé, celui de son père en l’occurrence, celui que la famille s’était appliquée à oublier. La passion pour les films anciens, rares, les pellicules développées ou pas d’ œuvres improbables, mystérieuses, méconnues, avait animé son paternel. Il avait été chasseur de ses raretés pour Langlois notamment, le légendaire fondateur de la cinémathèque française, pour lui aussi quand cela l’intéressait, le touchait plus.
Nous allons donc assister à cette quête qui va mener Benat d’un ancien à l’autre, qui va le voir se perdre, s’amocher un peu, pour l’unique besoin de savoir, de comprendre. Avant de repartir au Brésil.
On ne saura pas clairement pourquoi Benat est parti mais il ne le sait pas lui-même, sait-on toujours d’où nous viennent certaines envies ? Mais il n’évite pas véritablement ses propres démons, les images de son père, l’image qu’il en avait, cette petite s œur à qui il ne sait plus vraiment quoi dire ou comment.

Le cinéma était aussi politique avant la guerre, on croise quelques personnages de l’époque, artistes engagés ou non, révolutionnaires célèbres ou non. On croise quelques romanciers, les plus marquants étant Musil, Stevenson ou Hemingway. Il y a aussi un poète, Biga, qui accompagne le narrateur au cours de ses pérégrinations.
C’est un roman riche, noir, que j’ai lu sans effort et que j’ai fortement apprécié. Pouy sait susciter la curiosité sans en avoir l’air, curiosité pour l’intrigue, l’époque, l’envie de découvrir ce dont il parle, ce qu’il évoque en passant. On se dit en refermant ce livre que Pouy doit être de bonne compagnie et que ses livres le sont indéniablement puisqu’ils nous parlent de nous.


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Un polar flirtant avec le roman noir ayant pour sujet des passionnés de pellicule ancienne, de cinéma d’un autre âge, m’a inévitablement fait penser à Didier Daeninckx et son superbe court roman, Les Figurants.
Mais il y a aussi chez Pouy quelque chose qui ramène aux aînés du polar, aux grands aînés, tels que Amila ou Léo Malet.
Et puis pourquoi ne pas se plonger dans la lecture des trois auteurs qui font également, à leur manière, partis de l’intrigue de ce roman, trois auteurs dans des genres bien différents, R. L. Stevenson, Daniel Biga, le poète, et Robert Musil.



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Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.


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